Suppression du 0,9% : quel impact pour la fonction formation ?

Par le 30 avril 2012

Dans son rapport, publié en avril 2012, intitulé « La formation professionnelle : clé pour l’emploi et la compétitivité », Gérard Larcher fait 26 propositions. Nous retiendrons pour le billet d’aujourd’hui trois propositions qui impacteraient directement les missions des acteurs de la fonction formation dans l’entreprise. Elles concernent la suppression de la contribution fiscale « 0,9% » et l’obligation de négocier sur la formation.

Si ces propositions venaient à être appliquées, quels seraient les impacts pour les acteurs de la fonction formation ? Menace, ou opportunité ?

Reprenons les trois premières propositions du rapport Larcher :

  1. « Supprimer la contribution  légale et les contributions conventionnelles sur le « plan de formation » pour les entreprises de 10 salariés et plus. (…). Maintenir la contribution au FPSPP ».
  2. Abaisser à 250 salariés le seuil à partir duquel une négociation d’entreprise est obligatoire sur la GPEC.
  3. Étendre cette négociation au plan de formation de l’entreprise.

Sur quels constats ces propositions se fondent-elles ?

Dans le chapitre 2 du rapport, G. Larcher dresse les constats à l’appui de ses propositions :

  • Selon lui, le principe de mutualisation ne fonctionne pas bien, puisque de fait ce sont les salariés des petites entreprises, et les salariés les moins qualifiés, qui accèdent le moins à la formation.
  • Le mécanisme (de la contribution fiscale obligatoire) « n’incite ni les personnes à se former ni les entreprises à investir dans les compétences des salariés. Vécu comme une taxe, « l’impôt formation » n’amène pas à conduire une réflexion au sein des entreprises, au moins dans les moyennes et petites entreprises, sur le caractère stratégique de l’investissement formation et sur des formes et des contenus innovants ».

Et G. Larcher considère comme « légitime » le débat ouvert par l’Institut Montaigne, qui développe dans une étude de 2011 l’argument selon lequel notre mode de financement « contribue à aggraver les inégalités d’accès » , »génère des circuits complexes de collecte », et contribue à « freiner l’initiative des salariés concernant leur propre formation ».

Quelques observations sur ces constats

L’inégalité de l’accès à la formation n’est contestée par personne. Elle ressort très clairement des chiffres de l’Annexe au projet de loi de finances 2012 : 15,7% des salariés des entreprises de 10 à 19 salariés ont suivi un stage en 2009, contre 61,5% des salariés des entreprises de 2000 salariés et plus. Le taux de participation à la formation croît régulièrement avec la taille : 1,31% de la masse salariale dans les entreprises de 10 salariés et plus, 3,99% dans les entreprises de 2000 salariés et plus (2,92% en moyenne).

Cependant, le taux d’accès à la formation des salariés français se situe dans la tranche haute, si on le compare à ceux des autres pays européens. Le moindre accès des salariés peu qualifié et de petites entreprises n’est pas une spécificité française. Il n’est donc pas engendré par son système de contribution fiscale obligatoire à la formation – on peut simplement constater que ce système ne parvient pas à contrebalancer le phénomène.

Le rapport reprend l’idée selon laquelle l’obligation fiscale contribuerait à déresponsabiliser les salariés vis à vis de leur formation. Ainsi, explique le rapport (p19), « Le moment est venu de remplacer ce qui est considéré par beaucoup comme une simple obligation financière et une contrainte administrative par une responsabilisation des entreprises et des salariés pour définir dans l’entreprise une stratégie de formation (…).

De fait, l’enquête Cegos sur la formation professionnelle montre de manière constante que les salariés français ne ressentent pas une particulière qualité du dialogue sur la formation, ou de l’accompagnement dans leur projet de formation, comparés à leurs collègues européens (y compris ceux des pays où il n’y a aucune obligation de financement). Voir le billet précédent, ainsi que les résultats complets de l’enquête.

Mais ce qui est peut être confirmé, dans ce rapport, c’est l’idée de mettre en face du « devoir de former  » de l’employeur la « responsabilité de se former » du salarié.

Et la fonction formation dans tout ça ?

Imaginez… Plus de contribution « 0,9 » égale plus de notion d’imputabilité. Forcément, moins d’administration de la formation, moins d’échanges tatillons sur les documents à fournir pour une prise en charge par l’OPCA…

Mais aussi, sans doute, comme l’induit le rapport Larcher, la porte ouverte à plus de créativité dans les dispositifs de formation. Plus besoin de se creuser les méninges pour « faire passer » l’accompagnement individuel dont le collaborateur a besoin « pour de la formation », de se demander « comment j’impute » le module de 3 heures,  le temps passé au wiki, au partage de pratiques entre pairs, au projet collaboratif et apprenant…

Cependant, pas d’illusions. G. Larcher prend soin de rappeler les obligations légales (L 6321.1 al 1) et la jurisprudence en matière de devoir de former de l’employeur (voir à ce sujet un billet précédent). Et qui dit obligation juridique dit traçabilité des actions proposées au salarié et des actions effectivement suivies. Simplement, ce suivi devrait, en cas de suppression de la contribution « 0,9 » perdre de son aspect administratif  (« je prouve que la dépense était bien imputable ») et prendre plus de sens comme acte de GRH (« je prouve que j’ai veillé à l’adaptation de ce salarié aux exigences de son poste de travail, ou anticipé l’évolution de ses compétences »..).

La proposition d’intégrer la formation dans la négociation obligatoire sur la GPEC prend alors tout son sens. Et c’est peut être là une opportunité, pour la fonction formation, de se positionner véritablement comme « expert en développement des compétences ».

Autre impact : la dépense n’étant plus obligatoire, il est probable que l’injonction de « prouver la valeur » se fera encore plus forte. L’impression de « fausse gratuité » disparaîtra : il s’agit bien d’une dépense de l’entreprise, qui produit, entre autres, un avantage concurrentiel difficilement imitable, car « incarné » dans les hommes et les femmes qui y travaillent. Le risque étant, bien sûr, que les entreprises les moins soucieuses du développement des compétences individuelles et collectives des salariés, ou simplement les plus fragiles économiquement, soient celles qui renoncent à cet investissement formation. On aurait alors l’inverse de l’effet recherché: l’inégalité d’accès à la formation se creuserait encore plus.

Au final, que cette réforme ait lieu ou non, les propositions du rapport nous donnent une bonne occasion de réfléchir aux missions de la fonction formation. Trop souvent, celle ci apparaît comme « l’expert en administration » d’un système difficilement compréhensible pour les non initiés. C’est en (re)devenant, aux yeux des opérationnels » un « expert en apprentissages et en développement de compétences » qu’elle retrouvera sa pleine légitimité.

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La suppression du 0,9%, menace ou opportunité?

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Philippe Pertinences Il y a 7 années

Pour l’intégralité de ma clientèle de niche, le caractère obligatoire du 0.9% a été le déclencheur d’actions de formations.

Pour les secteurs d’activités qui souffrent d’une rentabilité financière trop faible (le Tourisme par exemple), la suppression du 0.9% serait à mon avis synonyme d’une réduction considérable des actions de formations entreprises.

Pour exemple, le secteur d’activité du Tourisme, qui est pourtant un des plus demandeurs en terme d’adaptation des compétences de ses acteurs, lutte aussi pour sa survie économique… Dans ce contexte, la suppression du 0.9% sera une petite bouffée d’oxygène financière mais surement pas une ouverture vers une véritable politique de gestion et d’amélioration des compétences.

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    Mathilde Bourdat

    Mathilde Bourdat Il y a 7 années

    @Philippe Pertinences Oui, ce risque est souligné par beaucoup de commentateurs, surtout pour les petites entreprises. Cependant, si elle est consciente de ce risque, la branche pourrait très bien décider une contribution conventionnelle au-delà du 1%, affectée au plan.

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Philippe Il y a 8 années

@jonathan

Dire que :
« Il est tout à fait possible de se former (et d’apprendre) sans passer par la case « formateur » et/ou « stage ». Sinon, c’est jeter tout ce qui a trait au e-learning, au social learning, au tutorat, etc.
Ce que l’on qualifie de formation « sur le tas » est bien une formation… non une information « sur le tas ». »

C’est oublier que former, se former et apprendre sont trois postures bien différentes et qui ne relévent pas des responsabilités des mêmes acteurs dans une action de formation. Former c’est être médiateur d’un savoir au profit de quelq’un d’autre, se former sous entend qu’on soit capable de mettre en oeuvre un acte de formation pour autrui et donc de maitriser le sujet qui doit être enseigné. Mais si on le maitrise, alors pourquoi diable aurait-on besoin de se former ? Une réponse possible à proposer : Quand on utilise le verbe « se former » il faudrait peut être ne pas oublier d’y ajouter : avec l’aide d’un autre… Parce rien dans le verbe n’interdit d’y voir une relation plutôt qu’un acte solitaire.
Apprendre reléve de ce que l’on doit faire dans un premier temps pour pouvoir être en mesure d’utiliser ce qui a été appris.

Concernant les exemples du E-learning, et du social learning. Il est démontré qu’ils ne fonctionnent efficacement en terme d’acquisition qu’avec certains registres de savoir (apprendre à suivre une procédure par exemple) et sont inefficaces ou parfois contre productifs dans d’autres domaines, car inadaptés ou imparfaits par rapport au processus d’apprentissage humain.

Le tutorat à ce qu’il me semble est un modéle pédagogique dans lequel il existe bien une relation entre un apprenant et un « formateur ».
Formateur certes professionnel mais puisqu’il s’agit d’apprendre des pratiques professionnelles…
On parle de relation pas de solitude dans la cas du tutorat …

Vouloir appuyer son argumentation contre la formation encadrée en parlant de formation sur le tas est maladroit. Car : l’expression de formation sur le tas est utilisée généralement pour des personnes qui n’ont pas suivi le cursus classique pour exercer leur métier ou leur fonction.
Mais cela ne veut pas dire qu’elles n’ont pas été formés, tout au contraire , dans la plupart des cas, elles ont bénéficié de l’expérience et des conseils de personnes plus anciennes. Si ce n’est pas le cas on parlerait d’autodidacte (qui a appris tout seul).
Si les apprenants sur le tas ont été formées, utiliser leur cas pour valider le fait que l’on puisse apprendre et se former sans formateur n’est pas pertinent, car en réalité il démontre le contraire.

Etre capable de transformer une information en savoir incorporé puis être capable de mobiliser ce savoir de manière pertinente dans le cadre de compétences est un acte complexe pour une écrasante majorité des gens.
C’est là tout le travail du formateur qui permet entre autre de faire le tri entre ce qui est important et essentiel, et ce qui ne l’ait pas.
Aussi, NON on ne peut pas dire que se former tout seul soit aussi efficace que d’être formé. Justement parce que c’est le mélange que je fais avec le formateur, de ce que je savais avant, avec ce que l’on m’apprend, qui génére et valide ma montée en compétence … Reste le cas des autodidactes. A ce sujet les artistes sont intéressants car on trouve beaucoup d’autodidacte dans ce domaine. On constatera aussi qu’il a peu de grand maître qui ait appris tout seul…

Alors oui, certains peuvent dire qu’ils ont appris tout seul et on peut dire que c’est possible d’apprendre tout seul.
Mais sommes nous sûrs et sont ils sûrs de ne rien avoir oublié d’essentiel en route ?

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Jonathan Pottiez Il y a 8 années

Il est tout à fait possible de se former (et d’apprendre) sans passer par la case « formateur » et/ou « stage ». Sinon, c’est jeter tout ce qui a trait au e-learning, au social learning, au tutorat, etc.
Ce que l’on qualifie de formation « sur le tas » est bien une formation… non une information « sur le tas ».

Le rapport Larcher n’apporte effectivement pas des éléments de réponse aux questions que vous soulevez, mais il a le mérite de questionner la pertinence d’une obligation légale qui demeure depuis 1971, alors que les inégalités dont vous faites part persistent depuis ce temps.

Je me permets donc de reposer ma question : a-t-on une formation plus efficace, plus efficiente, plus équitable, plus transparente, plus équilibrée… (rayez la mention inutile) dans les pays ayant une obligation de dépense ? Je ne pense pas, sinon la France et le Québec seraient à la pointe de la formation (et nous n’enchaînerions pas réforme sur réforme…). Je laisse aux Québécois le soin de se prononcer sur leur système (et le cadre légal qui le supporte), mais il me semble qu’en France nous ayons encore pas mal de progrès à faire…

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Murielle Il y a 8 années

A Jonathan

Vous citez votre cas comme celui d’une personne capable de s’auto former parce que vous évoluez dans un environnement mouvant et qui vous oblige sans doute à rester informé en permanence.
‘il y a une grande différence entre s’informer et se former :
-de nombreux salariés du privé et agents de la fonction publique , même s’ils s’informent et pensent se former en permanence « sur le terrain » sont très loin de maîtriser les concepts qui peuvent nourrir tout sens critique et permettent de changer sur la base d’un terreau solide.
-moi qui suis au contact des pme en province, je peux vous assurer que la nécessité de former est induite par la loi, non par l’aspect du développement économique sauf dans les entreprises ou l’on emploie du personnel hautement qualifié pour lequel la formation est une évidence ,
-pour rebondir sur ce que vous écrivez on voit des entreprises tout aussi performante que d’autres, qui ne forment pas leur personnel de basse qualification…on signale depuis des années la disparité de traitement entre cadres et salariés non cadres, les premiers bénéficiant plus souvent de la formation… la suppression du 0.9 sera t elle une réponse aux différents points soulevés ?. je ne vois rien en celà dans les propositions du rapport Larcher , plus orienté selon moi vers la formation des jeunes et des demandeurs d’emploi.

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Jonathan Pottiez Il y a 8 années

A ma connaissance, il n’y a que la France et le Québec qui « bénéficient » d’une telle spécificité.
Gère-t-on nécessairement mieux la formation dans ces pays ? Y a-t-on une formation plus « efficace » ? Y voit-on des collaborateurs mieux formés et des entreprises plus performantes du fait d’une « meilleure » formation ? Je ne serais pas aussi catégorique.

Au-delà de la suppression du 0,9 %, je pense que c’est tout le cadre légal qui mériterait d’être revu en profondeur. Depuis toujours, celui-ci a été construit selon une logique de moyens (former toujours plus) au détriment d’une logique de résultats (former mieux).
Or, ce n’est pas la formation en tant que telle qui améliore l’employabilité des salariés, la compétitivité des entreprises, etc. La formation n’est qu’un moyen : c’est l’utilisation des acquis de la formation qui le permet (donc le transfert de ces acquis depuis le lieu de formation jusqu’au poste de travail).

Qu’a fait le cadre légal pour favoriser cela ? Pas grand chose il me semble… Heureusement, à défaut de loi adéquate, c’est l’environnement normatif qui s’en chargera (l’ISO 29990 s’inscrit davantage dans cette logique).

Par ailleurs, si la suppression du 0,9 % amènera inévitablement à moins de formations « classiques » (ex : stages de formation), cela ne signifie pas pour autant que l’on formera moins (précisément : que les collaborateurs apprendront moins). Les modalités de formation changeront et les entreprises, pressées par des besoins de compétitivité, n’auront pas d’autre choix que de former : ce sera une obligation économique (et sociale), non légale. Et la formation sera libérée de la logique du 0,9 %, de la 24-83, etc.

Un exemple qui m’est propre : dans notre entreprise (TPE) du secteur du conseil, j’ai suivi en tout et pour tout deux formations sur sept années en son sein. N’ai-je donc rien appris pour autant ? Au contraire, il ne se passe pas une journée sans que mes collègues et moi ne nous formions. C’est une obligation du fait de notre activité. Mais cela ne passe pas nécessairement par le sacro-saint stage de formation.

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Mathilde Bourdat

Mathilde Bourdat Il y a 8 années

@Murielle Oui, le risque de « désinvestissement formation » d’une partie des entreprises, en l’absence de contribution obligatoire, paraît inévitable. Et il est vrai que la disparition du 0,9 entrainerait mécaniquement une moindre redistribution de fonds mutualisés: il ne resterait plus que le 0,5%.
Bien cordialement
Mathilde

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Mathilde Bourdat

Mathilde Bourdat Il y a 8 années

@ Carine Je ne pense pas que l’on puisse dire que la loi sur le 0,9 a boosté les investissements formation ces dernières années.
L’investissement formation est assez fort en France, comparativement a beaucoup de pays européens. On peut penser que l’obligation de financement de la formation y est pour quelque chose, mais elle date de 1971, et non des dernières années. En 2004, c’est une contribution obligatoirement versée à l’opca (le 0,4, devenu 0,5) qui a augmenté, et non l’obligation de dépenses dédiée au plan. En fait, dans son dernier rapport sur le sujet (analyse n° 82 de novembre 2011), la DARES observe « un recul des dépenses directes des entreprises dans un contexte de crise ».
Bien cordialement
Mathilde

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Philippe Il y a 8 années

Bonjour à tous.

La question qui est posée en terme de menace ou d’opportunité ne me convient pas.

Toute réforme offre des perspectives progressistes ou nons. Ce que nous apprend l’Histoire (je vous invite aussi à lire les théses de Thomas KHUN sur « la structure des révolutions scientifiques ») c’est qu’une réforme ne porte pas en elle fondamentalement ce qu’elle va produire.
C’est à mon avis l’usage qui est fait d’une réforme par les acteurs en charge de la porter qui va au final déterminer son aspect positif ou négatif.
Ce n’est pas l’outil qui est mauvais mais l’usage qu’on en fait.

Le milieu de la formation professionnelle n’est pas vertueux loin s’en faut.
La GPEC devrait entraîner ses acteurs à considérer le besoin de formation comme un besoin de compétence… mais nous savons tous que ce n’est pas toujours le cas. Certains OF ont des conseillers qui sont trop souvent des commerciaux avant tout (parcours de formation aux moyens réduits qui généreront un profit mais pas vraiment des personnels qualifiés), certaines entreprises considérent la formation comme une perte de temps et les cotisations comme un impôt, et les OPCA se sont vus rappeller leur obligation de conseil et de présence sur le terrain dans la dernière réforme les concernant. Je caricature à peine et des représentants de tous les acteurs du systéme de la FPC pêchent trop souvent.

Si former est d’abord un acte qui génére une plus value Humaine et qu’ensuite c’est l’Homme qui en fait une plus value financière; alors, les aspects financiers sont secondaires et ne devraient être considérés que comme des moyens et non une finalité.
Attention je ne dis pas qu’ils sont inutiles mais seulement qu’ils sont secondaires si on considére la formation comme étant la réponse adaptée pour répondre à un besoin de compétence qui fait défaut.

Les réformes successives de la formation professionnelle qui ont été enclenchées commencent à porter leur fruit. La montée en puissance de l’utilisation du DIF et notamment du DIF portable (dispositif qui a lui même connu plusieurs réforme) montrent que les mentalités changent et les dispositifs commencent enfin à être connus et l’intérêt de se former reconnu.
Je pense que nous devrions nous poser davantage de questions sur l’usage que nous avons fait des dispositifs. Cet usage était-il déontologique et allait il dans le bon sens (et là aussi, « le bon sens » est fortement lié à l’orientation idéologique de chacun).

Si la question sur la suppression du 0.9 telle qu’elle est posée ne me convient pas, je peux quand même y répondre car j’ai un avis quand même et cet avis s’appuie sur ce que j’ai ecris précédemment.

Je pense qu’annuler cette obligation serait une erreur car :
1 : le caractére obligatoire du financement engendre de la formation même chez ceux ou pour ceux qui y sont réfractaires.
2 : le fait d’annuler dans les entreprises cette obligation légale, entraînera à moyen terme, des réductions de ce « budget ». Alors que la formation est nécessaire dans la plupart des cas pour conserver une certaine compétitivité.
3. Ce qui est obligatoire à une valeur intraséque et tacite qui reléve de ce qui doit être respecté. Si on enléve le caractére obligatoire au fait de consacrer une petite parti de son argent à la formation, il ne faudra pas compter sur le bon vouloir des acteurs pour en faire plus, ni mieux. Cela n’étant pas valable pour ceux qui consacre plus de 0.9% à a fiormation professionnelle, il est vrai. Mais dans leur cas, les problématiques formations sont généralement trés liées à des impératifs stratégiques.
3 : les réformes successives de la formation professionnelle commencent à porter leur fruit, c’est à dire que l’on constate enfin des changements idéologiques sur la manière de considérer la formation dans les entreprises et notamment les plus petites, mais aussi chez les premiers bénéficiaires, c’est à dire les salariés. Des changements de mentalités prennent du temps pour s’installer.
On peut m’opposer l’argument que le 0.9 ne porte pas sur les formations déclenchables à l’initiative d’un salarié. Mais le fond du probléme est le tort que produira une annulation de l’obligation de cotisation du 0.9 sur les mentalités de manière générale.
Tout le chemin parcouru pour le changements des mentalités risquent d’être rendu vain…
(d’ailleurs on peut s’interroger sur l’habitude des hommes politiques à vouloir enchaîner des réformes alors qu’on ne laisse pas la plupart du temps à ces mêmes réformes le temps nécessaire pour s’installer dans la pratique et les mentalités…

Voici quelques idées. Libre à vous de les faire vivre.

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Katell Il y a 8 années

Je pense que c’est effectivement plutôt une opportunité… pour beaucoup de petites entreprises le 0,9% représentent effectivement plutôt une taxe, des démarches administratives… et de toute façon un budget qui reste limité. C’est également une opportunité de donner plus de place à la négociation, tout en abaissant la contrainte administrative.Mais pour éviter que les petites entreprises et les salariés les moins qualifiés accèdent moins à la formation, il faudra que le FPSPP soutiennent réellement les projets de formation en direction de ces cibles et sachent le faire savoir auprès des petites entreprises… sans rajouter de lourdeurs administratives pour accéder au FPSPP.
Katell

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Karine Aubry Il y a 8 années

Merci Mathilde de nous interpeller sur notre métier, ça fait du bien aux neurones !

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Vincent Il y a 9 années

Bonjour,

Je pense que c’est une opportunité qui présente plusieurs menaces potentielles qu’il faut à tout prix éviter :
– certaines entreprises, peu soucieuses du développement de leur employés, renonceront au moindre investissement et se contenteront, encore une fois, du strict minimum obligatoire, il faut donc garder un caractère obligatoire à la formation ailleurs, le faire dans le cadre de la GPEC est une bonne idée mais…
– le système d’accès à la formation est si compliqué que négocier sur la formation au sein d’un accord de GPEC nécessiterait que les représentants syndicaux et les RH (surtout dans les nombreux cas ou il n’y a pas de RF dans la structure) soient réellement compétents sur le sujet pour qu’on ait une réelle chance de voir se mettre en place un accès à la formation qui corrige les inégalités.

De toute manière le système ne peux pas rester ainsi on sait bien qu’il ne permet pas un accès égal pour tous à la formation. Je préfère prendre le risque de le changer.

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Murielle Il y a 9 années

Bonjour et merci pour ces informations,

Je rejoins Carine, si les PME forment, c’est avant tout sur les aspects sécurité , rendus obligatoire par la législation, et si elles forment au delà, c’est parce qu’elles bénéficient de fonds mutualisés récoltés par les OPCA ou encore par le biais d’actions collectives organisées par les branches professionnelles et financées par les fonds mutualisés, alors si l’on supprime cette contribution, la PME de moins de 250 salariés acceptera t elle de poursuivre l’effort de financement en le prenant à son compte, lorsqu’on sait qu’il n’existe pas de poste de RH dans ces entreprises … j’en doute ….

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Carine Lacanal Il y a 9 années

Merci Mathilde. Le « caractère obligatoire » de la fonction formation me semble nécessaire surtout dans les plus grandes entreprises. Ensuite, c’est aux acteurs de la formation, aux managers de faire bon usage de cette enveloppe. J’ai peur qu’en la supprimant, le budget formation disparaisse devant les urgences en matière de sécurité, l’investissement dans un matériel nouveau …La loi du 0,9% n’a-t-elle pas booster de façon notoire les investissements en formation ces dernières années ou …question, y-a-t-il eu en France d’autres facteurs de développement ?

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Aurore sie Il y a 9 années

Je ne pense pas que supprimer la contribution soit une bonne chose, en effet il s’agit souvent pour les moyennes entreprises d’une l’obligation qui va déclencher le projet de formation : « on paye ok mais pour quoi? « 

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Anne Ambrosini Il y a 9 années

Mathilde, Laurent, je partage vraiment l’idée que c’est une opportunité. Quelle énergie nous devons parfois déployer pour répondre à des questions d’« expert en administration » au risque de passer à côté des vraies questions d’apprentissage. A voté !

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Laurent REICH Il y a 9 années

Un très grand merci Mathilde pour cet éclairage sur un texte récent et surtout la lecture objective enc es temps d’élections … C’est clairement une opportunité d’innover sans barrières administratives, de repenser son processus formation en se demandant ou doit se situer la valeur, de reprendre le leadership en proposant des actions plutôt qu’en administrant la formation… Cela risque de perturber certains mais la perspective d’une co-responsabilité sur le co-developpement des compétences est très enthousiament.

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