Le DIF, réducteur des inégalités d’accès à la formation

Par le 30 octobre 2008

Une étude publiée par le Céreq en aout 2008 vient conforter l’optimisme des rapports des experts indépendants sur l’impact de la réforme de 2004. Elle est téléchargeable sur le site du Céreq: http://www.cereq.fr/bref.htm. J’ai rendu compte des rapports des experts dans un billet précédent

Cette étude indique en  substance que le DIF « est un droit égal pour tous, qui, de fait, est susceptible de réduire les inégalités habituellement constatées en matière de formation continue ».

Le préambule de l’ANI de 2003 reprenait le constat de l’inégalité d’accès à la formation continue, et en décrivait les facteurs : « niveau de formation initiale, taille de l’entreprise, secteur professionnel, sexe, catégorie socio professionnelle, nature du contrat de travail ».

Ainsi, reprend l’étude du Céreq, « à la veille de la réforme, seuls 13% des personnels des entreprises de 10 à 19 salariés accédaient à la formation, alors même qu’ils étaient plus de 50% dans les entreprises d’au moins 500 salariés. De même, 9% des ouvriers des entreprises de petite taille se formaient contre près de 65% des cadres des grandes entreprises ».

Or, selon les chiffres de 2006, certains des facteurs d’inégalité d’accès à la formation sont amoindris par le DIF.

Les secteurs d’activités

En 2006, 41% des salariés ont accédé à la formation, tous secteurs confondus. Et le taux moyen d’accès au DIF a été de 3,4%. Là où le taux d’accès à la formation est le plus important, le taux d’accès au DIF l’est également. Mais, comme l’indique l’étude, « lorsque les entreprises d’un secteur très peu formateur ont recours au DIF, le taux d’accès de leurs salariés à la formation est nettement en hausse ».

Ainsi dans le secteur du travail du bois. Le taux d’accès à la formation n’y est que de 21%. Mais il monte à 41% dans les entreprises de ce secteur qui recourent au DIF. De même dans l’habillement, où le taux moyen d’accès à la formation, de 22%, passe à 38% pour les entreprises du secteur qui recourent au DIF.

L’écart généré par le recours au DIF est plus faible lorsque le taux d’accès à la formation est élevé. Ainsi dans le secteur « Fabrication des matériels de transport », qui caracole en tête de l’accès à la formation avec un taux moyen de 74%. Dans les entreprises de ce secteur qui font fonctionner le DIF, le taux d’accès à la formation ne monte « que » de 2%, atteignant 76% !

Au final, l’écart entre le taux d’accès à la formation des salariés des entreprises qui recourent au DIF et de celui des salariés des entreprises qui n’y recourent pas, au sein d’un même secteur d’activité,  varie de 1 (raffinage et industrie nucléaire, taux d’accès de 69% dans les deux cas) à 6 (pêche aquaculture, le taux passe de 31 à 85%!).

Pour l’ensemble des secteurs d’activité, le « coefficient multiplicateur » du taux d’accès à la formation en cas de recours au DIF est de 1,9.

La taille de l’entreprise

L’accès à la formation reste très corrélé à la taille de l’entreprise: « en 2006, les petites entreprises de 10 à 19 salariés  ont un taux d’accès à la formation quatre fois moindre que la très grande entreprise de plus de 2000 salariés » (13% contre 58%). Mais lorsque la petite entreprise recourt au  DIF, elle donne plus facilement accès à ce dispositif à ses salariés que la grande. Ainsi, 21% des salariés des entreprises de moins de 20 salariés ayant recours au DIF ont eu accès à la formation par ce dispositif, contre 5% des salariés des entreprises de 2000 salariés dans le même cas.
Plus l’entreprise est petite, plus le recours au DIF a pour effet d’accroître le taux d’accès des salariés à la formation.

La catégorie socio professionnelle

La catégorie socio professionnelle qui a le plus fort accès à la formation est celle des Techniciens et Agents de maîtrise (58%), suivie de près par les Ingénieurs et Cadres (56%). Viennent ensuite les employés et ouvriers (respectivement 33 et 30%). Mais « dans les entreprises qui ont pratiqué le DIF, la disparité d’accès à ce dispositif entre ouvriers et cadres est moindre, et c’est dans les petites entreprises qu’elle est la plus faible ».

Au final, « le taux d’accès à la formation s’accroit plus fortement dans les entreprises qui recourent au DIF », et cette augmentation « est plus importante pour les catégories d’emploi les moins qualifiées ». Voici un constat qui rejoint l’intuition des salariés interrogés par Cegos dans son enquête Réforme de la formation professionnelle de juin 2007: une proportion significative d’entre eux, indépendamment de leur catégorie socio – professionnelle, voyait dans le DIF une chance pour accéder à la formation, et, au-delà, d’évoluer professionnellement.

Ainsi,  le DIF, même si son développement restait limité en 2006, semble remplir sa vocation. Non pas de procurer « de la formation en plus » à ceux qui en bénéficiaient déjà, mais de constituer un levier pour l’accès à la formation de ceux qui en étaient écartés. Et d’obliger au dialogue sur la formation entre le salarié et son employeur – ou son représentant. Mais cela ne peut se faire sans que l’entreprise élabore une politique formation d’ensemble, intégrant ce dispositif et un rapport d’adulte à adulte avec un salarié acteur de son projet professionnel.

Pour en savoir plus, consultez le dossier DIF.

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