Evaluer les acquis de formation (1)

Par le 16 février 2013

Evaluer les acquis de formation, oui mais comment ? Comment assurer l’adéquation entre les objectifs visés par la formation et l’évaluation censée mesurer leur atteinte ? Voici une proposition.

Ma proposition est construite au croisement de deux taxonomies : « SOLO », pour « Structure of Observed Learning Outcomes » (Structure des résultats observés des apprentissages) de Biggs et Collis (1982) et Bloom (1956).

« SOLO » a justement le mérite d’attirer notre attention sur les livrables résultant des apprentissages.

Ainsi, écrit Carmel McNaught (2011), « l’évaluation doit être liée au résultat souhaité des apprentissages » (..). Elle doit distinguer différents niveaux, et relever de différentes stratégies si nécessaire ».

J’ai déjà abordé la taxonomie de Bloom dans le billet « De l’intérêt des objectifs pédagogiques ». Bloom identifie six niveaux de complexité, sur trois domaines : cognitif, affectif, psychomoteur. Ces deux derniers domaines sont souvent oubliés dans la présentation de ses travaux, or ils sont également importants à prendre en compte. Vous trouverez ici une description complète.

Comme il est difficile de travailler sur six niveaux, je propose de les regrouper pour n’en faire que trois, qui peuvent correspondre à des niveaux de formation, dans une filière métier par exemple : Fondamentaux/ Avancé/ Maîtrise.

  • « Fondamentaux » intègre les deux premiers niveaux de la taxonomie de Bloom (« Mémoriser » et « Comprendre » pour le domaine cognitif).
  • « Avancé » intègre les niveaux trois et quatre (« Appliquer » et « Analyser » pour le domaine cognitif).
  • « Maîtriser » regroupe le deux niveaux supérieurs (« Evaluer » et « Créer » pour le domaine cognitif).

La proposition reprend donc les « verbes d’action » correspondant aux niveaux des objectifs pédagogiques, et associe à chacun des trois nivaux des modalités d’évaluation.

Evaluer les fondamentaux

Ainsi pour le premier niveau : le résultat attendu de la formation pourra aisément être vérifié par un quiz, un qcm ou exercice simple avec peu d’éléments de contexte.

FondamentauxEvaluer au niveau « Avancé »

Pour le deuxième niveau, une autre stratégie d’évaluation sera nécessaire, faisant appel aux mises en situation et aux études de cas ou résolutions de problèmes.

 

Avancé

Evaluer au niveau « Maîtrise »

Enfin, le troisième niveau requiert à son tour des « résultats observables des apprentissages » plus complexes.

Maîtrise

Ainsi, l’ingénierie de l’évaluation d’acquis pose la question de la nature et de la complexité des livrables à produire par l’apprenant. Plus l’on monte en niveau, moins il s’agit d’avoir « la bonne réponse » à une question fermée.

C’est la stratégie d’action déployée par l’apprenant pour résoudre des problèmes, piloter un projet, qui nous renseignera sur l’atteinte des objectifs pédagogiques.

 

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FROGER Il y a 2 semaines

Bonjour, je suis responsable de formation au sein de COVEA, je recherche des entreprises qui ont des expériences avec les méthodes agile ou fonctionnent déjà en mode agile,

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TAGLIAFERRI Il y a 2 mois

bonjour,
Je suis DRH Adjointe d’un groupe secteur de la santé (près de 4000 salariés). Je souhaiterais être accompagnée, formée sur ce mode d’apprentissage. Connaitre le cadre légal, la méthodologie, la mise en œuvre. Connaissez-vous un cabinet ou un organisme de formation ? merci

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moreau Il y a 2 mois

Merci comme toujours très limpide, pour mettre en oeuvre dans une entreprise, ne serait-il pas souhaitable d’avoir des formateurs certifiés et des tuteurs. Car même si la mise en place de l’AFEST au sein d’une entreprise, les équipes métiers restent à mon sens les personnes clés, par rapport à l’encadrement qui a une vision quelquefois parcellaire de la réalité terrain.

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    Mathilde Bourdat

    Mathilde Bourdat Il y a 2 mois

    @moreau Merci de votre retour. oui, je pense comme vous que former et accompagner, cela s’apprend.

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Fattoum Il y a 2 mois

Bonjour,

Merci de cette article.
Je me pose néanmoins une question : Je n’arrive pas bien à voir la différence entre une AFEST et une Pro A ou contrat de professionnalisation tant sur la mise en œuvre que sur les objectifs pédagogique de formation ?

Merci de votre réponse

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Garcia Il y a 3 mois

Bonjour,
Merci pour toutes ces informations utiles, néanmoins par quel biais peut on faire financer des AFEST et à quelle hauteur ? Je suis formatrice et je souhaiterais faire ces propositions aux entreprises collaboratrices.

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    Mathilde Bourdat

    Mathilde Bourdat Il y a 2 mois

    @Garcia Les AFEST sont finançables dans les mêmes conditions que les autres actions de formation. C’est à dire, pour ce qui concerne le refinancement sur la contribution légale 1%, financement au titre du plan de formation, pour les entreprises de moins de 50 salariés.

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MADET Il y a 4 mois

Madame,
Nous sommes un éditeur d’ouvrages scolaires et nous souhaiterions reproduire un de vos articles dans un manuel pour des élèves.
Pouvez-vous me communiquer votre mail afin de vous envoyer ma demande
Merci
Nicole Madet
Editions HATIERm

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BERTHEZENE Pierre-Henri Il y a 7 mois

Une synthèse claire et illustrée, comme souvent, merci Mathilde ! Mon avis est que cette nouvelle situation pour apprendre et faire peut aussi laisser de l’espace à un véritable acte managérial. Ma crainte est qu’il sera difficile de délimiter clairement les moments de formation et les moments de travail (sur le papier, oui) sur des lignes de fabrication industrielles où le rendement prime, par exemple. Cela me fait un peu penser à la méthode Carrard, toutes proportions gardées En tous cas, la perspective de développer différemment les personnes est encourageante.

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    Mathilde Bourdat

    Mathilde Bourdat Il y a 6 mois

    @Pierre-Henry BERTHEZENE Merci de votre retour ! Oui, le rapport CNEFOP montre clairement l’importance de l’engagement de la Direction et du Management, qui doivent accepter le droit à l’erreur et le temps nécessaire à tout apprentissage.

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lacombe Il y a 7 mois

Bonjour Mathilde,
merci pour ce retour précis.
J’ai 2 questions :
– Peut-on dire que l’AFEST est une généralisation des dispositifs de l’interpro tel que « PRODIAT » chez Opcalia (personnalisation de contrat de prof dans l’entreprise pour faire simple) ? Dit autrement, quelle différence ?
– Quel est le « modèle économique » de l’AFEST > comment c’est financé car il y a au moins : l’ingénierie en amont qui à mon sens peut difficilement être faite par l’entreprise et le temps de formation en tant que tel…?
– derniere question bonus…. 🙂 > l’AFEST doit-elle forcément viser une reco, une qualif ???

MERCI pour votre retour.

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    Mathilde Bourdat

    Mathilde Bourdat Il y a 7 mois

    @Lacombe Oui on peut dire que le dispositif Prodiat relève largement de l’action de formation en situation de travail. Mais, sauf erreur de ma part, Prodiat est qualifiant (quand il ne l’est pas c’est par dérogation de la Dirrecte), alors que rien n’oblige l’AFEST à l’être. Elle doit simplement donner lieu à une évaluation de l’atteinte des objectifs initialement fixés.
    Le rapport du Cnefop dans sa version complète donne des indications précieuses sur les coûts de l’AFEST : ingénierie, mais aussi formation du formateur interne,les temps passés hors production.. . Dans le cadre de l’expérimentation la prise en charge était réalisée par l’OPCA, ce devrait être l’une des missions des futurs OPCO.

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JEAN-LUC CELLIE Il y a 8 mois

Cette idée d’AFEST n’est pas nouvelle. Au début des années 80 l’AFPA avait réalisée l’ingénierie et réalisé des actions exemplaires autour d’une prestation intitulé la Formation Intégrée au Travail (FIT), centrée sur l’acquisition de compétences opérationnelles mais qui n’oubliait pas le savoir technique. Mais la FIT a fait long feu auprès des grandes entreprises et n’a pas eu le soutien des syndicats qui ont préféré des stages hors sols. On verra cette fois-ci. La place accordée à la certification me semble un réel atout.

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Maude Pivato Il y a 8 mois

Merci pour cette synthèse : j’ai noté dans le rapport que les tuteurs et managers étaient dépassés par l’ingénierie et la dîmension pédagogique, malgré certaines formations de plusieurs jours. C’est peut être parce que former est un métier, les labels qualité des OF exigent d’ailleurs un diplôme. La question que je me pose c’est dans quelles mesures pouvons-nous apporter notre expertise de l’andragogie et l’ingénierie pédagogique aux entreprises qui souhaitent mettre en place des AFEST?

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    Mathilde Bourdat

    Mathilde Bourdat Il y a 8 mois

    @Maude Oui, je pense qu’il y a place pour du conseil et de l’accompagnement.

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mary Il y a 8 mois

Bonjour Mathilde, merci pour cet article ainsi que vos nombreux éclairages au sujet de cette réforme… Envisagez-vous un prochain webinaire et notamment un webinaire qui aborderait la réforme du point de vue de l’organisme de formation ?

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    Mathilde Bourdat

    Mathilde Bourdat Il y a 8 mois

    @Mary Non, pas de webinaire avant la publication des décrets les plus importants. Merci de votre confiance !

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Marie-Laurence Gombert Il y a 8 mois

C’est un parfait système d’intégration, le plus c’est qu’il est attesté pour compléter le portefeuille de compétences ou participer à la certification..

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    Mathilde Bourdat

    Mathilde Bourdat Il y a 8 mois

    @ML Gombert Oui, l’AFEST constitue une vraie opportunité pour rendre plus efficaces des pratiques traditionnelles, et donner envie d’apprendre à des publics peu enclin à « aller en formation », y compris pour aller jusqu’à la certification !

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Valérie de Valicourt Il y a 8 mois

Très intéressant merci beaucoup Mathilde !
Valérie de V

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    Mathilde Bourdat

    Mathilde Bourdat Il y a 8 mois

    @Valérie de Valicourt Merci pour tes retours toujours bienveillants !

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STEPHANIE CONSTANT Il y a 8 mois

Merci MATHILDE !
J’y vois là une belle opportunité de développement pour l’accompagnateur de l’apprenant, car c’est un moyen de valorisation de l’accompagnateur à travers une nouvelle mission de transmission de savoir faire ( un parrain en quelque sorte ) qui va nécessité aussi que celui-ci soit formé à l’explication pédagogique. C’est un peu un double-effet pour un triptique gagnant : apprenant – accompagnateur – entreprise

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    Mathilde Bourdat

    Mathilde Bourdat Il y a 8 mois

    @Stéphanie Constant Oui, il y a beaucoup à faire pour préparer les formateurs internes à ces missions, il ne suffira pas d’être un expert !

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raucoule Il y a 9 mois

Très intéressant, l’idée que « l’AFEST est de de mettre la formation dans le travail et non plus de considérer la situation de travail comme le moyen d’appliquer ce qui a été vu en formation » me semble primordiale. Pour définir le savoir-faire à acquérir, le plus difficile c’est d’identifier les compétences tacites, tellement intégrées dans l’expérience du sachant qu’il lui est difficile de les expliciter. mais des méthodes existent.

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    Mathilde Bourdat

    Mathilde Bourdat Il y a 8 mois

    @raucoule Tout à fait d’accord, l’art du formateur en AFEST sera de poser les bonnes questions, encore plus que d’apporter des réponses !

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GONZALES Thierry Il y a 9 mois

Bonjour,
la démarche est la meme qu’une VAE sans les livrets, on prend les même et on recommence….

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    Mathilde Bourdat

    Mathilde Bourdat Il y a 9 mois

    @Thierry Je n’ai pas la même lecture que vous. « VAE » signifie que l’on rassemble des preuves de ce que l’on a appris de ses expériences précédentes. AFEST signifie que l’on apprend, au moyen de mises en situation de travail, de séquences réflexives et d’accompagnement, à maîtriser des compétences que l’on n’avait pas avant.

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Dahmane DAIRI Il y a 9 mois

Bonjour,
C’est ce qui se fait depuis longtemps dans les CCI avec les CCE (certificats de compétences en entreprise). Accompagnement formatif, in situ: le collaborateur dit ce qu’il fait et, le prouve, ou reconstitue la preuve, qu’il maîtrise telle ou telle compétence. Process aboutissant à une certification et une reconnaissance.

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stephane roquet Il y a 9 mois

La formation en situation de travail fait parti des modes pédagogiques les plus appréciés par les collaborateurs. En donnant un cadre, le projet de Loi va permettre de mobiliser les différents acteurs et apporter une belle visibilité à cette formidable démarche de L&D.

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    Mathilde Bourdat

    Mathilde Bourdat Il y a 9 mois

    @Stephane Roquet Tout à fait, la dimension « accompagnement en situation » est clairement plébiscitée par les collaborateurs lorsqu’on leur demande comment ils préfèrent apprendre. Cela ressort des résultats du baromètre Cegos sur la formation professionnelle depuis des années.

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Jane Kerrigan Il y a 9 mois

Merci Mathilde d’avoir décortiquer ces 282 pages de rapport !
Est-ce que tu vois ceci en complémentarité avec le Tutorat ? Est-ce qu’il y a une vraie différence ?

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    Mathilde Bourdat

    Mathilde Bourdat Il y a 9 mois

    Merci, Jane, très bonne question ! les fonctions se recoupent, disons que c’est un tuteur qui sait faire de l’ingénierie pédagogique et de l’entretien d’explicitation. J’en parlerai dans un prochain billet.

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