Evaluer la formation blended (mixte) : le contenu et le contexte

Par le 25 juin 2012

Une formation « blended » (mixte) nécessite t’elle un dispositif d’évaluation particulier ? Dans le billet précédent, nous avons vu l’importance de la qualité de la conception, les facteurs qui constituent le « mix modalités », et enfin les éléments appréciés par les apprenants, et les effets produits en terme d’autonomie dans les apprentissages.

Aujourd’hui, nous nous préoccuperons de la prise en compte de l’ensemble des dimensions du dispositif, en particulier de sa dimension contextuelle, dans l’évaluation d’une action « blended ».

Evaluer la conception pédagogique et le contenu

Les recherches sur l’efficacité de la formation convergent sur l’importance de la qualité et de l’adéquation du contenu. Nous en avons déjà parlé sur ce blog.

Pour évaluer la qualité de la conception (indépendamment de la modalité), je prendrai, en référence aux travaux de D. Merril (First principles of instruction, Educational Technology Research § Development, 50 (3); 43-59), les points principaux suivants :

  • Le contenu (en particulier nombre de concepts abordés et hiérarchisation de ces concepts, niveau, profondeur) doit être adapté aux objectifs visés
  • Les représentations (schèmes d’actions, savoirs…) des participants à propos des éléments clés de contenus doivent être exprimées et prises en compte.
  • L’appropriation du contenu doit impliquer activement le participant, et pour cela il est nécessaire de susciter de nombreuses interactions – entre participants, et avec le formateur.
  • L’apprenant doit expérimenter pendant la formation le fait que le contenu est efficace pour résoudre des problèmes qui font sens pour lui.

Certes, me direz-vous, mais jusqu’à présent rien de spécifique au blended ?

Oui, répondrai-je (très pratique de faire les questions et les réponses!), cependant il est important de conserver ces critères en tête lorsque l’on aborde la conception de la partie « à distance » de la formation. En quoi un module en ligne laisse t’il la place à l’expression des représentations initiales ? En quoi l’apprenant va-t’il pouvoir confronter ses représentations avec celles de ses pairs, obtenir un feed back de la part du formateur ? En quoi les problèmes proposés font ils sens pour lui ?

Certaines ressources des dispositifs blended sont « encapsulées ». Construits à partir des représentations du formateur (et/ou de son commanditaire…), un module e-learning, une vidéo, ne laissent pas de place aux échanges, à la controverse.

D’où l’importance cruciale, dans un dispositif mixte, d’utiliser les média sociaux, les outils de webconf, ceux  de travail collaboratif en ligne, comme outils pédagogiques à part entière.
Autour des « modules », qu’ils soient en face à face ou à distance, il convient de créer un environnement d’apprentissage dont le rôle sera déterminant (surtout lorsque les échanges en face à face sont limités) : espace de travail collaboratif pour résoudre ensemble des problèmes, possibilité pour l’apprenant d’apporter des contributions accessibles à tous, mais aussi d’échanger individuellement avec le formateur… : cet environnement crée « l’éco-système » nécessaire aux apprentissages.

A noter le temps important nécessaire au formateur pour assurer le suivi du groupe, et de chacun, dans ce type de dispositif. Et le temps nécessaire aux apprenants, pour prendre connaissance des contenus en ligne et faire vivre les échanges. Ainsi que l’indiquait le billet précédent, lorsque la supériorité du blended est établie, elle est due non aux modalités mais à la qualité des ressources, de la conception et du temps laissé aux apprenants…

Et ceci nous amène au contexte de l’action.

De l’importance d’évaluer le contexte dans un dispositif mixte

Dans un billet  sur l’évaluation, nous avons vu l’importance de la prise en compte du contexte d’élaboration de l’action de formation (l’étude de faisabilité, le cahier des charges, la sélection des participants…) et des intrants (« inputs ») : ressources humaines, financières, matérielles.

L’action de formation n’est pas un « produit » destiné à être « ingéré » de façon déconnectée de l’environnement.

Son efficacité ne se conçoit qu’en lien avec un contexte, organisationnel et managérial.

Ceci est particulièrement vrai pour les dispositifs mixtes, associant différentes modalités de formation.
Simplement parce que la partie « à distance » fait intervenir d’autres parties prenantes, en particulier le management. Il a une influence déterminante sur la qualité de l’environnement d’apprentissage pour le participant.

Il convient donc, lors de la phase de diagnostic précédant la conception du dispositif,  de vérifier si le manager est en mesure de (et disposé à ) :

  • Procurer du temps,
  • Du matériel (ordinateur isolé et bonnes conditions d’accès internet, ou encore smartphone, tablette tactile…)
  • Reconnaître les temps passés à se former (y compris à échanger avec les pairs) qui ne se déroulent pas en salle.

« Ainsi », indiquent B. Collins et A. Margaryan dans « Criteria for evaluation of success of blended learning methodology », 2004, « l’évaluation du blended learning en entreprise devrait intégrer des indicateurs relatifs à la qualité du poste de travail en tant qu’environnement d’apprentissage (learning environment), en particulier par rapport au manager mais aussi par rapport aux autres aspects de la culture de l’organisation ».

On peut déduire de tout cela un processus d’évaluation à trois niveaux, intégrant le contexte et les inputs :

Evaluer la formation blended (mixte) : le contenu et le contexte

L’environnement contextuel intègre l’accessibilité aux modalités à distance, mais aussi le support managérial (ou l’accompagnement tutoral), le temps alloué, et la « culture apprenante » de l’organisation.

L’environnement d’apprentissage intégré dans le « blended » recouvre les possibilités aménagées pour des interactions fréquentes formateurs – participants, participants-participants : forum d’échanges, possibilité pour chacun de poster des contributions et obtenir des feed back de ses pairs et/ ou du formateur, wiki…

L’évaluation de la conception porte sur chacune des parties du dispositif, et sur la cohérence de l’ensemble (enchaînement des modalités…)

Mais comment composer le mix, et comment outiller cette évaluation ? A suivre…

 

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