Passeport formation : les conditions de réussite

Par le 28 novembre 2009

Dernier billet de ce triptyque sur les outils de l’orientation des salariés dans l’entreprise. L’entretien professionnel ne remplit pas pleinement, dans la majorité des cas, ses promesses. La vocation et les modes d’organisation du bilan d’étape restent encore bien incertains. Autre outil, le « passeport orientation et formation », réaffirmé par la loi sur l’orientation et la formation professionnelle tout au long de la vie du 24 novembre 2009. En principe mis en oeuvre depuis 2004, le passeport reste pratiquement inexistant dans l’entreprise. Une bonne idée qui ne fonctionne pas, comme la plupart de celles qui privilégie une entrée « par l’outil ». Un échec qui interroge le rôle de l’entreprise pour les questions qui touchent à la construction du parcours professionnel et de formation du salarié.

Dans l’esprit des négociateurs de l’ANI de 2003, le passeport formation a pour vocation « de favoriser la mobilité interne ou externe ». Il facilite la certification des « connaissances, compétences, et aptitudes professionnelles », acquises en formation initiale ou continue ou par l’expérience professionnelle (Titre 1, Chap 2 ANI déc 2003).

Les rubriques

La loi de 2009 complète la notion de passeport formation. Désormais intitulé « passeport orientation et formation », il recense (L 6315-2) :

  1. Dans le cadre de la formation initiale: les diplômes et titres, connaissances et aptitudes, « susceptibles d’aider à l’orientation »
  2. Dans le cadre de la formation continue:
  • Des informations recueillies au titre d’entretiens professionnels, bilans de compétences, bilans d’étapes,
  • Les actions de formation réalisées,
  • Les expériences professionnelles acquises lors de stages ou de périodes d’alternance,
  • Les qualifications obtenues,
  • Les habilitations de personnes,
  • Le ou les emplois occupés, activités bénévoles, connaissances, compétences et aptitudes professionnelles mises en oeuvre dans le cadre de ces activités.

CV très détaillé donc, outil de « capitalisation permanente » de l’ensemble des connaissances et compétences acquises au fil d’une vie.

Des modèles

On trouve sur internet de nombreux modèles électroniques de passeport, par exemple sur le site du GFCBTP, du FUP,  du CNEC (coiffure), de l’Observatoire des Industries Chimiques…

Les conditions de réussite

Une belle idée… mais qui ne fonctionne pas. Dans l’enquête Cegos récemment publiée, les 801 salariés interrogés ne sont que 5% à répondre qu’ils disposent d’un passeport formation…

A noter la réticence des organisations syndicales de salariés, pourtant signataires des ANI de 2003 et de 2009. Dès juin 2005, C. Emery, directeur du projet « Réforme de la formation » chez Axa, notait que « curieusement, le principal point de friction lors des négociations a porté sur la mise en place du passeport formation », les syndicats s’inquiétant « de savoir qui serait habilité à certifier les compétences acquises par le salarié » et refusant la mise en place automatique du passeport pour l’ensemble des salariés, car il relève « de l’initiative individuelle ». Peut on faire l’hypothèse d’un malaise des syndicats devant un outil qui renvoie sur l’individu – et non plus sur le collectif – la construction de la trajectoire professionnelle ?

Le passeport formation me paraît souffrir du mal classique des outils que les services fonctionnels s’épuisent à « faire fonctionner ». Ils ne prennent pas de sens tant qu’ils ne sont pas portés par un système cohérent, qui impose leur nécessité à l’ensemble des parties prenantes.

Entretien professionnel, bilan d’étape, entretien de deuxième partie de carrière, passeport orientation et formation… Autant d’injonctions faites à l’employeur d’accompagner le salarié dans l’élaboration de son parcours professionnel individuel. Paradoxe, dès lors que ce parcours se construit désormais dans différentes entreprises, voire sous différents statuts ?

Pour le « bout de chemin » que le salarié fait avec elle, l’entreprise doit assurer une mission d’accompagnement. En adaptant le salarié aux exigences de son emploi, en veillant à son adaptation aux évolutions de l’emploi ou à son maintien dans l’emploi. Et en l’aidant à capitaliser ses compétences et à se positionner en « acteur » de son parcours.

Les personnes qui ont le plus besoin du « passeport orientation et formation » sont aussi celles qui ont le plus de mal à formaliser. Les rubriques des passeports en lien ci -dessus « compétences organisationnelles   » , « compétences sociales » … risquent fort de demeurer très abstraites, si la personne est seule face au document…

Les outils de l’orientation et de la construction du parcours professionnel ne peuvent se penser, au sein de l’entreprise, qu’intégrés à un système cohérent, comportant par exemple les éléments suivants :

  • Une « charte » de l’orientation et de la mobilité en interne (rôle des services supports, règles d’usage…),
  • Pour le passeport, une aide à la formalisation, portée par des personnes positionnées comme des « conseillers » – dont le rôle et les obligations (confidentialité…) seront définies par la charte,
  • Une visibilité des filières métiers, du « marché de l’emploi » de l’entreprise – et plus largement de la branche professionnelle ou du métier , des champs d’évolution… qui donne un sens aux temps et aux supports dédiés à la réflexion sur le parcours professionnel
  • Une information sur les usages du passeport externes à l’entreprise, – par exemple son intérêt pour la préparation d’une VAE, d’un bilan de compétences.

Certaines entreprises se sont déjà mises dans cette dynamique – notamment dans les secteurs en profonde mutation qui se montrent soucieux de « l’accompagnement social » des changements d’organisation et de métiers. Ce sont souvent de grandes entreprises – mais pas toujours, ainsi qu’en témoigne le système mis en place par Norsys (185 salariés).

Norsys est lauréat du prix intranet 2009 dans la catégorie « E-RH et Management ». Pour écouter le directeur de Norsys décrire le système qui permet une véritable prise en main de son parcours professionnel par le salarié, cliquez ici.

Et pour passer un bon moment en écoutant une interview un peu plus brouillonne et nettement plus décoiffante, allez donc sur le blog des Managers 2.0.

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Mathilde

Mathilde Il y a 10 années

Bonjour ASTIER,
je n’ai pas connaissance de chiffres officiels sur le sujet. Nous avons posé la question fin 2009 à un panel représentatif d’entreprises et de salariés (tous secteurs, toutes CSP):
14 % des entreprises interrogées déclaraient utiliser le passeport formation. Cet outil est effectivement peu développé.

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ASTIER Il y a 10 années

Je recherche des chiffres sur l’utilisation du passeport Formation. Je travaille dans un centre de formation agricole et il me semble que cet outil n’est pas connu et utilisé dans notre secteur. Pouvez-vous me diriger vers des structures ou personnes susceptibles de me donner chiffres et infos ? Merci.

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