Des méthodes pour mieux apprendre

Par le 5 juin 2008

Les entreprises soucieuses d’accompagner leurs salariés dans les mutations du travail cherchent des solutions pour aider les personnes à se remettre dans une dynamique d’apprentissage – et à mobiliser au mieux leurs capacités : autonomie, comportement comparatif,  jugement critique, orientation spatiale, pensée logique, traitement intellectuel de la résolution de problème, capacité à prendre conscience et à comprendre ses propres processus de pensée…

La question n’est pas nouvelle. Dans les années 80, nombre d’entreprises de la branche Métallurgie ont fait appel à des techniques pédagogiques destinées à restaurer et mobiliser les fonctions cognitives. Ainsi, par exemple, le PEI, Programme d’Enrichissement Instrumental, a-t’il été utilisé dans une phase préparatoire à une formation destinée à des ouvriers, aboutissant à un CQP ou un CAP. Développé par le professeur Reuven Feuerstein, ce programme, composé de suites d’exercices, développe, par l’expérience d’apprentissage médiatisé, les facultés qui fondent les capacités d’apprentissage. Les difficultés sont présentées progressivement et ne nécessitent aucune connaissance scolaire ou technique.

Dans ce cas précis, cette étape a véritablement remis les personnes en confiance et en dynamique d’apprentissage, grâce au plaisir retrouvé de l’agilité intellectuelle, à une meilleure prise de conscience de soi. Certains ouvriers ont allègrement franchi l’étape du CAP pour aller jusqu’au baccalauréat professionnel !

Il existe d’autres méthodes, comme les Ateliers de Raisonnement Logique (ARL), particulièrement adapté à la formation technique. Ces outils permettent de travailler sur les fonctions cognitives, en intégrant les travaux sur l’explicitation et la prise de conscience.

Cependant, dans le PEI comme dans d’autres méthodes, comme les Ateliers de Raisonnement Logique, le mot important n’est pas exercices mais le mot médiatisé. Le fondement de la réussite de ces démarches vient en effet de l’accompagnement fourni par le formateur. C’est une « personne ressource », dont l’apprenant sent « qu’elle ne lui lâchera pas la main » avant qu’il ne puisse franchir l’étape, dans une guidance qui mène à l’autonomie.

A la fin des années 90, le PEI s’est trouvé moins utilisé par les entreprises. Sans doute pour des questions de durée de la remédiation, mais aussi parce que les études sur le transfert en situation réelle des capacités cognitives acquises étaient décevantes. Ainsi l’étude réalisée auprès d’une population de jeunes adultes en stages de préformation à l’AFPA (étude publiée au PUF, 1995). Les résultats montrent que l’introduction de la méthode dans les stages préqualifiants a eu certains effets, mais que ceux-ci restent limités aux situations proches de celles dans lesquelles les entraînements ont été réalisés.

Il me semble que le transfert en situation réelle lui-même doit être accompagné.

Compte tenu de ces études, une autre façon d’utiliser ces techniques a été expérimentée, en particulier pour la formation technique. La remédiation n’est plus isolée du reste de la formation, mais s’y intègre. Pour cela, les formateurs techniques sont eux mêmes formés, à Activolog par exemple. Ainsi, il n’y a plus de césure entre, d’un coté, les ateliers « raisonnement logique » et,de l’autre, des « cours de technologies ». Lorsque le formateur sent qu’un problème est difficile à résoudre, un concept difficile à acquérir, il intègre des exercices Activolog dans sa formation.

Aujourd’hui, d’autres outils se développent. Aux Etats-Unis, le professeur Elkhonon Goldberg (dont je recommande vivement la lecture du passionnant ouvrage: « Les prodiges du cerveau » publié en France par Robert Laffont) a créé un « programme d’entrainement cognitif » et a obtenu d’excellents résultats. Certains participants âgés qui présentaient au départ des troubles de l’attention ou de la mémoire ont pu reprendre avec succès une formation universitaire !

En France, une société comme happy neurons propose également des exercices d’entrainement cognigif.

Ces approches partent du constat, vérifié par les neurologues, de la plasticité du cerveau. Elkhon Goldberg, dans son livre, montre comment l’exercice cognitif améliore le fonctionnement des structures cérébrales. Chacun, moyennant des exercices et un accompagnement approprié, peut faire évoluer ses facultés cognitives.

Mais, là encore, tout réside dans la qualité de l’accompagnement ! Elkhon Goldberg montre bien comment le succès de son programme réside dans la bonne ambiance qui règne dans le « club de gym cognitive » qu’il a créé, les bonnes relations entre les participants et leur accompagnateur.

On voit ainsi se développer un « coaching cognitif », dont le succès réside dans la médiation exercée par le « coach », qui accompagne son « protégé » (en français dans le texte américain sur le site UTeach), qui accompagne en particulier la prise de conscience, par la personne accompagnée, de ses propres objectifs et stratégies d’apprentissage. Tout repose sur la confiance : confiance entre le participant et son accompagnateur, confiance progressivement retrouvée du participant en lui-même.

Aussi, mieux apprendre ne se réduira jamais à l’enchaînement mécanique d’exercices. Depuis R. Rosenthal et son effet Pygmalion, on sait en effet que la réussite de l’apprenant dépend étroitement du regard qui est porté sur lui…

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Mathilde Bourdat

Mathilde Bourdat Il y a 12 années

Bonjour Nathalie,
voir le cours de l’université de Paris V « remédiation cognitive et méta-cognition », cours de J Lautrey (http://www.psycho.univ-paris5.fr/spip.php?article2005/Siteweb-Equip3/Pages-perso/Lautrey/REMEDIATIONCOGNITIVE.htm).
Voir également le cours de Maryvone SOREL, toujours à Paris V Descartes (http://www.fc.univ-nantes.fr/PAGES/autoformation/auteurs/sorel.htm)
Jonas Formation propose une formation aux ARL (http://p.lafferranderie.free.fr/arl.htm)

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Nathalie Il y a 12 années

Bonjour
Pouvez-vous me dire où se former en tant que professionnel dans le domaine de la médiation cognitive?
Merci d’avance
Nathalie

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Catherine g. Il y a 12 années

Je retiens de cet article deux éléments :
1. La problématique de la transposition
2. La nécessaire médiation, rôle du formateur et/ou du coach.
Et nous voici au coeur de ce que nous avons à « produire » au cours de nos missions : l’éveil de chacun à une part de lui-même, ses objectifs, le questionnement de ses habitudes (ou croyances, ou méthodes), et l’implication humaine qui fait de la relation formateur/participant le véhicule de la transmission.
C’est bien agréable de constater que d’éminents scientifiques corroborent notre savoir intuitif, expérimental, pragmatique de formateur et de coach.
Peut-être parce que finalement la mémoire, fondement de l’apprentissage, n’est stabilisée que par deux types de processus : la répétition et/ou l’action de notre cerveau limbique, c’est à dire émotionnel.
Autrement-dit l’humain a certainement besoin de méthodes, mais tout autant d’humain pour progresser. Bonne nouvelle !

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Lama Il y a 12 années

Il faut se méfier de « l’air du temps » lorsqu’il s’agit d’apprentissage…aucune étude scientifique sérieuse (échantillon suffisant, groupe témoin, …) n’est venue étayée l’intention des programmes Nintendo…seule la réussite économique de tels logiciels est certaine…

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mbourdat

mbourdat Il y a 12 années

Oui, les jeux d’entrainement cérébral fleurissent. Mais développer ses capacités d’apprentissage restent vain sans un projet d’apprendre…sauf à courir indéfiniment après la performance comme une fin en soi…

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Phil Gérard Il y a 12 années

Oui, ces démarches d’exercices d’entrainement cognitifs sont tout à fait dans l’air du temps. La console DS de Nintendo propose un programme d’entraînement cérébral (une version 2 vient de sortir, ainsi que des titres pour l’apprentissage de l’anglais !) inspirés par les livres publiés par le Docteur Kawashima, un neuro-physiologiste japonais de renom.
Et si les consoles mobiles comme la DS étaient l’avenir du e-learning ?

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