5E pour former et apprendre : 2/ Expliquer

Par le 24 septembre 2018

Dans notre histoire d’apprenant, nous avons tous le souvenir d’un professeur qui « expliquait bien », qui nous aidait à « comprendre ». Mais qu’est-ce donc que « comprendre » ? Et comment faciliter la compréhension ? L’explication la plus efficace, c’est celle de l’apprenant lui-même !

 

Ce que nous disent les neurosciences à propos de la compréhension.

Comprendre, c’est faire des liens à partir de ce que l’on sait déjà. Le moment de la compréhension, c’est « l’instant Eurêka »* ou l’on « met ensemble » des éléments qui jusqu’à présent restaient disparates. « Faire des liens » se traduit dans le cerveau par des connections neuronales.

Comprendre, c’est donc physiologiquement constituer un faisceau neuronal.

Com-prendre, étymologiquement « prendre avec soi », c’est aussi pouvoir réutiliser l’information dans différents contextes. Encore faut-il pouvoir activer la connaissance : la compréhension et la mémorisation sont donc liées.

* Source : Medjad, Gil, Lacroix. Neurolearning. Eyrolles 2017.

Faciliter la création des liens

Je suis en formation, et j’accède à de nouvelles notions. Plus j’interagis mentalement avec le contenu, mieux je comprends. Il s’agit d’un travail d’aller-retour permanent entre les informations auxquelles j’accède et les connaissances, les représentations, stockées dans ma mémoire à long terme. Cette création de liens est indispensable à la compréhension. Elle se forge dans la mémoire de travail, qui est limitée et de court terme. Il est donc crucial de ne pas la surcharger, et de respecter son rythme.

« Expliquer » c’est donc faciliter la création de liens.


Lire aussi :


Application : partir des représentations des apprenants, faire (ou mieux : faire faire !) des analogies, faire pointer ce qui est pareil/différent de ce qu’ils connaissent déjà…

Limiter le nombre de nouvelles informations au « juste nécessaire » pour ne pas encombrer les participants inutilement.

Aider à donner du sens

Notre cerveau traite en permanence un grand nombre d’informations. Il fait des prédictions sur le sens, à partir de la reconnaissance d’éléments parcellaires. Un museau, un bout d’oreille, un fragment de crinière, lui suffisent pour inférer la présence d’un cheval.

Pour s’aider, il classe tout ce qu’il perçoit dans des catégories.

Apprendre, c’est catégoriser de plus en plus finement. Voir à ce sujet « Etes-vous un formateur constructiviste » ?

Expliquer, c’est donc faciliter la catégorisation des informations nouvelles.

Application : Structurer et hiérarchiser précisément le contenu. Le présenter visuellement sous forme d’arborescence (cartes mentales, schémas). Mettre en évidence les relations entre les éléments. Inciter l’apprenant à produire ses propres schémas et explications.

Donner à comprendre

Le sens permet de focaliser l’attention, il facilite donc la prise d’information et son « encodage » en mémoire à long terme.

« Expliquer » c’est « donner à comprendre » de plusieurs manières différentes. Utiliser des registres variés permettra à l’apprenant de disposer de beaucoup plus de moyens pour réactiver la connaissance lorsqu’il en aura besoin.

Pour cela, Medjad, Gil et Lacroix, dans leur ouvrage collectif « Neurolearning », Eyrolles, 2017), proposent d’associer trois types de leviers :

  • sémantiques…
  • sensoriels : les images, le son, mais aussi les mouvements du corps, l’environnement physique…
  • émotionnels : la surprise, la mise en scène, la nouveauté, les images et anecdotes…

« Donner à comprendre » c’est aussi, au-delà des mots, « faire ressentir », « faire éprouver », dans un contexte sécurisant et sans jugement, l’opérationnalité d’une pratique, l’inefficience d’une autre.

Application : Demander aux participants de reformuler ce qu’ils ont compris, avec leurs propres mots. Demander aux participants d’expliquer ce qu’ils ont compris par des schémas, des croquis.

Faire des analogies, embarquer les apprenants dans un récit (storytelling).

Donner aux participants de multiples occasions de bouger, manipuler, ressentir. Leur faire mettre des mots sur les émotions qu’ils ressentent.

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CAROLINE HERIN Il y a 2 mois

Merci Véronique pour cet article hyper intéressant. je vais me l’approprier car les pistes sont là et je le partagerai ensuite.

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Kamel Lama Il y a 2 mois

« donner à comprendre » et « expliquer » peut s’intégrer dans une activité de « partage de savoirs » : répartis en sous-groupes, les apprenants prennent en charge une partie du contenu ; ils étudient le contenu attribué avec l’aide du formateur puis ils l’expliquent aux autres…. au tout au moins, ils expliquent ce qu’ils ont compris et retenu, ce qui permet au formateur de corriger, compléter et enrichir. C’est très efficace en termes d’appropriation du savoir. On peut même, en adaptant la règle du jeu, faire « tourner » les contenus afin que tous s’impliquent sur tout…

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    Mathilde Bourdat

    Mathilde Bourdat Il y a 1 mois

    @ Kamel Lama Excellente idée, merci pour votre partage de pratique !

Pascal Vanpée Il y a 2 mois

Merci pour cet article très intéressant et ponctué de pistes de mises en application. C’est vrai que parfois, dans la précipitation, le stress de l’horaire, la volonté de partager son expertise… un formateur peut oublier de donner du sens à ce qu’il voit et de créer des liens avec le reste du contenu ou la situation réelle. C’est même parfois perçu comme une perte de temps. Pourtant c’est essentiel. Je pense que cela doit aussi s’accompagner d’un état d’esprit de type « donner moins de matière pour la donner mieux ! »

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    Mathilde Bourdat

    Mathilde Bourdat Il y a 1 mois

    @ Pascal Vanpée Merci de votre retour ! oui, l’important est de « donner accès (compréhension, validation, hiérarchisation …) à la matière » plus que donner « de » la matière.

Arlène St-Pierre Il y a 3 mois

Voilà de belles stratégies universelles pour favoriser les apprentissages de tous! Rappelons-nous que seul, le contenu, ne suffit à faire sens. créons-lui une aura sémantique, sensoriel et émotionnelle.

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    Mathilde Bourdat

    Mathilde Bourdat Il y a 2 mois

    @Arlène St-Pierre J’aime beaucoup l’expression « aura sémantique, sensorielle et émotionnelle ». Merci !

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