La génération Y est elle impossible à former ? (2)

Par le 7 février 2011

La « Génération Y » est elle composée de « Digital natives » forcément passionnés de Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) ? L’usage de ces technologies serait il un moyen infaillible d’intéresser les « jeunes » salariés et de leur permettre d’apprendre ?

« Digital natives » ?

« Nos étudiants ont radicalement changé. Les étudiants d’aujourd’hui ne sont plus ceux que notre système d’éducation a été conçu pour enseigner » s’exclamait Marc Prensky dans son article « Dignital Natives, Digital Immigrants« , publié en 2001. Pour lui, l’irruption des TIC au sens large représente une véritable rupture : « les étudiants d’aujourd’hui pensent et traitent l’information fondamentalement différemment de leurs prédécesseurs ». Cela représente, d’après lui, un véritable changement des structures cérébrales, ou tout du moins des formats de pensée (thinking patterns).

Il oppose ces « Digital Natives » aux « Digital Migrants » qui n’ont pas grandi avec ces technologies et, mêmes lorsqu’ils s’y sont adaptés, ont gardé des habitudes du passé, comme (toujours selon Prensky) : ne pas se tourner en 1er vers internet lorsque l’on cherche une information, lire une notice, imprimer ses e-mails ou un document avant de les lire…

Les « Digital Natives » décrit par M. Prensky ont l’habitude d’accéder très rapidement à l’information, de travailler parallèlement  à plusieurs tâches à la fois, de travailler en réseau, ils préfèrent jouer plutôt que travailler sérieusement, ils aiment mieux accéder à l’information via les graphiques que via les textes, ils accèdent à l’information en mode aléatoire  via les liens hypertextes plutôt qu’en mode séquentiel…

En fait, il me semble que M. Prensky, dans cet article, mélange :

  • Des stratégies d’apprentissage (préférer le visuel au texte, l’aléatoire au séquentiel, ce qui concerne également beaucoup de personnes d’âge plus avancé),
  • Des facilités liées à l’âge (être multi tâche, pouvoir travailler en écoutant de la musique, étant un privilège évident de la jeunesse si l’on en croit E. Goldberg)
  • Et de nouvelles manières d’accéder à l’information liées aux TIC (les liens  hypertextes, l’accès rapide à l’information, le travail en réseau).

Quand à préférer jouer… ce ne doit pas être si nouveau, ce qui est nouveau c’est l’opportunité de le faire sur un mobile ou un ordinateur…

Neuf ans après l’article de M. Prensky, en 2010, Emanuele Rapetti et Lorenzo Cantoni, de l’université de Lugano (Suisse) publient « Les Digital Natives et l’apprentissage avec les TIC. Recherche sur les Générations Y au travail à Ticino, Suisse ». Leur étude est menée auprès de 236 salariés d’entreprises de Ticino (3 banques, une société de presse, un cabinet conseil dans le secteur bancaire, une société industrielle). 234 d’entre eux sont nés après 1980.

Leur recherche a deux objectifs :

  • Savoir si il y a un transfert des « compétences technologiques » utilisées dans la vie privée vers la vie professionnelle, dans le domaine des TIC,
  • Rechercher comment les personnes utilisent les TIC pour apprendre

La synthèse, au début de leur publication, donne le ton : « certaines des affirmations relatives à la génération Y et aux « Digital Natives » sont le résultat d’énormes généralisations ».

Le fait de vivre à « l’ère digitale » signifie t’il être un « apprenant digital? » interrogent ils.

Une attitude positive, mais pas un « must »

Les résultats de leur étude traduisent une « attitude » positive envers les TIC. Les jeunes salariés sont mieux disposés que leurs collègues plus âgés à entrer en contact avec d’autres, ou à rechercher le savoir, via les TIC.

Mais il ne serait pas juste de dire qu’ils ont forcément compétence pour les TIC.  Et l’étude ne montre pas que ces jeunes salariés expriment le besoin de passer par les TIC pour apprendre : ils les considèrent plutôt comme une « aide utile » que comme une étape obligée. Plus, la phase qualitative de l’étude a clairement montré que « les TIC ne sont appréciées dans la formation que lorsqu’elles sont associées à des moyens traditionnels, comme des cours en présentiel, des manuels imprimés, des rencontres… ».

Lorsqu’on leur demande de classer leurs modalités préférées pour accéder au savoir, les jeunes salariés interrogés citent ainsi en premier les moteurs de recherche, et tout de suite après les formations en présentiel, l’étude en autonomie. Les recherches en ligne sont citées dans l’étude qualitative comme « une première aide », le moyen d’avoir une réponse immédiate à une question précise, un piste à  suivre pour un approfondissent ultérieur. Et les livres et la prise de notes sont préférés pour des apprentissages correspondant à des besoins de long terme.

Ces observations d’E. Rapetti et L Cantoni rejoignent les résultats de l’enquête Cegos sur la formation professionnelle de 2010 (2200 salariés interrogés sur 4 pays européens).

Le 1er item concerne les formations « directement sur le terrain » : les moins de 35 ans sont preneurs de cette modalité tout autant que leurs aînés, et c’est aussi vrai pour le présentiel, ou l’accompagnement.

 

Tout en appréciant les modalités « traditionnelles »  de formation, les moins de 35 ans sont d’avantage preneurs de blended, de e-learning, de serious games…

La différence d’une tranche d’âge à l’autre est pratiquement inexistante en matière d’apprentissage collaboratif via les blogs ou wikis.

La phase qualitative de l’étude d’E. Rapetti et L. Cantoni a permis de préciser que les TIC sont appréciées dans la formation (par les jeunes salariés interrogés) seulement lorsqu’elles sont accompagnées par des moyens « traditionnels », comme le présentiel, des rencontres interpersonnelles, des manuels…

Et les chercheurs de conclure: « il serait trop facile de penser qu’une formation « teintée de technologie » (technology-coloured) serait suffisante pour les motiver »…

Des perceptions et usages différents au travail et dans la vie privée

L’étude montre également que les « compétences » utilisées dans la vie privée (utiliser Facebook, visiter des blogs, chercher des vidéos sur YouTube…) ne sont pas d’elles mêmes transférées en situation de travail. « A la maison, les TIC sont perçues comme des outils pour le loisir, et l’auto formation ». « Au travail, les TIC sont perçus comme des outils professionnels, requérant un apprentissage formel et institutionnel; les usages créatifs sont rares, il n’y a pas de possibilité d’apprentissage en  mode essai-erreur, et le partage libre de connaissance via le Web 2.0 ne se réalise pas, même s’il est souhaité ».

« Je peux apprendre à jouer à la Wii comme je le souhaite », dit l’un des interviewé, « mais je ne peux pas faire de même avec l’applicatif de la banque ! ». Conclusion des chercheurs : il y a bien un « potentiel technologique », lié à leur pratique, mais cela ne modifie pas la façon dont les « digital natives » préfèrent apprendre, lorsqu’il s’agit d’un apprentissage formel.

En croisant cette étude avec les données de l’enquête Cegos, il m’apparaît que beaucoup d’apprenants d’aujourd’hui, quelque soit leur âge, sont des champions du « mixte », c’est à dire preneurs de toute modalité qui se présente à eux pour apprendre.

Les nouvelles possibilités offertes par les TIC changent le rapport à la formation

Ce qui est sûr, c’est que l’habitude d’accéder facilement à une information de qualité discrédite la formation qui ne serait que la redite de cette information. « J’étais inscrit à une université cotée, dans laquelle tous les professeurs venaient du MIT » dit cet étudiant cité par Prensky. « Mais tout ce qu’ils faisaient, c’était de lire en cours les livres qu’ils avaient écrit. Je suis parti ».

Quelle que soit la classe d’âge de nos participants, la formation ne peut plus être la même parce que les TIC existent.

Comme le disait TCM dans son commentaire du billet précédent, la question reste entièrement pédagogique… A suivre…

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MSébastien Il y a 10 années

J’étais parfaitement avec cette analyse sur la complémentarité entre le présentiel et les TICE.
Puis en rencontrant des doctorants en science de l’éducation, de la cognition et des professionnels de l’ergonomie pédagogique, je me suis rendu compte que j’avais sous-estimé un vecteur d’excellence : le plaisir de réussir.

En allant plus loin dans ma recherche de solutions aussi bien plus économiques que plus efficientes, j’ai découvert une nouvelle solution gratuite qui redonne du plaisir à l’apprenant et apporte du confort aux professionnels de la formation initiale et continue.
http://0z.fr/Y0vtt

Cdlt

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Mathilde

Mathilde Il y a 10 années

@fredjf
Bonjour,
votre commentaire reflète bien votre exaspération… Mais peut être pouvons nous convenir que tous les individus d’une même tranche d’âge, X ou Y, ne sont pas les mêmes? Je rencontre pour ma part tous les jours de jeunes collègues énergiques et engagés dans leur travail…

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fredjf Il y a 10 années

Bonjour,
Y en à marre de la génération Y !

Mettez les au boulot ! Arrêtez de nous dire comment s’adapter à ces incompétents ! Transformez les !

Tout leur est du il faut que le patron soit sympa , pas dirigiste, ne leurs demandent pas de résultats qu’ils puissent se distraire au boulot conserver leur RSS pendant les heures de travail ! Mais ou sont leurs devoirs ?

Je dirige une SSII très innovante, rembauche 29 personne en 2011, du coup je cherche soit des quadra soit des Roumains pas question de me retrouver encore avec des petits français de 25 ans: sans savoir faire, sans ambitions, et déloyals !

Et en retour ? que nous apporte la génération Y ?
Quels sont leurs devoirs ?
Ils veulent tous avoir un boulot passionnant, être libre, bien se sentir dans leurs métier..
Aucun ne parle de compétences, de savoir faire, ils ne veulent pas et n’aime rendre des comptes.
En réalité : (et je le vie tous les jours j’en emploi dans mes équipes) la génération Y Française est :
– Incompétente (mal formé)
– Crois savoir et ne cherche pas à progresser
– considère que tout leur est du en particulier le boulot qu’on leur confie.
– Déloyal
– nNe respecte ni leurs entreprise, leurs amis
– Tourné vers eux même et quand ils communiquent avec leurs »amis » sur Fb c’est de eux qu’ils parlent
– Ils ne sont pas ambitieux
– N’ont pas d’idées ou d’avis pas d’energie, d’envie de faire (c’est plus facile de se laisser endormir par son podcast ou la TV)
– Ils sont déjà vieux : les préoccupations des Y (vécu dans mon entreprise) : Ma retraite, mes vaccins, mon assurance maladie !

– Heureusement ils ne sont pas représentatif du reste de la jeunesse planétaire !

Fatigué, je délocalise.

Read more: http://www.generationy20.com/advertising-age-generation-y-le-texte-fondateur#ixzz1DpQ1hBHC

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MMC Il y a 10 années

Pour répondre à Maud, la réponse est oui, il existe des sessions dans lesquelles des formateurs de métier se retrouvent, échangent, comparent, apprennent, avec et sans TIC. Pas beaucoup, mais ça existe bien!

Les deux phrases  » l’habitude d’accéder facilement à une information de qualité » et en parallèle « Au travail, les TIC sont perçus comme des outils professionnels, requérant un apprentissage formel et institutionnel » me font penser qu’apprendre ensemble à chercher et à analyser l’information est un très bon lien entre formateur et Y

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Maud Il y a 10 années

« Quelle que soit la classe d’âge de nos participants, la formation ne peut plus être la même parce que les TIC existent. »
=> Je partage entièrement cette phrase et je compléterais pas « la formation est enrichie par les TIC et non remplacée ».
Je me demande comment faire prendre conscience de cet état de fait à nos formateurs. Comme disait TCM dans le billet précédent : Comment former nos formateurs?

Pour ma part, je ne vois pas d’autres solutions que de les former eux mêmes avec des TIC…c’est en vivant l’expérience qu’ils pourront la trouver riche…Mais les formateurs partent-ils encore en formation?

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