Combien vaut votre CPF ?

    Par le 2 juillet 2018

    Le projet de loi « Avenir professionnel » prévoit la monétisation du CPF. Dans le courant de l’année 2019, une bascule sera opérée, et les compteurs actuellement exprimés en heures le seront en euros.

    Mais quelles seront les heures prises en compte ? A combien s’élèvera cette valorisation ? Et quelle « valeur » accorder au compte, au-delà de son montant monétaire ?

    Combien d’heures de votre CPF seront converties en euros ?

    Depuis le 1/01/2015, les salariés travaillant à  plein temps sans interruption ont cumulé 24 heures de CPF par an. Au 1er janvier 2018, celui qui n’a pas mobilisé son CPF a donc capitalisé 48 heures.

    Mais beaucoup d’entre nous avait précédemment acquis un compteur « DIF ». Et nous avons renseigné ces heures lors de la création de notre compte, sur « mon compte activité.gouv.fr »

    Ainsi, si je me connecte à mon propre compte, apparaît le solde suivant :

    Donc la première question est de savoir quelles sont les heures qui seront valorisées : le CPF uniquement (48h dans l’exemple ci-dessus), ou bien le cumul CPF + DIF = 138 heures dans l’exemple ci-dessus ?

    Le projet de loi est très clair à ce sujet (180) :

    «Les heures acquises au titre du compte personnel de formation et du droit individuel à la formation au 31 décembre 2018 sont converties en euros selon des modalités définies par décret ».

    Fuzi Fehti, juriste-consultant à la direction juridique de Centre Inffo,  confirme cette lecture du texte : pour la monétisation, le plafond de 150 heures, qui s’appliquait à la mobilisation du CPF, n’entre plus en ligne de compte.

     

    A quel montant la conversion sera-t-elle effectuée ?

    Le projet de loi renvoie à un décret. Et précise que ce montant pourra être révisé, sur avis de France Compétences (la nouvelle instance de régulation du système de formation professionnelle). Cet avis prendra en compte l’évolution des prix, particulièrement l’observation des coûts des organismes de formation.

    Et cette modification pourra impacter les plafonds annuels d’acquisition du CPF, qui devraient s’élever à 500€/an, ou 800€/an pour les personnes non titulaires d’un niveau de qualification équivalent au niveau V.

    Pour l’instant, la seule indication que nous avons sur le montant de la valorisation de l’heure de « CPF-DIF » est une déclaration de Murielle Pénicaud lors d’une rencontre avec des journalistes de l’Ajis, le 15 mars dernier.

     

    « Nous avons étudié le coût moyen d’une heure de CPF aujourd’hui – entre 12 et 13 euros -, et décidé d’aller au-delà : l’heure de CPF sera valorisée à hauteur de 14,28 euros. », a-t-elle déclaré (source : New Tank RH).

    Prenons un salarié qui travaille à plein temps sans interruption depuis la création du DIF, et qui n’a jamais mobilisé ni DIF, ni CPF.

    Il a 120 heures de DIF au compteur, auxquelles viendront s’ajouter, au 1er janvier 2019, 72 heures de CPF. 120 + 72 = 192 heures.

    Soit une valorisation qui peut actuellement être anticipée, dans ce cas, à : 192 h. x 14,28 € = 2741 euros.

    Dans un pays où le salaire net mensuel médian s’élève à 1772 euros (chiffre 2017, source : INSEE ), cela peut impacter des comportements.

    Monétisation du CPF, qu’est ce que cela change ?

    L’hypothèse à l’origine de la monétisation est que cela rend le dispositif  : « plus simple et plus lisible pour les gens » (déclaration de Stéphane Lardy, Dir. Adjoint du cabinet de Mme Pénicaud, lors d’une réunion de l’AFREF du 22 mars 2018). Le CPF devant vivre comme un « droit personnel sans intermédiation », la monétisation donne au bénéficiaire une information directement lisible, et facile à mettre en rapport avec l’offre existante. L’idée est donc que cette monétisation facilitera l’usage du dispositif.

    On peut effectivement penser qu’il est plus facile de se mettre en projet à partir d’un montant en euros, qu’à partir d’un nombre d’heures.

    Interrogés par Cegos pour le baromètre de la formation professionnelle 2018, les salariés français interrogés donnent une courte avance à un projet « professionnel » par rapport à un projet « personnel :

    La vraie valeur du CPF se trouvera dans les projets dont le compteur facilitera la mise en oeuvre.

    « Pouvoir d’agir ou pouvoir d’achat » ?

    Telle est la question que posait Jean-Marie Luttringer lors de passionnants échanges à la soirée « dispute-action » organisée par l’AFREF jeudi dernier.

    Dans une société de l’incertitude, le sujet « sommé d’être responsable pour lui même et de faire des choix éclairés par lui « même » (P. Waeles), se voit « doté d’un viatique pour augmenter sa mobilité, y compris pour passer d’un statut à l’autre » (JM Luttringer). Le pari du CPF monétisé est de donner « la capacité d’agir », car d’autres tentatives ont montré que les systèmes de prescription étaient inopérants pour engager en formation.

    Patrick Waeles, en introduction, nous rappelait que la liberté d’agir relève de l’émancipation, qui passe par la « prise de conscience de ce que je suis, et de mes appartenances. L’émancipation ne concerne pas que l’individu pris isolément, elle se situe dans un système. Et Philippe Debruyne confirme « s’émanciper n’est pas qu’une question de volonté personnelle, c’est la remise en cause du cadre social dans lequel on est. L’idée que l’on a du pouvoir « avec », et « sur ». Dans l’émancipation, il y a donc quelque chose qui relève du politique ».

    Au final, conclut René Bagorski,

    « c’est le projet qui est à la base, pas l’accompagnement des gens dans des projets qui ne sont pas les leurs ».

    L’enjeu du CPF ne se limite donc pas à une logique de sécurisation des parcours professionnels. Ce que vaudra votre CPF, c’est ce que vaudra à vos yeux le projet qu’il contribuera à matérialiser, dans votre liberté « d’oser être soi » (R. Bagorski) – cette liberté qui n’est jamais donnée, qui se prend.

     

    J’aurai l’occasion de revenir sur la valeur du CPF lors de notre prochain webinar spécial Réforme programmé le 12 juillet. N’hésitez pas à vous inscrire pour faire un dernier point avant l’été sur ce qui va changer.

     

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    G. V Il y a 2 semaines

    Il me semble que l’on perd en volume de formation. Par exemple un bilan de compétences à 1600 € pour 24h, soit 66,66€ de l’heure, nécessitera en 2019 3 ans d’attente pour être financé? alors qu’aujourd’hui une suffit???
    Je ne vois aucun avantage à ce changement.

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    Mamadou Macinanké DIALLO Il y a 2 semaines

    CPF : Bigbang ou bing bang ? monétisation – suppression de l´intermédiation – accès sur mobile : une réforme annoncée très ambitieuse avec un contenu très sommaire.
    Tous les beneficaires d’heures DIF et CPF n’ont pas tous cette capacité d’usage d’un smartphone « appli CPF » pour trouver seuls une formation avec une multitude de certifications éligibles au CPF.
    Erratum sur l’article : le CPF est dans sa 3ème année, certains compteurs affichent déjà 72 heures de CPF (cr dites par la CDC. Repenser la formation dans les différents acteurs de la formation reste très utopique, car les personnes ont besoins d’etre accompagnées dans leur démarches de recherche de formation et effectivité des différents projets. Bon courage MME Penicaud.

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    Jean-Louis VINCENT Il y a 2 semaines

    Concernant les tarifs de prise en charge, rappelons-nous que ceux-ci n’ont pas évolués depuis 2007, voire nettement baissés pour des prestations telles que bilan de compétences, par exemple.
    La qualité a un prix, la valeur de « retour sur investissement » d’actions qui permettent de définir son projet, sa transition professionnelle, risque de monopoliser la quasi totalité du CPF (hors abondement). Ces actions sont courtes en durée mais nécessitent une mise en oeuvre en face à face individuel menées par des consultants / coachs / accompagnant (non des conseillers) aguerris pour être réellement efficace.

    Le participant aura construit, élaboré son ou ses projet(s) mais ne disposera plus de budget nécessaire à sa mise en place.
    Par ailleurs ne pas élargir la champ du CPF conduira, probablement à perpétrer les 5 à 10 formations globalement ciblées, faute de mieux. L’objectif serait alors raté.

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    laurence B. Il y a 2 semaines

    Concrètement, le CPF utilisé pour un projet personnel est difficilement réalisable car les formations éligibles au CPF sont tout de même limitées. Et par rapport à la monétisation du CPF, le coût d’une formation peut très vite aller au-delà de 2500 euros (pour une moyenne de 150 heures de CPF), mais aussi souvent plus de 150 heures en durée de formation.
    Donc je ne sais pas, au final, quelle est la meilleure formule (nombre d’heures ou monétisation). Effectivement, l’abondement est essentiel dans la mobilisation du CPF, si les OPCA et OPACIF y mettent de la bonne volonté.
    Je reste très sceptique sur la réelle plus-value de ce dispositif pour un projet, qu’il soit personnel ou professionnel, en dehors d’un bilan de compétences, et des VAE, CléA… des « petits » dispositifs.

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    Annette Chazoule Il y a 2 semaines

    Merci Mathilde pour cet article éclairant, la formation offre une possible liberté de se développer, espérons que les nouvelles mesures facilitent cette prise en main au niveau individuel !

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    Jacques Il y a 2 semaines

    Bonjour Mathilde.
    Merci pour cet article très intéressant.
    J’ai une question : quand il est écrit « Dans un pays où le salaire net mensuel médian s’élève à 1772 euros (chiffre 2017, source : INSEE ), cela peut impacter des comportements » – rapproché des 2741 euros donnés en exemple,- de quels comportements s’agit-il ? quels sont ceux qui pourraient être exacerbés ? ou inhibés ?

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    VINCENT Il y a 2 semaines

    La monétisation des heures de DIF et CPF parait aller dans le bon sens d’une gestion autonome et responsable des possesseurs de CPF. Cette souplesse permettra, nous l’espérons une plus grande efficacité, une plus grande rapidité an évitant les allers-retours avec les financeurs potentiels qui possèdent leurs règles propres (OPCA, Pôle Emploi……).
    Il parait cependant important que des abondements puissent être proposés lors de la mise en place d’une réflexion, individuelle et individualisée, au sujet de son ou de ses projet(s), de son évolution, de la mise en perspective de son parcours, ses attraits, se contraintes, de sa « légitimité » vis-à-vis des postes recherchés. Les actions de bilan de compétences, les accompagnements / coachings professionnels et/ou professionnalisant s’avèrent des réflexions et des prestations qui génèrent l’efficacité d’un parcours de formation ou d’une recherche de poste. Il conviendrait donc de prévoir un abondement à ce propos.

    En fonction de l’intéressé(e), ce parcours cohérent peut nécessiter des actions ni diplômantes, ni certifiantes mais qui s’avèrent, dans la singularité d’un parcours, nécessaires et incontournables.
    Il conviendrait donc de faire suffisamment confiance au détenteur de son CPF (autonomisation des intéressés revendiquée par le projet de loi) pour lui permettre de mettre réellement son parcours formation en œuvre sans qu’il ne soit confronter à des restrictions d’utilisations contre-productives pour lui-même comme pour la société.

    Jean-Louis Vincent, Consultant-Formateur Indépendant (30 ans d’expérience en transitions professionnelles et développement cognitif professionnalisant).

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    yves Le Duc consultant Il y a 2 semaines

    Le CPF pour réaliser un projet personnel et pas un projet professionnel : c’est la redécouverte de l’esprit de la formation permanente ! Une autre façon de parler du pouvoir agir .

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    Didier COZIN Il y a 2 semaines

    La liberté de se former, peu de salariés en ont usé de 2004 à 2017. Le CPF en euros aura 2 inconvenients majeurs . Il accrédite l’idée que c’est au chômage qu’on doit se former et utiliser son CPF et d’autre part en face des 2 à 3 milliards d’heures accumulées depuis 2004 il alignera chaque année 2milliards d’euros soit de quoi former moins de 1million de salariés (oubliant les fonctionnaires comme les actifs non salariés)

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