Université d’entreprise : n’y-a-t-il pas usurpation de titre ?

Par le 20 juin 2011

Des articles actuellement parlent du « Boom des universités d’entreprises  » (Les Echos du 31 mai), un colloque avait lieu la semaine dernière dans les locaux de l’ENA à l’initiative du master GRH de l’IAE sur le thème « Bilan, Retour d’expérience et avenir des universités d’entreprise »… ce regain médiatique traduit-il un renouveau de cet outil « corporate » ou est-ce la nième renaissance de ce concept qui a vu le jour dans les années 20.

Les universités d’entreprises sont en général réservées aux cadres dirigeants ou aux hauts potentiels. Il est donc légitime de se demander si on a le droit de parler « d’université » tant elles peinent à s’ouvrir à toute l’entreprise et à l’extérieur.

Université d'entreprise : n'y-a-t-il pas usurpation de titre ?

Un peu d’histoire pour démarrer…

Les universités d’entreprise datent des années 20 (la première est celle de General Motors) et se sont plutôt développées à partir des années 80 (Capgemini, Carrefour, Accor), elles seraient actuellement 2000 aux Etats-Unis et 2000 dans le reste du monde dont 300 en France (plus grand nombre en Europe certainement du à la culture d’apprentissage issue de la loi sur la formation de 1971).

Dans les années 1990, c’est la période des universités châteaux logées dans des bâtisses prestigieuses pour recevoir les cadres dirigeants. Les tensions budgétaires pousseront de nombreux groupes à se séparer de ces lieux trop coûteux ou de les valoriser en les louant à d’autres.

En 2001, un label le CLIP (Corporate Learning Improvement Process) est créé par l’EFMD (European Foundation for Management Development).

En 2002, une définition est donnée par Mark Allen : « A corporate university is any educational entity that is a strategic tool designed to assist its parent organization in achieving its goals by conducting activities that foster individual and organizational learning and knowledge.”

Une université pour quels objectifs…

A l’origine, elles se positionnent pour accompagner les grands changements de l’entreprise (fusion/acquisition par exemple), le développement du leadership, la recherche de talents…

Certains directeurs actuels précisent que leurs universités sont en lien direct avec la stratégie du Groupe l’opposant ainsi au traditionnel (et has been !) centre de formation.  Annick Renaud-Coulon va dans ce sens en qualifiant ainsi les centres de formation : « une bureaucratie ordinaire, rythmée par des cycles annuels, en décalage avec la nature changeante de l’environnement économique ».

C’est étonnant de mettre dos à dos ces deux concepts : une offre de formation ne doit-elle pas être en permanence en lien avec les objectifs stratégiques de l’entreprises ? C’est dans ce sens qu’il faut travailler pour un directeur formation.

La formation est un outil au service de la performance d’une entreprise et il serait donc contre-performant d’avoir une offre à deux vitesses : la formule 1 avec l’université réservée aux plus performants et la deux-chevaux peu innovante pour le reste des salariés de l’entreprise.

Une université réservée aux élites ou ouverte à tous…

Une enquête récente de l’Afpa montre que la formation touche en France plutôt des salariés déjà formés, l’enquête 2011 de Cegos sur la formation dans 5 pays européens traduit les doutes des salariés de voir la formation comme un outil de promotion sociale.

L’exemple de Bnp Paribas est très intéressant, il n’y a pas d’université d’entreprise dans ce grand groupe international mais une « maison de famille« . Ce campus situé à Louveciennes a pour slogan « certains endroits font pousser les idées ». Il est ouvert à tous les salariés du groupe qui y suivent des formations, participent à des moments d’échanges et utilisent même ce lieu pour des festivités. C’est un outil qui est sous la responsabilité de la formation et du développement des compétences au sein de la drh. En résumé c’est un lieu de formation, de partage, d’ouverture et de décision… comme dans chaque famille.

Chez Safran, la Corporate University (mise en place le 1er mai 2010) est ouverte aux 55000 collaborateurs avec une offre construite en 3 axes : « leadership » pour les managers, « business » avec les grands métiers et « passerelles » pour ceux qui changent de métier. Dans l’article des Echos, le directeur Gilbert Font parle de  » … créer une maison commune Safran où tous pourront partager connaissances, valeurs, savoir faire, méthodes… ».

L’université Total est surtout réservée au Top 500, l’Univercité PPR au Top 400, celle d’EADS aux dirigeants et hauts potentiels…

Une université doit être plus qu’un lieu qui délivre simplement du savoir…

Selon la définition de Wikipédia : « une université est un établissement qui fédère en son sein la production (recherche), la conservation (publications et bibliothèques) et la transmission (études supérieures) de différents domaines de la connaissance. »

L’exemple des écoles Saint-Cyr Coetquidan présenté au colloque IAE est intéressant. Ces écoles forment les officiers Français de l’armée de terre au commandement avec l’ambition d’un niveau d’excellence reconnu mondialement. Et pour maintenir les formations à haut niveau, les liens avec la recherche sont permanents (un labo est intégré aux écoles), l’ouverture sur le monde éducatif une nécessité (lien avec Sciences Po par exemple) et les liens avec les entreprises une opportunité de partager le savoir-faire des militaires (formation des cadres d’entreprises à la défense et la prise de décision en situation difficile).

Pour moi, il est nécessaire que les entreprises évoluent dans ce sens en adossant à leurs universités d’entreprises des actions pour construire le savoir des métiers (conception de wiki d’entreprise), pour développer la collaboration (mise en place de communautés de pratiques), pour ouvrir sur le monde leurs collaborateurs…

Quel est le bon terme « université », « académie », « école », « institut », « centre » ?

L’Académie Accor est une des plus anciennes UE (1985), elle est présente sur tous les continents et est gérée comme un centre de profit qui offre ses services aux autres entreprises que les filiales du Groupe. Elle a développé un savoir-faire sur le thème du « service » qui a de la valeur sur le marché de la formation.

Lorsque Air France met en oeuvre son « Ecole des Escales », l’entreprise travaille sur le métier de l’escale (ceux qui œuvrent sur les pistes et dans l’aéroport pour accueillir les passagers), elle contribue à développer des compétences opérationnelles et à construire une identité métier. On peut y voir un rôle social de la compagnie.

France Television a construit depuis plusieurs années son « Institut du Management » pour développer la culture managériale du Groupe avec des formations, des conférences externes et des ateliers.

« L’Ecole Commerciale » d’Axa est un cursus initial pour former les nouveaux commerciaux de l’assureur aux produits du Groupe, à sa culture et sa méthode de vente. Le terme école est voulu par l’entreprise avec des sessions de formations dans leur centre de Fremigny, des phases de terrain avec le management et des évaluations au fil des semaines.

L’Oréal n’a pas d’université mais des Management Developmement Center à travers le monde, la formation est portée par les divisions (luxe, grand public, professionnel ou cosmetic active) et les métiers (retail, opérations, …). L’organe corporate de la formation se nomme Learning For Development (LFD) et propose une offre large de formation aux salariés via un portail « My Learning ». Les liens avec les business school sont destinés aux dirigeants.

Le plus important est que le terme traduit bien le positionnement de l’entité et son rythme pédagogique :

  • Académie si les apports sont sur des concepts fondamentaux structurants de la réflexion…
  • Ecole si le rythme est scolaire avec évaluation, certification…
  • Université si le brassage des idées, des cultures est au centre du système.

En conclusion, les universités ont-elles une place dans le paysage de la formation ?

OUI incontestablement si elles respectent certaines bonnes pratiques :

A une époque ou l’on parle de plus en plus d’entreprise ouverte, l’UE se doit d’intégrer les clients, les fournisseurs, les acteurs économiques… c’est l’université élargie.

L’UE est un outil qui tire la performance de l’entreprise et c’est l’affaire de tous, l’UE est vecteur d’intégration et c’est pour tous, l’UE a un rôle social de développement des collaborateurs… c’est l’université pour tous.

La population qui se forme utilise de plus en plus de nouveaux outils (wiki, podcast, serious game, conférence…) et gagnera à intégrer des nouvelles modalités (physique ou virtuelle) pour rester toujours attractive… c’est l’université multimodale.

L’UE est fédératrice d’un projet d’entreprise, d’une vision pour le futur… à ce titre elle est mobilisatrice de l’énergie des salariés… c’est l’université catalyseur.

Le développement de la motivation nécessaire à la performance passe par l’identité professionnelle, chacun doit être fier de son activité et a même de remettre en développement permanent des compétences… c’est l’université métier.

La montée en puissance des réseaux sociaux, le besoin de formation tout au long de la vie, le social learning renforcent le concept d’organisation apprenante… c’est peut être cela la nouvelle université totalement intégrée à l’éco-système de l’entreprise.

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Jean Rohmer Il y a 6 années

Université d’Entreprise: l’envers du décor:

http://plexus-logos-calx.blogspot.fr/2013/03/a0369-universite-dentreprise-definition.html

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