Transformation de l’emploi : quels nouveaux besoins en compétences ?

    Par le 8 janvier 2018

    « Transformation digitale », « disparition de 50% des métiers existants », émergence de nouveaux besoins… certains secteurs sont déjà dans la vague, d’autres la guettent à l’horizon. Comment ne pas subir, mais anticiper et accompagner. Telle est la question clé posée aux acteurs du développement des compétences aujourd’hui.

    Dans ce premier billet, nous verrons quelles anticipations sont faites sur  les besoins en compétences.

    Quels seront les métiers de demain dans votre secteur d’activité, votre organisation ? Et d’ailleurs, parlera-t’on encore de métier ?

    En 2016, une étude du World Economic Forums, Future of jobs, prédisait que 5 millions d’emplois seraient perdus d’ici 2020, remplacés par l’intelligence artificielle, les robots, etc. Dans le même temps, elle prédisait également la création de 2,1 millions de nouveaux emplois, requérant pour la plupart des compétences en informatique, mathématiques, architecture des réseaux, ingénierie…

    L’analyse synthétisée dans l’article « The jobs of the future- and two skills you need to get them » montre que les emplois en croissance sont tous demandeurs de fortes compétences relationnelles (social skills). Et que la plupart de ces emplois en croissance croisent à la fois un fort besoin en compétences relationnelles et en compétences mathématique et informatique.

    Surtout, les emplois très spécialisés, « mono-compétences » (single-skillset jobs) sont en déclin.

    En septembre 2017, le rapport du Conseil d’Orientation pour l’Emploi (COE), Tome 2 porte sur l’impact sur les compétences de l’automatisation et de la numérisation.

    Trois groupes de compétences à mobiliser

    Il ressort du rapport précédent que « trois groupes de compétences devraient être bien tous mobilisés dans une économie bouleversée par la convergence de l’intelligence artificielle et du big data :

    • les compétences expertes dans les technologies,
    • les compétences techniques nouvelles, exigées en complément des compétences plus classiques de chaque métier. Par exemple, le réparateur de la machine à laver « connectée » doit avoir l’intelligence de l’environnement technique dans lequel se situe la machine : fournisseur d’accès du client, système d’exploitation utilisé… Voir à ce sujet la passionnante étude réalisée sous l’égide de l’ADEME, pilotée par Pascal Carcaillon (réseau Ducretet), diplômé de l’Executive Master Management de la Formation. Pour les techniciens de l’installation et de la maintenance des objets connectés, il s’agit non seulement de compétences techniques supplémentaires, mais aussi d’acquérir une intelligence systémique des interactions hommes – systèmes – machines à la base de leur fonctionnement.
    • et pour tous les actifs, une augmentation du besoin de compétences dites « transversales » qui recouvrent, selon le COE :
      • une bonne culture générale : capacité de comprendre un texte (littératie), de manipuler les nombres (numératie), de situer l’impact de ses actions sur un environnement complexe… Des compétences souvent citées comme « soft » requièrent en fait la mobilisation d’un socle de connaissances. Ainsi, pour manifester un esprit critique, je dois avoir appris à croiser différentes sources d’informations, et disposer de « clés »  pour les vérifier (scientifiques, culturelles, sociologiques, historiques…).
      • des compétences sociales : travail en équipe, intelligence  sociale.
      • des compétences situationnelles : autonomie, apprendre à apprendre.

    La littérature sur l’importance des compétences sociales et relationnelles est abondante. En 2013, Stéphane Canonne décrivait sur ce blog les « 7 compétences du travail de demain ». On y trouve les 4 compétences  clés reconnues par l’OCDE et le World economic forum comme apport majeur dans une organisation : collaboration, esprit critique, créativité, communication.

    Il n’y a pas que le digital qui change la donne..

    Parmi les tendances qui impactent les emplois (salariés ou non) des actifs, il n’y a pas que la digitalisation. Nouveaux rapports au travail, recherche de sens, d’intelligence collective, conscience globale de la fragilité des écosystèmes environnementaux, promotion de la coopération… notre monde bouge, et cela impacte forcément les formes d’emplois et leurs contenus. On trouvera ici une excellente infographie sur les multiples tendances qui traversent nos sociétés et viennent bouleverser les modèles traditionnels.

    Le rapport du Sénat « Quels emplois pour demain » (2014),  identifie les grands secteurs de développement de demain, liés au développement numérique et aux évolutions sociétales. Parmi eux, de nouveaux métiers liés au développement du numérique. Mais aussi ceux liés aux évolutions sociétales : économie collaborative et circulaire, transformation de la ville, réseaux sociaux, nouvelles façons de vendre…

    Sortir du cadre

    Ainsi, la réflexion sur l’évolution des emplois et des compétences nous oblige à « sortir du cadre » connu des fonctions de l’entreprise d’aujourd’hui.

    En 2014, Alain Fouché, dans le rapport d’information du Sénat « Quels emplois pour demain » écrivait (p.44):

    « Trois types de profils de travailleurs pourraient alors être identifiés :

    • le protecteur, un bouclier contre les risques : il minimise le risque économique, environnemental et humain. (…)
    • l’optimisateur, fer de lance de la performance : il recherche une meilleure rentabilité, une meilleure maîtrise des coûts et développe pour cela des tableaux de bord ou des indicateurs de performance. (…)
    • le storyteller, l’artisan du futur : « (Il) donnera, ou plutôt redonnera, sens à l’engagement de l’entreprise, en dialoguant avec toutes les parties prenantes ».

    Et Alain Fouché de poursuivre :

    «  Le futur des formations, et donc des travailleurs de demain, reposerait sur des «soft skills », (…) faites de «pensée critique, résolution de problèmes, créativité, savoir-faire, esprit collaboratif, entrepreneuriat, autonomie », pour assurer «l’adaptation de l’individu à des postes potentiellement très différents, et donc les moteurs de l’employabilité ».

    C’est bien ces tendances que l’on retrouve dans les études prospectives sur l’emploi.

    Voir par exemple le remarquable travail de la Fédération de la Plasturgie et des composites, expliquée dans la vidéo ci-dessous. « Sortir du cadre, c’est « s‘obliger à penser autrement, à des métiers qui n’existent pas ».

    Ainsi, dans le livre blanc issu des travaux réunissant des acteurs de multiples horizons, apparaissent de nouveaux métiers (p.11) comme :

    • le capitaliseur des savoirs « à la fois ethnologue et pédagogue »,  « garant de la circulation et de la transmission des savoirs »,
    • le « makestormer » qui « stimule l’innovation en professionnalisant les réunions de brainstorming, les workhops »,
    • le « business networker » qui « facilite les alliances » entre des acteurs internes et externes  sur « des objectifs communs de développement de nouveaux marchés,
    • le « business maker », « intrapreneur entre le marketeur et le commercial », « capable de valoriser une idée en trouvant le meilleur modèle économique, le meilleur segment de marché pour le démarrage (…) »,
    • etc.

    A nouvel environnement, nouvelles finalités des emplois, et donc nouvelles dénominations. Dès 2013, un article de J-B Audrerie dans Futurs Talents, Les 15 métiers RH de demain, prévoit entre autres  l’émergence du « réseauteur »,  du « conteur », du « protecteur », du « passeur », et du « concepteur », « architecte de solutions d’apprentissage ».

    Voir aussi cette explication en français du modèle de compétences RH de Dave Ulrich.

    Comment organiser la veille sur les métiers ?

    Comme le montre la démarche de la Fabrique à talents, toute démarche prospective sur l’évolution des métiers se doit être collaborative, croisant les points de vue de multiples acteurs. Mais cela n’empêche pas de s’appuyer sur les travaux existants.

    Il y a les ceux des branches professionnelles souvent remarquables et transposables à d’autres contextes pour les fonctions transverses. Voir les travaux précités, pour la Fédération de la Plasturgie et des Composites de la Fabrique à Talents mais aussi, par exemple, les études métier de l’Observatoire des métiers de la banque, avec entre autres une étude sur les métiers du marketing et de la communication.

    Et bien sûr, la veille, à partir des blogs phares du domaine étudié, si possible en français mais aussi en anglais. Voir par exemple cet article d’Accenture qui nous prédit la fin des métiers de la finance tels qu’ils existent aujourd’hui pour 2020.

    « Ce n’est pas d’un manque de documentation sur les emplois de l’avenir que nous souffrons », écrit le rapport du Sénat pré-cité. Ce serait même plutôt de l’excès inverse ».

    On ne peut pas dire précisément ce que seront les métiers de demain. Mais, à partir des tendances qui se dégagent, on peut adapter dès aujourd’hui l’offre de formation pour mieux accompagner les évolutions. Ce sera l’objet du billet à suivre.

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    Toulou Il y a 6 mois

    Bonjour,
    Merci pour cet article très interessant.
    En recherche d’autres articles sur le même thème.

    Répondre
      Mathilde Bourdat

      Mathilde Bourdat Il y a 6 mois

      @Toulou Merci ! La suite est en préparation 🙂 !

    Nadia Il y a 6 mois

    Merci pour cet excellente synthèse et pour la richesse dans les références et dans les outils infographiques. Cela encourage mon choix professionnel et je crois davantage qu’apprendre à apprendre, pour les adultes comme pour les enfants, est un enjeux majeur dans un avenir proche. La résolution créative de problèmes, la collaboration et le travail en mode projet, sont déjà entrée à l’école, via une série de reformes dans différents pays européen. Il s’agit également de former les adultes qui seront impactés par la transformation (ou disparition de leur emploi). Pour approfondir es implications politiques et sociales j’invite à lire également le rapport de l’OCDE Future of work and skills. http://www.oecd.org/employment/future-of-work/

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      Mathilde Bourdat

      Mathilde Bourdat Il y a 6 mois

      @Nadia Merci de ce partage

    Duléry de Peyramont Il y a 6 mois

    Suite à un accident de la vie, j’ai perdu mon champs visuel gauche, donc je n’ai plus le droit de conduire, je rencontre donc un problème de mobilité au quotidien.
    A ce jour pour être reconnu travailleur handicapé, si vous êtes indépendant dans votre vie il est très compliqué de l’obtenir et le manque de mobilité n’est pas forcément un facteur d’attribution car seul le champs visuel gauche des 2 yeux est touché et bien qu’une nouvelle loi ai été mise en place pour les offres d’emplois en télétravail. La France n’est pas ouverte à ce type de poste de travail. incompréhensible, d’autant plus que de plus en plus de personnes souffrent de handicaps et ne demandent qu’à travailler.
    Cela permettrai aussi de réduire le nombre de chômeurs

    Répondre

    De azevedo Il y a 6 mois

    Cette analyse démontre une fois de plus que le tout digitale ne sera pas la solution pour les dispositifs de demain. Par que ce soit les apprenants, les entreprises et parcours devront être agiles pour répondre à un monde en perpétuel mouvement. C’est ce qui rend le métier de formateur exitant et demande au responsable de formation de rester au contact, au risque de se voir dépasser.

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      Mathilde Bourdat

      Mathilde Bourdat Il y a 6 mois

      @De Azevedo Oui, beau métier 🙂 !

    Margerand Il y a 6 mois

    Je retiens que les besoins de demain (2020-2030) seront impactés par la digitalisation et l’exploitation des bug data certes, mais aussi par la recherche de sens, le travail collaboratif.
    Cela donne à réfléchir !

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      Mathilde Bourdat

      Mathilde Bourdat Il y a 6 mois

      @Margerand Oui, et cela me donne de l’espoir 🙂 !

    BASSE Il y a 6 mois

    Passionnant et instructif
    Mention ++ sur l’étude des réparateurs

    Répondre
      Mathilde Bourdat

      Mathilde Bourdat Il y a 6 mois

      @Basse Merci de ce retour encourageant 🙂 !

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