5E pour former et apprendre : 4/ Explorer

Par le 22 octobre 2018

Apprendre, c’est partir à la recherche de nouvelles significations, de liens. Comme tout explorateur, l’apprenant doit accepter – et se voir reconnaître – le risque de se tromper de chemin, d’aboutir à des impasses. De son côté, le concepteur de formation crée des environnements propices et sécurisants, dans lesquels les apprenants deviennent producteurs de savoirs.

Aucun « chemin d’apprentissage » ne peut être complètement tracé d’avance. Le concepteur s’efforce de créer l’environnement propice, mais seul l’apprenant sait, à posteriori, à quel moment, et par quel cheminement personnel, le « déclic » se fait.

Cette exploration ne saurait se limiter aux situations de formation « formelles ».

L’enquête menée par Morgan Mc Call et ses collègues du « Centre de Leadership Créatif » (CCL), à partir des années 60, auprès de managers anglo-saxons, a établi que ces managers répartissaient comme suit l’acquisition de leurs compétences professionnelles :

  • 70% d’apprentissages réalisés au fil de leur expérience professionnelle,
  • 20% des apprentissages réalisés via les échanges avec d’autres au travail (« social »),
  • 10% des apprentissages réalisés en situation de formation formelle, qui englobe pour Morgan Mc Call la formation, le coaching, le mentoring.

Cette enquête n’a pas valeur de recherche scientifique. Elle ne dit pas que la formation « formelle » est de peu d’utilité. Comme Charles Jennings lui-même, l’un des promoteurs du modèle, dans la réponse qu’il fait à une critique :

« Poser le 70-20-10 comme une règle est « à côté de la plaque ».

Il s’agit de poser un cadre pour aligner la stratégie de développement avec le « monde réel », il ne s’agit pas de nombres ».


Lire aussi :


Il ne s’agit donc pas d’utiliser les proportions « 70-20-10 » comme dans une recette de cuisine, mais de situer la formation formelle dans une perspective systémique. La situation d’apprentissage formel est celle dont l’intention et les objectifs ont été déterminés par l’institution (école, entreprise). À l’opposé se trouvent les apprentissages informels, dont l’initiative appartient à l’apprenant. Entre les deux existent plusieurs nuances, voir à ce sujet « Apprentissages formels et informels, de quoi parle-t-on ? »

D’une certaine manière, on pourrait dire que la formation formelle « sécurise l’exploration. Elle aménage la « bonne hauteur de marche » de progression d’un niveau de difficulté à l’autre, dans le respect de la « zone proximale de développement ». Elle réserve du temps disponible. Elle prévoit le temps nécessaire à l’appropriation, à la prise de conscience des apprentissages et à la projection de leur transposition. Elle donne le droit à l’erreur.  Beaucoup d’éléments que la « vraie vie » ne permet pas facilement. En cela, la formation formelle facilite la transférabilité des savoir-faire, et permet, justement, de mieux apprendre de l’expérience et des échanges.

 

Application :

De plus en plus, une porosité s’établit entre « formel » « social » et « expérientiel », le dispositif formel lui-même intégrant la dynamique des apprentissages sociaux et des allers-retours entre situations de travail et de formation. Voir à ce sujet « Social learning, apprentissage social, de quoi parle-t’on ?« , « Créer des communautés d’apprenants, oui mais pour quoi ?« .

 

Les situations de travail réelles s’intègrent au dispositif de formation comme l’explique ce retour d’expérience des Digital Learning Excellence Awards.

 

L’apport de la psychologie

Le psychologue Albert Bandura souligne le rôle des relations sociales dans les apprentissages.

« Les apprentissages par expérience directe surviennent en fait le plus souvent sur une base vicariante, c’est à dire en observant le comportement des autres et les conséquences qui en résultent pour eux. L’apprentissage vicariant ne dispense certes pas dans tous les cas de l’expérience directe, mais il permet le cas échéant de la faciliter et incite à s’y investir si les conséquences observées sont positives.
Le fait de pouvoir apprendre par observation rend en effet les individus capables d’acquérir des comportements ou des savoir-faire sans avoir à les élaborer graduellement par un processus d’essais et d’erreurs affirme Bandura ».

Source :  Michel Monot, repris par Paul Desette

 

Au-delà du triptyque « formel-social-travail », le design de « solutions apprenantes » se rapproche aujourd’hui de celui de la création d’environnements propices à la créativité et à l’innovation. Les lieux d’apprentissage changent. Les professionnels d’aujourd’hui et de demain auront forcément à prendre des décisions dans un environnement complexe et mouvant – les procédures simples et répétitives étant confiées aux machines. Le temps d’apprentissage devient donc de moins en moins un temps de « conditionnement » à des savoirs procéduraux. Et de plus en plus un temps où l’on se réunit pour résoudre des problèmes en sortant du cadre. L’intuition se trouve valorisée.

Il s’agit donc plus que jamais pour notre apprenant explorateur de sortir des sentiers battus …

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Martine Provençal Il y a 4 jours

Je trouve intéressant de s’interroger sur ce qui motive les étudiants, ce qui les aide à intégrer des connaissances et qu’elles sont les meilleures façons d’y parvenir. En tant qu’enseignante, si je ne m’interroge pas sur les principales motivations de l’élève, son expérience personnelle, sur son profil d’apprenant, et sur ses habiletés sociales, je ne pourrai guider adéquatement l’étudiant dans ses apprentissages. Dans mes pratiques, j’ai constaté que l’enseignement formel a toujours sa place, mais doit être modulé quelque peu. En effet, l’intégration de nouvelles technologies vient stimuler et bonifier les apprentissages des individus qui de façon générale connaissent bien le monde virtuel. J’ai utilisé les jeux kahoot et learning apps qui ont été très appréciés par moi-même et mes élèves. De plus, j’ai pu observer comme spécifié, dans le quatrième E pour explorer, que les étudiants apprenaient davantage lorsqu’ils étaient placés dans un environnement très ressemblant à leur futur métier.Dans ces situations, ils puisaient dans leurs connaissances antérieures afin de réfléchir à des pistes de solutions pour la problématique. Il devient très intéressant comme enseignante d’observer la variation du parcours des personnes, vu leurs différentes expériences, afin d’atteindre les objectifs des compétences.

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CHRISTIANE FALL Il y a 4 mois

Si mon employeur organise une formation au sein de mon entreprise, mon compte CPF devra-il financer tout ou une partie de la formation ?

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    Mathilde Bourdat

    Mathilde Bourdat Il y a 4 mois

    @Christiane Fall Si votre employeur organise cette formation au titre du plan de formation de l’entreprise, votre CPF n’a pas à être mobilisé. D’ailleurs seules les formations certifiantes sont éligibles au CPF, et votre accord express est requis pour utiliser votre compteur cpf.

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Fabienne Bouchut Il y a 4 mois

Bonjour, pouvez vous nous en dire plus sur votre besoin ?

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BRANLY Il y a 4 mois

j’aimerais valider mes acquis

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Jane Il y a 6 mois

Merci pour cet article. Pouvez-vous mettre à jour le lien pour la boite à outils ?

Les quiz peuvent être faits pendant la formation (le plus facile) et à mon avis c’est encore plus intéressant de faire des rappels avec des quizs après la formation/du micro-learning ou l’ancrage.

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    Mathilde Bourdat

    Mathilde Bourdat Il y a 5 mois

    @Jane Je suis heureuse de vous retrouver sur le blog 🙂 ! Oui, tout à fait d’accord sur l’intérêt des quiz et rappel après la formation. Le lien avec la boîte à outils est restauré. Belles fêtes de fin d’année !

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Xavier Il y a 6 mois

Les tests de connaissance sont très appréciés par les participants que ce soit au format papier et autocorrigé au sein du groupe ou en version digitale, ce qui crée un challenge motivant !
Pour évaluer les connaissances acquises, j’utilise le même test en démarrage et en fin de formation. Cela me permet d’avoir une photo de la progression du groupe.

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    Mathilde Bourdat

    Mathilde Bourdat Il y a 5 mois

    @Xavier Merci de ta contribution et bonne fin d’année !

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Laurent PERAT Il y a 6 mois

construire des quiz, des outils de vérification suppose de tester, tester et tester soi même. Il est vrai que le digital ouvre des expérimentations infinies. Pour ma part un début de formation avec Kahoot permet de mettre une « ambiance » et du rythme ! Mais je suis toujours à la recherche d’un outil qui puisse faire une ‘phot » de la progression entre un temps « au début » et un temps « à la fin ». Avez vous des conseils à me donner ?

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    Mathilde Bourdat

    Mathilde Bourdat Il y a 5 mois

    @Laurent PERAT Vous pourriez utiliser Kahoot pour cela, me semble t’il.

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DF Il y a 6 mois

Bonjour,
Le lien vers la boite à outils des formateurs est introuvable – erreur ‘404
Cordialement

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    Mathilde Bourdat

    Mathilde Bourdat Il y a 5 mois

    @DF Merci de votre signalement, le lien est réparé

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