Le talent du pédagogue

Par le 28 novembre 2011

C’est une visite de l’expo « Décors & Installations » à la Manufacture des Gobelins qui m’a inspiré ce billet.

Les installations présentées jouent « sur des ensembles associant des éléments divers que l’on peut rattacher au groupe suivant : les cartons, les tapisseries » explique la commissaire de l’expo.

Elle ajoute dans son introduction : « Chacune des installations crée une diversité de situations inédites résultant de la combinatoire entre ces différents éléments, sous forme de dispositifs proposés par les artistes ».

Le talent du pédagogue

Cette mise en scène m’a fasciné par l’émotion qui en ressort, la modernité qui est portée par le mix entre des tapisseries qui ont pour certaines plus de 400 ans et des installations modernes à base de miroirs et néons.

Le talent du pédagogue

Le travail du scénographe dans cette exposition a été de s’appuyer sur du mobilier national, restauré ou transformé, pour inventer une nouvelle histoire. Lorsqu’il dispose des voiles de mariées anciens sur des mannequins pour en faire des fantômes, il apporte au visiteur une émotion nouvelle.

 Le talent du pédagogue

Dans cette salle, la tapisserie est par moment une rampe de skateur, un tableau très moderne, une photo… chacun a sa propre lecture de la mise en scène renforcée par l’ambiance sonore.

 Le talent du pédagogue

Et je trouve que nous sommes dans une des interrogations récurrentes du formateur : faut-il créer du contenu nouveau pour alimenter nos formations ? Où notre rôle est-il de mettre en résonance des éléments existants offrant ainsi une nouvelle perspective, un nouveau point de vue…

Le développement de communautés de plus en plus larges et l’essor de la mobilité permettent aux individus d’accéder à des « bibliothèques » virtuelles de contenus à l’image du site ted.com qui offre des vidéos gratuites de grands speakers mondiaux. L’accès aux « ressources » gratuites est facile et devient un réflex pour un grand nombre (au delà des jeunes générations).

Le talent du pédagogue va donc être de plus en plus de construire des architectures s’appuyant sur des contenus provenant de nombreuses sources internes ou externes à l’entreprise. Il exerce également son « art » lorsque confronté à un contenu encyclopédique d’un expert métier, il arrive à traduire tout cela simplement, de façon intelligible pour le plus grand nombre… le son, l’image, les mots sont autant d’outils dont il dispose pour construire sa « représentation ».

Le formateur de demain aura pour objectif de proposer une expérience à ses stagiaires basée sur l’intelligence collaborative passant ainsi d’une posture du « sachant » à celle du « catalyseur ».

N’hésitez pas à partager votre point de vue dans les commentaires…

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Emmanuel ROYER Formation professionnelle Il y a 9 années

Je suis assez étonné par cet article qui me semble faire une limite assez ténue entre le contenu de l’apprentissage et la méthode. Pour moi la pédagogie est vraiment bien distincte de l’enseignement, même si le design de la formation est un élément auquel j’aurais tendance à accorder beaucoup d’importance vue ma formation initiale.

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Nathalie Van laethem Il y a 9 années

Merci Laurent pour ce beau billet qui me parle tout à fait et à Catherine pour la notion de design de la formation.
C’est un sujet auquel je pense lorsque je dois créer une nouvelle formation (en marketing), mais surtout renouveler un format, comme de passer d’une formation de 3 jours à 2 jours pour correspondre à la demande du marché.
Cela implique pour moi de reconcevoir le concept même de cette formation: ce n’est pas uniquement un assemblage de savoirs ou de savoirs-faire (lequel je supprime, lequel je diminue en temps…) mais plutôt quel nouveau sens donner à cette nouvelle formation.
Et lorsque je crée une nouvelle formation: les plus belles sont celles qui sont un « concept » en soi, matérialisé par un « design de fond et de forme », comme une démarche structurée et du contenu mis en scène par une pédagogie et des outils pédagogiques servant ce contenu, le tout apportant plus qu’une acquisition de savoirs et savoir-faire mais une « expérience de formation ».

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Mathilde

Mathilde Il y a 9 années

@Claude « Formateur, metteur en scène de l’infomation »: voici une formule qui donne beaucoup à penser. Merci!

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François ABBO Il y a 9 années

pédagogue – facilitateur – éveilleur – révélateur – entraîneur – transmetteur – bâtisseur – propulseur – …

cela demande aussi d’aider chacun à structurer sa démarche dans la durée

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Claude Aschenbrenner Il y a 9 années

Bonjour,

Merci pour votre billet.
Sur ma carte de visite j’ai écrit « formateur, metteur en scène de l’information ».
Je viens du monde de la cartographie de l’information (carte heuristique mais pas seulement) et j’ai depuis longtemps l’intuition que ces 2 activités ne peuvent qu’être intimement liées.
Le coté « multi média » (expression qui tombe d’ailleurs en quasi désuétude) n’est pas le plus important ici. Quand on parle de mise en scène il faut entendre « mise en sens ».
Sans émotion on obtient une très faible mémorisation et donc pas de mise en sens et pas de transmission .
Opposer « le fond et la forme » est très courant mais c’est une erreur majeure sur la plan cognitif .INFORMER vient du latin informare qui signifie donner une forme. Et ce n’est pas par hasard si notre activité s’appelle FORMER ….
Au delà de la nécessaire activité d’intégrateur du formateur il faut viser ce que P Stark déclarait récemment à propos de son ami Steve Jobs « c’était un bâtisseur d‘espace mental ». Et l’on retrouve la métaphore de l’architecte …

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Laurent Reich Il y a 9 années

@Nazha, merci pour cette citation qui rappelle le rôle de « formateur ressource » qui doit se mettre à la disposition de ses stagaires et de leurs apprentissages

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Laurent Reich Il y a 9 années

@maud, ton petit garçon est adorable et je pense que son show est minutieusement préparé pour paraitre aussi naturel mais il a le merite d’interpeller sur le rôle du formateur: ce n’est pas une compétition de sachant mais bien une mise en commun de savoirs, orchestrer par le pédagogue pour mener vers de nouveaux territoires …

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Laurent Reich Il y a 9 années

@Catherine, j’aime beaucoup quand tu parles de créer un oeuvre car cela implique d’y mettre son coeur, sa pensée, son histoire

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Laurent Reich Il y a 9 années

@mathilde, merci pour ton gentil commentaire … le mise en scène pédagogique peut apporter ce suplément d’âme qui permettra d’inscrire de façon durable les acquis … les grandes expositions travaillent de plus en plus cet aspect.

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Nazha Il y a 9 années

Rendons à César ce qui est à Jules.
Bravo Laurent pour ton article !

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Nazha Il y a 9 années

@Maud Guenot

Steve Jobs n’est pas mort, il s’est réincarné en un petit garçon américain qui fait la morale aux enseignants, « nous autres aussi nous avons des choses à vous apporter ».
Par ailleurs je citerai Brown et Atkins : « Enseigner, c’est donner à l’étudiant des occasions où il puisse apprendre. »
Un « bon » pédagogue est celui qui saura trouver et proposer ces occasions. Tout comme un « bon » scénographe saura trouver et mettre en place des œuvres (neuves ou anciennes), des séquençages, des approches, etc pour émouvoir les spectateurs.
Bravo Mathilde pour ton article.

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Maud Guenot Il y a 9 années

@mathilde
Entièrement d’accord et pas facile à faire, quand on a eu l’habitude de privilégier le fond sur la forme.

On m’a demandé une fois, dans le cadre d’un entretien d’embauche dans le secteur de la formation à distance, qu’est-ce que je trouvais « beau ». La question m’a semblé saugrenue au premier abord. Et au final, avec du recul, je me rend compte que c’est une question importante, parce qu’elle facilite les apprentissages.

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Mathilde

Mathilde Il y a 9 années

Il est beau ton billet, Laurent.. Et la forme nous dit quelque chose au-delà du fond: l’esthétique génère une émotion positive, un désir d’engagement. En tant que concepteurs, nous devons aussi prendre en compte cette dimension formelle.

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Catherine goutte Il y a 9 années

Innover en inventant ou innover en détournant les usages : les 2 bien sûr
Designer un dispositif d’apprentissage c’est innover et créer une oeuvre (car le dispositif est unique) pour atteindre un objectif et peu importe les matériaux utilsés (recyclés ou neufs, locaux ou de venus terres lointaines)
Belle analogie

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David Vellut Il y a 9 années

Effectivement, je constate encore malheureusement que de nombreux formateurs en entreprise travaillent de manière unidirectionnelle, et se contentent de « transférer » leurs connaissances aux apprenants. C’est ce que j’appelle, sans aucune méchanceté, le « syndrome du prof » !

D’autant plus dommage que les études montrent l’efficacité des approches collaboratives et ludiques pour favoriser la motivation ET l’apprentissage des participants.

Je prie donc chaque jour également pour que les formateurs de demain deviennent « catalyseurs » comme vous le dites en fin d’article (personnellement je préfère le terme « facilitateur »).

@Maud : j’avais croisé cette vidéo il y a quelques temps, j’aime aussi beaucoup la remarque du gamin (« en matière de technologies, les élèves en savent plus que les profs »). Excellent, et plein de bonne répartie 😉

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Maud Guenot Il y a 9 années

J’ai retrouvé la vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=ehDAP1OQ9Zw&feature=youtu.be
Minute 3.38
Enjoy!

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Maud Guenot Il y a 9 années

Entièrement d’accord. Entre architecte et catalyseur, le formateur de demain sera collaboratif, et s’appuyera – en plus de son savoir – sur le savoir de ses stagiaires, pour réellement apprendre.

Un adolescent le disait très bien dans une vidéo « c’est une évidence aujourd’hui que les élèves en savent plus que les profs ».

Sans allez jusque là…disons que c’est une « évidence » que les élèves savent d’autres choses que les profs…et que l’échange dans les deux sens est richissime.

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