La standardisation pédagogique peut-elle être positive ?

Par le 12 avril 2010

L’industrie automobile a depuis longtemps adopté des standards dans la conception, ainsi Volkswagen utilise la même plateforme pour 9 véhicules. Le consommateur n’a pas le sentiment d’acheter le même produit entre une Seat et une Lancia. L’apport de cette démarche de standardisation permet au constructeur de sortir des modèles plus rapidement et de se concentrer sur les détails qui apportent de la valeur ajoutée.

La formation est face aux mêmes enjeux lorsqu’elle doit accélérer le « Time to competencies » et l’individualisation de la formation.

Il est certainement possible de ne « pas perdre son âme de pédago » dans la standardisation !

La standardisation pédagogique peut-elle être positive ?

Standardiser les « briques » pour faciliter la réutilisation des séquences

En e-learning, les outils tels que les LCMS proposent une organisation des contenus qui ouvre la réflexion sur des « learning objects« . Ces objets magiques, quasi autonomes, peuvent être assemblés à l’infini pour constituer de multiples parcours soit prédéfinis par un concepteur, soit construit en dynamique par un LMS suite à une évaluation de l’apprenant.

Cette discipline de conception est parfaitement reproductible en présentiez en raisonnant par « briques pédagogiques ». Pour simplifier la conception, la durée d’une brique doit être d’1h30 et comporter 1 à 2 objectifs pédagogiques. Cette brique est conçue de façon à exister seule, elle ne s’inscrit pas dans une progression pédagogique immuable. Elle peut ensuite être assemblée avec d’autres pour constituer un nouveau programme et c’est le liant que mettra le concepteur pédagogique entre toutes les briques qui évitera l’absence de progression.

Le raisonnement en brique permet ainsi de construire des nouveaux produits formation plus rapidement, de ne pas réinventer systématiquement des séquences basiques, d’individualiser des réponses aux profils des apprenants.

Standardiser les formats de documents pour augmenter la qualité perçue

L’harmonisation de la conception permet aux stagiaires de bénéficier de cadres de référence communs entre les formations. Ils bénéficient de repères structurels qui favorisent l’attention.

La construction de banques de modèles d’enchainement type (ouverture, clôture de stage), de slides (consignes, debrief, transition, …), de techniques pédagogiques (exercice, réveil pédagogique, …), de graphiques, de pictos apporte de la rapidité en conception et un confort lors des animations.

Les activités d’immersion terrain gagnent en efficacité si elles sont formalisées. Ainsi des modèles de documents peuvent être créés et partagés, par exemple : un guide d’observation lors de séance de double terrain, un programme précis lors de stage usine, une fiche mission pour un tuteur.

Un concepteur ne perdant pas de temps sur l’écriture de la nième activité post-it pourra se concentrer sur le contenu de la séquence et la valeur apportée à l’apprenant.

Toutes ces idées de standardisation ne sont pas immédiates à mettre en place, il est nécessaire d’accompagner les concepteurs dans l’acceptation de ce changement. Mais une fois ce cap passé, ils ne pourront plus revenir en arrière et ne percevront plus que le côté positif de la force pédagogique.

Relire le post de Mathilde sur « Peut-on industrialiser la formation ? »

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Alain Il y a 11 années

Bonjour Mathilde,
Merci de votre témoignage et Dieu vous entende dans vos espérances car il n’y a vraiement que lui pour s’opposer aux loobings qui agissent dans la plus grande indifférence et dans un contexte d’Angélisme dont j’ai du mal à croire qu’il n’est pas guidé par de intérêts particuliers
De plus, et comme vous le savez, le problème n’est pas de diagnostiquer les besoins qui sont déjà, pour l’essentiel connus (surtout par les gens de terrain), mais bien de créer les conditions qui permettent de satisfaire ces besoins, et ce, tant concernant la qualité pédagogique et l’adaptabilité des prestataires que concernant leurs implantations de proximité et leur survie matérielle et financière … et là, sur ces derniers points … circulez il n’ya rien à voir ! pas un mot, pas une ligne même pas une intention affichée ! si les Angélistes croient à des oublis, pour ma part, j’ai d’autres explications …
Par ailleurs, vous avez constaté une inquiétude des organismes de formation que je vous confirme et qui est me^me en train de se transformer en panique si la tendance qui se dessine poursuit ses implacables missions destructrices
En effet, au delà des bonnes intentions de la réforme que vous avez entendu comme moi, sur le terrain et au quotidien le vécu et tout autre … et toutes ces intentions ne restenet que des mots …
Il suffit pour se prouver que les volontés affichées de la réforme ne sont que du vent que d’interroger les parcours du combattant, tous les ans complexifiés, que vit par exemple une entreprise de Lozère ou du Cantal pour avoir accès à la formation
Il suffit pour démontrer le piège tendu aux petits opérateurs de formation, que d’observer combien, depuis 2 ou 3 ans et encore même aujourd’hui, ils leurs sont demandés unilatéralement des contraintes et imposésé des délais de gestion de dossier et de règlement pour comprendre que le « génocide » est en marche (il suffit d’ailleurs de regarder les derbiers chiffres que même la « foultitude » de création d’auto-entrepreneurs formateurs ne parvient pas à masquer)
Il suffit de voir les multitudes de contrôle qui s’abattent sur les plus petits et les complaisantes attitudes dont les gros opérateurs privés et les Institutionnels bénéficent … comme me le disait un contrôleur avec qui je m’était lié de symphatie : « on sait où il faut cherche pour déceler les gouffres d’utilisations illicites de la formation mais là on a pas le droit … alors on vient chez toi ! »
… bref … comme vous l’avez déjà pertinemment compris et, à demi-mot avoué, il y a un malaise que tout le monde ressent bien et qui s’aggrave un peu tous les nas … avec ou sans réforme …
Je ne voudrait pas que vous-même et ceux qui lisent ces lignes pensent que je suis un grincheux défaitiste mais n’ayant à mon âge plus rien à gagner ni à perdre, je peux, sans doute, me permettre de dire parfois tout haut ce que beaucoup pense et me dise tous les jours tout bas …
Aux acteurs de ce métier de s’unir pour défendre leus valeurs, à défaut, il ne faudra pas qu’ils se plaignent d’un avenir dont ils auront à assumer les conséquences pour eux-mêmes et leurs enfants
Bon courage à tous
Bien Cordialement
Alain

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Mathilde Bourdat Il y a 11 années

Bonjour Alain,
oui, la formation en France souffre de lourdeurs, les processus de décision et les circuits de financement favorisent certains prestataires au dépends des autres, l’accès à la formation continue n’est de fait pas le même pour tous les citoyens de ce pays.
Si la réforme de 2009 porte les résultats espérés, nous devrions cependant aboutir à un meilleur maillage de l’offre de formation continue sur les territoires, à un accompagnement renforcé des TPE-PME pour diagnostiquer leurs besoins, à une dérivation d’une partie des fonds mutualisés vers les publics qui ont le moins accès à la formation et en ont le plus besoin…
Evidemment, c’est un gros « si », et j’ai pu noter, au Salon de la Formation Continue, l’inquiétude des organismes de formation.

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Alain Il y a 11 années

Merci Laurent et Jonathan de vos éclairages et de vos angles de vue sur l’évolution de la formation et, notamment, sa modélisation et sa standardisation
On peut, en effet, débattre longuement sur les aspects purement théoriques de la formation, et, dans ce débat, vos visions ont leur place et sont, peut être même, qui sait, les visions pertinentes de demain
Mais pour moi qui ai le grand plaisir de dispenser de la formation depuis presque 20 ans il est pénible de constater la dégradation constante des valeurs fondamentales du partage et de la transmission du savoir ainsi que de celles de l’accès du droit à la formation pour tous et en tous lieux
A cet égard certains chiffres de la formation sont éloquants : 14% des salariés bénéficient de plus de 49% des fonds utilisés et 72% des fonds formation sont utilisés par des entreprise de plus de 500 salariés alors qu’elles représentent moins de 10% des acteurs économiques en France
Ainsi aux angélismes de certaines discussions très théoriques il est important d’apporter l’angle du vécu quotidien sur le terrain et des visions que l’on peut avoir dès lors que l’on sort du triangle d’or de la région Parisienne et dès lors que l’on met en perspective que plus de 86% des entreprises ayant des droits à la formation ont moins de 50 salariés et des spécificités organisationnelles et fonctionnelles aussi nombreuses que variées
Dans ce contexte général aggravé par les « courtes-échelles » faites à des opérateurs plus financiers que formateurs et, bien souvent, aux approches plus économétriques que pédagogiques, ce qui m’importe, de mon point de vue et au delà de tous les aspects et des débats autour du partage du savoir, c’est d’être attentif aux principaux points suivants :
– que le droit à la formation soit accessible à tous les salariés, de ceux l’entreprise de 4 salariés dans les Cévennes à la multinationale au siège faubourg Saint Honoré
– que la pluralité des dispensateurs et que le libre choix de l’entreprise et ses salarisés ne soient pas bafoués par de multiples situations de concurrence déloyale et de position dominante instituée ou privilégiée
– que soit rétabli pour les dispensateurs de formation privés et indépendants des conditions décentes de pratique de leur activité (lourdeurs administratives colossales, procéduralités illisibles et ingérables, délai irréels de règlement des caisses et OPCA, …)
– que soit revue un ensemble de procédures qui sont d’un autre âge et complexifient considérablement l’accès à de nombreuses mesures mises en place dans la formation tout au long de la vie (c’est pour cela qu’on observe que certaines mesures ne sont utilisées que par des sociétés sufisamment importantes pour avoir un service du personnel)
– que la formation soit le domaine des formateurs et non celui des financiers capteurs de budgets, « chasseur de prime » et « sous-traiteurs » à la volée de formateurs « à leur botte » puisque privés de mission directe
… je pourrais encore continuer longtemps cet exposé tant la dégradadtion des conditions d’exercice de la dispense de formation m’offre de sujet de dérives et de contextes défavorables à la bonne pratique …
Alors quand nous nous serons tous attaqué à tout cela, quand l’éthique sociétale de la formation sera rétablie, quand chacun qui qu’il soit et où qu’il soit aura les mêmes droits à la formation, quand la pratique de la formation redeviendra un vrai service adapté de proximité, accessible et au seul service de l’entreprise, ses salariés, dirigeants … alors, ce jour là, je serais prêt à reprendre des discussions théoriques de fonds que je trouve aujourd’hui inappropriées face à la déliquescence de la formation professionnelle en France
Bien Cordialement
Alain PEYRE

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Laurent Reich Il y a 11 années

Merci Jonathan pour cette éclairage qui donne un autre angle positif aux standards.

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Laurent Reich Il y a 11 années

Bonjour,
Merci pour vos commentaires, mon propos n’est surtout pas d’appauvrir le métier de formateur mais plutôt de permettre à ces derniers de se concentrer sur les enjeux de l’acquisition et du transfert.
Il n’y a pas de valeur ajoutée à écrire à nouveau ce qui a été très bien formalisé par un autre formateur.
Le coeur de métier reste bien la pédagogie, soyez en rassuré.
Bien à vous.

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Jonathan Pottiez Il y a 11 années

Je pense également que « standardisation » ne rime pas nécessairement avec « extinction » (de la pédagogie, du formateur, etc.).
Alain Meignant, dans son ouvrage « Manager la formation » (Editions Liaisons, 2009) prend l’exemple des stages inter-entreprises pour lesquels le contenu de la formation ne peut être adapté. En revanche, il sera possible d’en personnaliser l’application (ex : pédagogie du « projet », formation-action, etc.). Cela incite aussi à penser la formation en terme de transfert des acquis (il y a probablement mille et une façons d’apprendre quelque chose, mais il y a aussi mille et une façons d’appliquer cette même chose).

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Alain Il y a 11 années

Quelle avalanche de commentaires que l’on peut lire sur la standardisation de la formation ; commentaires, d’ailleurs très souvent influancés par les loobings des financiers en conquête du monde de la formation et des rentabilités qu’ils pensent pouvoir en tirer
Au delà de tout cela, on oubli simplenemnt que la formation relève des relations Humaines … Humaines vous avez dit Humaines !!?? …
Sauf exceptions légitimes mais relativement marginales (ceratins types de formation, formation des handicapés ou des populations délocalisées, …) il est tout aussi déraisonnable de penser que la formation peut être dispensée par des serveurs informatiques que de penser que le traitement d’un malade peut être fait correctement par un robot
En effet, même si des progrès gigantesques permettent techniquement de répondre à quasiement toute modélisation et toute standardisation, d’une part, rien ne permettra de rendre l’indispensable perception et l’indiscible dimension humaine de la dispense efficace de la formation, et, d’autre part, s’est-on seulement interrogés de savoir si les citoyens que nous sommes souhaitent un modèle de formation qui reposerait sur la dépersonnalisation et la standardisation de la formation … rien n’est moins sûr !
Ainsi, au delà de nombreuses gesticulations plus préoccupées des profits de grands opérateurs et du traitement de masse de la formation, que de la qualité, l’adaptabilité et la liberté de choix qu’apportent notre modèle actuel … nos grands penseurs de la formation seraient bien plus inspirés à réfléchir comment améliorer et donner plus de moyens à notre modèle actuel plutôt que d’adapter ce dernier aux exigeances des financiers du grand capital …
… malheureusement, une récente actualité nous a donné quelques indications sur les pistes privilégiées et les intérêts dominants qui guident les décisions de nos énarques

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