Formateurs, pourquoi et comment digitaliser les formations ?

Par le 26 octobre 2015

Le modèle SAMR – pour Substitution, Augmentation, Modification, Redéfinition, élaboré par Ruben Puentedura,  nous donne une grille de lecture de l’introduction du digital dans la formation. La simple substitution – un quiz sur les smartphones remplaçant les bons vieux cartons colorés- est amusante mais ne modifie pas véritablement l’expérience des apprenants. D’autres usages du digital permettent de redéfinir cette expérience, de l’enrichir.

Introduire le digital dans nos formations, c’est donc nous demander en quoi les technologies peuvent favoriser un engagement plus actif des apprenants, et le réinvestissement des acquis en situation de travail.

Les 100 outils « au top »

Jane Hart, dans sa 9ème enquête sur les outils pour apprendre, publie la liste des 100 premiers outils. Certains sont payants, mais la plupart offrent au moins un premier niveau d’accès gratuit, ou le sont complètement.

Le classement des outils par fonctionnalités est particulièrement intéressant. En cliquant sur chaque outil, on obtient une brève description, et surtout des témoignages d’utilisateurs.

Sans prétendre à l’exhaustivité des fonctionnalités et des outils recensés par Jane Hart, j’obtiens cette photographie pour 2015 :

Les meilleurs outils pour digitaliser la formation

Pour chacun de ces outils, il est facile de trouver des tutoriels. Voir aussi, pour des exemples d’usages et pour encore plus d’outils, en français, l’excellent site Sydologie.

Par où commencer ?

Le « formateur digital novice » est souvent perdu devant cette abondance d’outils. Chacun d’eux demande un temps d’appropriation. Il n’est pas toujours évident d’expérimenter l’usage du digital devant des participants exigeants, et le formateur arrivant dans sa salle le matin se prend à rêver d’un autel, sur lequel il déposerait une offrande au dieu wifi …

Mais voilà, un jour on se lance et finalement les expériences apprenants et formateur se trouvent tellement enrichies que l’on ne conçoit plus de faire sans …

Le modèle SAMR  est un bon repère pour progresser individuellement dans les usages pédagogiques du digital.

Substitution

Définition « La technologie est utilisée pour effectuer la même tâche qu’avant ».

Je remplace le quiz que je faisais sur papier, ou powerpoint, par un quiz sur Kahoot. Un formateur de ma connaissance, pas spécialement « digital native » rythme désormais ses interventions avec cet outil : « ils en redemandent ! ». Et c’est déjà plus qu’une simple substitution : l’outil donne au formateur des données précises sur les acquis du groupe, et de chaque personne.

Pour un premier pas, Plickers est encore plus rassurant : seul le formateur a besoin d’un smartphone connecté !

Augmentation

Définition « La technologie agit comme substitution directe d’outil, avec amélioration fonctionnelle ».

J’engage les apprenants en amont du présentiel ou de la classe virtuelle, en leur adressant messages et contenus portés par un module e-learning, une vidéo, une animation réalisée avec Powtoon, un questionnaire en ligne, ou simplement des documents. Ils peuvent ainsi  consolider des pré-requis, élaborer leurs questionnements ou auto-diagnostics …

Je remplace l’évaluation de connaissances, par un quiz/ qcm sur Socrative. Je peux administrer ce quiz/ qcm en salle, ou à distance. Je peux choisir entre trois possibilités de feed-back aux apprenants et de contrôle de la navigation entre les questions. Je peux choisir entre trois possibilités d’éditions de rapports. J’augmente ainsi les usages pédagogiques de l’évaluation.

Pour un usage de Kahoot et Socrative en réunion, voir aussi le billet de ma collègue, Fabienne BOUCHUT, « De nouvelles solutions pour animer vos équipes commerciales ».

Modification

Définition « La technologie permet une reconfiguration significative de la tâche ».

Ainsi, précédemment, je donnais aux apprenants tous les contenus dont je pensais qu’ils avaient besoins : informations, supports d’exercices, corrigés, fiches mémos …

La technologie permet  aux apprenants de se faire créateurs de contenus puis de capitaliser et partager le contenu ainsi produit par le groupe. Par exemple, une séquence d’appropriation peut être capitalisée par chaque sous groupe, sur  un logiciel du pack office  ou en mode collaboratif sur Google docs par exemple, ou encore sous forme de vidéos, bandes dessinées, photos… Ils peuvent être partagés entre les membres du groupe sur Google Drive ou Dropbox, Padlet,  You Tube, ou encore sur le Sharepoint de l’entreprise.

La technologie aide à passer d’un centrage « formateur » à un centrage « apprenant ».

Redéfinition

Définition : « La technologie permet de créer de nouvelles tâches, auparavant inconcevables ».

Comme d’interagir et de faire produire en mode collaboratif, en synchrone ou en asynchrone, avec des apprenants dispersés géographiquement.

Comme de faire produire de nouveaux types de livrables aux apprenants, qui leur permettent de d’actualiser leurs connaissances dans le temps et de partager leurs pratiques : ainsi des usages pédagogiques de Twitter, Scoop it comme outils de veille et de curation,  des groupes Lindked In ou Google + qui permettent de faire le lien entre plusieurs promotions d’une même formation …

Voir à ce sujet le Guide pour l’usage pédagogique des réseaux sociaux,

Ce n’est qu’un début. Bientôt,  l’Adaptative learning proposera, à l’aide des technologies, de personnaliser véritablement la formation, en proposant à chaque apprenant des ressources adaptées à son profil, ses besoins, son rythme.

La question d’aujourd’hui est d’emmener tout le monde. Les formateurs, pour qui la prise en main de ces outils ne va pas toujours de soi. Et qui, au-delà de cette « barrière technologie », ont un véritable « lâcher prise » à effectuer : le digital donne la main à l’apprenant .. Et aussi les apprenants, qui ne sont pas toujours emballés à l’idée d’être « producteurs de contenus » et sollicités en dehors des temps formellement prévus. Ces nouveaux formats viennent bousculer la représentation que tous se faisaient de la formation.

 

Pour aller plus loin

Formation Formateur occasionnel : Concevoir et animer ses formations

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muriel MERIENNE Il y a 7 mois

Merci pour cette série d’articles extrêmement pertinents.
J’attends le 5ème avec impatience.

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    Mathilde Bourdat

    Mathilde Bourdat Il y a 7 mois

    @Muriel Merienne Merci pour votre retour ! Parution prévue la semaine prochaine !

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Alain PARANT Il y a 7 mois

Vos propos sont toujours aussi riches. D’autant qu’ils questionnent le financement actuel de la formation. Même si les 70-20-10 ne sont pas à prendre au pied de la lettre, c’est bien en situation, en réalisant et en échangeant que nos compétences se développent. L’actuelle réforme semble tenir compte de ce vecteur d’apprentissage. Bien souvent, la formation formelle est juste l’étape incontournable qui permet d’échanger entre praticiens (stagiaires) et expert (formateur). C’est d’autant plus vrai chez les adultes !

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    Mathilde Bourdat

    Mathilde Bourdat Il y a 7 mois

    @Alain Parant Merci pour votre retour. La formation formelle « hors production » reste, de mon point de vue, précieuse pour prendre du recul, mettre des mots précis sur son expérience, la rattacher à des concepts permettant d’avoir de nouvelles clés de lecture du réel, de généraliser … Pas d’opposition entre ces univers pour moi, mais une complémentarité. Le dosage « en situation de travail » – « hors situation de travail », et surtout le choix de ce qui doit venir en premier, dans un dispositif de professionnalisation par exemple, est dépendant de multiples facteurs, et en premier les caractéristiques de l’apprenant.

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