Intégrer les usages du « Web 2.0 » aux dispositifs de formation

Par le 24 octobre 2009

Une enquête de McKinsey a récemment montré en quoi les entreprises bénéficient du Web 2.0– c’est à dire des usages d’internet qui permettent aux utilisateurs de générer les contenus, d’interagir et de partager les informations.

« Entreprise collaborative », « open source worplace »… Les observateurs/ praticiens de ces usages du Web sont tous d’accord pour dire que nous vivons un profond changement dans notre rapport  au savoir et aux apprentissages. Nous utilisons blogs, wikis, réseaux sociaux, pour capitaliser nos connaissances, les partager, faire des recherches, voir comment font les autres, les interroger et répondre à leurs questions… Nous y sommes tantôt experts, tantôt débutants, tantôt « entre pairs ».

La formation professionnelle ne peut rester à l’écart de ce mouvement de fond. Les usages du Web 2.0 font leur entrée dans les dispositifs de formation. Mais pour les acteurs de la formation, chefs de projet, formateurs, ce maillage de « l’informel » et du « formel » ne va pas de soi. Le livre blanc « Blending Web 2.0 Technologies with Traditional Formal learning » (Mixer les technologies Web 2.0 avec la formation traditionnelle), mis en ligne par élément K, donne de précieux éclairages pour l’action.

Le cadre d’actions des acteurs de la formation se situait jusqu’à présent dans ce que l’on appelle la formation « formelle ». On entend par là l’ensemble des temps de formation qui s’appuient sur un programme pré définis et sur des temps identifiés, prévus à l’avance, de formation. Ces temps de formation se situent en dehors des situations de travail. Trois grandes modalités sont aujourd’hui associées en formation « formelle » : présentiel (face à face formateur – participants en salle), module d’auto formation à distance, classe virtuelle synchrone.

Par opposition à ces temps de formation formelle,  Philippe Carré nomme « apprentissage professionnel informel » « tout phénomène d’acquisition et/ou de modification durable de savoirs (…) produits en dehors » (…) des temps de formation formelle, « et susceptibles d’être investis dans l’activité professionnelle ». (Les Apprentissages Professionnels Informels. L’Harmattan. 2003).

Avec le Web 2.0, les apprentissages informels vont s’intégrer aux dispositifs de formation. Il s’agit bien de mailler des « temps formels » et des « temps informels » d’apprentissage, afin de renforcer les moyens mis à disposition des salariés pour développer leurs compétences.

Ceci n’est pas simple pour les acteurs de la fonction formation, habitués à une méthode rigoureuse dans laquelle les apprentissages et même leurs modalités sont prévus d’avance…

La question n’est pas de passer au « tout informel » (nous mettons les moyens à votre disposition et vous vous débrouillez entre vous !), mais de prendre le meilleur des deux types de situation en les associant intelligemment.

Le livre blanc d’élément K, pré-cité, donne de multiples exemples de dispositifs alliant formation formelle et web 2.0.

En amont d’un présentiel ou d’un module en auto formation

  • Donner accès à des liens et des ressources en ligne concernant la formation qui va suivre. Ce peuvent être des ressources produites par d’autres auteurs, mais aussi le blog du formateur, le wiki créé par les stagiaires des promotions précédentes, le forum du cours…
    Intérêt : susciter des questionnements, mettre en projet, donner confiance…
  • Créer sur un réseau social le « groupe des apprenants », permettre aux personnes de se connaître avant la formation. Particulièrement utile lorsque la formation formelle se réalise entièrement à distance (modules d’auto formation, classe virtuelle) : dans un billet précédent, il a déjà été question de l’importance du lien social dans les apprentissages.

Pendant la formation présentielle ou à distance

  • Communiquer aux participants des mises  à jour et des informations additionnelles aux contenus de la formation, via le blog du formateur.
  • Organiser des forums en inter sessions, afin de générer des discussions et de la collaboration sur les projets à mener par les apprenants.
  • Les faire travailler en mode projet, grâce à un wiki par exemple. Pour un usage pédagogique du wiki en mode projet, voir les exemples « Robotique » et « Tablette PC » du collège du Haut Madawaska (Canada).
  • Leur faire capitaliser les contenus et ajouter des contenus issus de leurs propres travaux sur un wiki.

Un exemple de mix « Formation formelle – Web 2.0 » : l’ingénierie du Master de l’Université Rennes 1. Voir le descriptif d’un module et le wiki des étudiants.

A l’intérieur d’un module d’auto formation à distance :

  • Associer aux séquences d’un module e-learning des liens avec un wiki (par exemple un glossaire), un forum (« discutons en »), une aide en ligne.

Après la formation, quelque soit sa modalité :

  • Donner accès au blog du formateur et aux autres liens pertinents pour permettre l’actualisation des connaissances, les questions/réponses…
  • Créer une plateforme de « social bookmarking » pour permettre aux apprenants de continuer à partager leurs nouvelles ressources sur le sujet. Rappelons qu’une plate forme de bookmarking permet de stocker, d’organiser et de partager des liens avec des pages web.
  • Donner du support à la mise en oeuvre des acquis de formation (ce que nos amis anglo-saxons appellent le « performance support »). Ainsi que le note le livre blanc d’Element K, toutes les technologies Web 2.0 sont adaptées à ce support, que l’apprenant utilisera en situation de travail au moment précis où il en aura besoin :
    – Un wiki utilisé comme une base de savoirs « vivante »
    – Des blogs ou podcast pour donner les actualités
    – Des forums « questions réponses »
    – Un réseau social pour trouver des experts sur un sujet.

Le wiki de la classe de sciences de Mme Danis, professeur au Quebec, est un excellent exemple de mix, permettant à la fois la capitalisation des savoirs, le renforcement des apprentissages et du lien entre les élèves.

On y trouve :

Voici quelques exemples de dispositifs cités par le livre blanc d’Element K :

Une formation Management et Leadership pour les « hauts potentiels » qui prennent la relève des anciens.

  • Les programmes présentiels existants sont complétés par des modules e-learning, intégrant les témoignages videos de leaders de l’industrie.
  • Les experts alimentent un forum de discussion pendant plusieurs mois après la formation présentielle : ils donnent des conseils, répondent aux questions qui émergent lorsque les participants prennent leur nouveau poste.
  • Plusieurs leaders actuels de l’organisation écrivent leurs blogs et enregistrent des podcasts, au sujet du leadership, afin de partager leur expérience. Des mémos (fiches « bonnes pratiques »), des ressources documentaires (résumés de livres…) sont mis à disposition des nouveaux leaders.

Des mises à niveau bureautique pour les salariés.

Tous les salariés de cette entreprise manipulent les logiciels du « pack office ». Ils ont besoin de les utiliser au mieux, et de se mettre à niveau sur les nouvelles versions. Le dispositif associe :

  • Des modules e-learning suivis à la demande.
  • Des classes virtuelles synchrones régulières : démonstration des bonnes pratiques, questions -réponses.
  • Des fiches « bonnes pratiques »
  • Un forum « questions réponses »

Voilà un enrichissement considérable de la palette du formateur…

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Jean-MArc PARANT Il y a 11 années

Merci
C’est vraiment très instructif.

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Karine A. Il y a 11 années

Merci Mathilde pour cet article passionnant !

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