Former, du prescrit à l’accompagnement

    Par le 16 janvier 2010

    En s’inspirant du schéma fait par Bernard Masingue dans son rapport sur le tutorat, déjà cité, on peut faire le schéma suivant :

     

    Prescrit à pratique

    Synchrone – asynchrone

    Sur l’axe vertical « synchrone – asynchrone », il s’agit de la temporalité de la formation : le formateur et les apprenants – ou bien les apprenants entre eux- sont ils « ensemble au même moment » pour apprendre (« synchrone ») ? Ou bien  les apprenants sont ils, à certains moments ou tout le temps- « sans le formateur » pour apprendre (asynchrone).

    On retrouve ici une distinction déjà mentionnée dans un billet précédent.

    Appliquer un contenu- construire un contenu

    L’axe horizontal « appliquer – construire », concerne la finalité de la formation.

    S’agit il, au moyen de la formation, de s’approprier un corpus de bonnes pratiques déjà existantes, d’acquérir la connaissance d’un contenu pré défini, de techniques, de savoir faire comportementaux identifiés ? Nous sommes dans la partie gauche du schéma, et les solutions que nous allons retenir seront à dominante « didactique » : il s’agit de « transmettre ».

    S’agit – il de faire émerger de nouvelles pratiques, dans un contexte en mutation ? Nous sommes alors dans la partie droite du tableau. Les outils employés passent du « formel » à « l’informel », la dominante n’est plus à la didactique mais à l’accompagnement (des apprenants par le formateur, des apprenants entre eux).

    « 4 cases » au croisement de la finalité et de la temporalité

    Au  final, 4 « cases », dans lesquelles nous retrouvons des modalités de formation :

    • « Asynchrone – Appliquer » : une vidéo, un module e-learning, que l’on peut voir et revoir au moment opportun, un podcast que l’on peut réentendre à volonté, indiquerons à l’apprenant les points clés d’un processus de travail, les connaissances à maîtriser sur un produit ou une législation donnée… Nous sommes dans l’application d’un « prescrit », plus ou moins complexe : il s’agit bien de « transmettre » la connaissance exacte, « la bonne manière de faire » ou de réagir dans telle et telle situation
    • De même dans la case « Synchrone – Appliquer ». Comme nous sommes en mode synchrone, formateur et apprenants pourront être réunis physiquement, en groupe  (présentiel) ou sur le mode du compagnonage.

    Dans cette partie gauche du schéma, le travail du formateur a consisté à penser à l’avance le meilleur « chemin pédagogique », au travers de la formulation d’objectif et du choix de méthodes. Le formateur tient à la fois le contenu et le chemin pour se l’approprier.

    Dans la partie droite du tableau, il s’agit de faire émerger de nouvelles pratiques, dans un contexte en mutation. Dans cette situation, il peut y avoir toujours des pratiques de référence, mais qui doivent s’ajuster à un contexte en profonde évolution (par exemple, utiliser un nouveau logiciel qui change profondément la circulation de l’information et donc les rapports de pouvoir).

    Le contexte peut également tellement avoir changé que l’important n’est pas de dire « comment faire » (d’ailleurs personne n’a vraiment la recette) mais d’amener les individus et les équipes à faire émerger de nouvelles pratiques, adaptées au nouvel environnement. Ce sera le cas, par exemple, dans une entreprise qui vit un changement d’environnement, ou organisationnel, important.  Les outils employés passent du « formel » à « l’informel », la dominante n’est plus à la didactique mais à l’accompagnement (des apprenants par le formateur, des apprenants entre eux).

    Dans la case « Asynchrone – Construire de nouvelles pratiques« , nous retrouvons des modalités du type « Web 2.0 » : un blog, un wiki, des documents travaillés à plusieurs sur un share point, pourront être les vecteurs pour fédérer de nouvelles représentations, s’accorder sur de nouvelles manières de faire, s’assurer de compréhensions partagées. Ces outils ont en commun de ne pas être « pensés à l’avance » – à l’inverse d’un module e-learning par exemple. Ils « se construisent en cheminant », et ne fonctionnent que si les apprenants eux – mêmes en deviennent les auteurs.

    Dans la case « Synchrone – Construire de nouvelles pratiques », nous retrouvons le présentiel, mais ici ce seront les méthodes pédagogiques qui seront différentes. Il s’agira de passer à une véritable pédagogie de la découverte – celle dans laquelle le formateur crée la situation d’apprentissage mais ne sait pas quel sera le résultat final. Pour désigner ces méthodes, on peut employer le terme « d’action learning »: on veut se situer au plus près des situations de travail des apprenants, partir des problèmes réels qu’ils rencontrent et les amener à construire leurs solutions. On utilisera aussi des réunions de retour d’expérience (REX), ou bien un blog en mode « discussion » (chat).

    Le point d’entrée n’est pas la modalité

    Un premier éclairage donné par ce schéma, c’est que le point d’entrée pour construire un dispositif pédagogique ne peut pas être la modalité (présentiel, module e-learning, usages pédagogiques du web…) : le dispositif (qui peut recouvrir différentes cases du schéma) se construit au regard de la finalité de la formation, dans un champ de contraintes donné, pour un public donné.

    Les formateurs en recherche d’une nouvelle posture (à suivre)

    Un deuxième éclairage, c’est que la posture du formateur change profondément entre la partie gauche et la partie droite du schéma. De « transmetteur », le formateur devient « créateur de situations d’apprentissage », « accompagnateur d’apprentissages ». D’où certains malaises et interrogations. Nous y reviendrons…

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    Frédéric Balasse Il y a 5 mois

    Toujours d’actualité!

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    Mathilde Bourdat Il y a 8 années

    Merci de ton commentaire très encourageant! Oui, cette influence est déjà présente.

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    Nathalie Van Laethem Il y a 8 années

    Bonjour Mathilde
    J’apprécie toujours beaucoup ton blog et les billets sont riches d’enseignements. Ce schéma est très clair et j’ai le sentiment que le carré Asynchrone-Construire de nouvelles pratiques est amené à se développer. Je fais référence aux nouveaux usages et comportements que le Web2.0 et les médias sociaux suscitent: + d’interactivité,+ d’échanges, + de buzz et des consomm’acteurs qui s’investissent +. Nécessairement cela devrait rejaillir sur nos modes de formation.

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    Mathilde Bourdat Il y a 8 années

    Oui. La véritable innovation pédagogique reste toujours de partir véritablement du besoin de l’apprenant…

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    KL Il y a 8 années

    Bonjour,
    il est utile de rappeler que « la modalité n’est pas l’entrée » et de souligner l’importance de la finalité ; on pourrait ajouter que « innovation technologique ne rime pas nécessairement avec innovation pédagogique ».
    Bien à vous.
    KL

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