Tendances en formation et développement des compétences

Par le 7 mars 2010

Futurethink a publié en octobre 2009 un livre blanc intitulé « The future of Learning and Development« . Cette étude est disponible gratuitement, après enregistrement sur le site. La traduction en français rend mal l’idée du « Learning » : il s’agit moins de se questionner sur le futur de la formation que sur le futur des apprentissages en entreprise. Je cherche encore la traduction française de la fonction « Learning and Development ». L’expression – certes un peu longue- de « Environnements d’apprentissage et développement des compétences » me semble à ce jour la mieux appropriée (je suis ouverte à toute autre suggestion).

 

Il s’agit bien de créer les conditions pour que les personnes apprennent – en formation « formelle », au travail, dans leurs échanges entre pairs ou avec un tuteur… Voir à ce sujet un billet précédent.

Les éléments clés qui ressortent de l’enquête menée par Futurethink auprès de responsables d’un large panel d’entreprises nord américaines sont significatifs de ce que seront, dans un proche avenir – les enjeux de cette fonction – pas seulement chez nos collègues d’outre-Atlantique.

Les responsables interrogés occupent des postes au comité de direction, dans la fonction formation, ou de managers, dans des entreprises de tous secteurs et de toutes tailles (même si les très grosses, de plus de 100 000 salariés, représentent 39% du panel).

Voici comment les personnes interrogées voient le futur de la fonction « Learning and development » :

  • 74% considèrent que l’influence de la fonction « Environnement d’apprentissage… » va augmenter dans un futur proche (0-2 ans)
  • La majorité pense que la formation à distance sera au centre des dispositifs: 62% vont proposer des modules e-learning, 62% de l’apprentissage collaboratif en ligne (via des classes virtuelles,  par exemples), 55% des webinars (conférences en lignes).
  • 85% pensent que l’avenir est dans l’apprentissage collaboratif
  • 100% pensent que dans le futur  l’offre de formation sera constituée de « micro modules », qui leur semblent procurer des apprentissages plus précis et de meilleurs résultats.

Les développements du livre blanc incitent les responsables de la fonction « Environnement d’apprentissage et développement des compétences » à :

  • Faire évoluer les formations, pour qu’elles soient plus courtes, moins ennuyeuses (moins powerpoint!), avec des objectifs plus précis et davantage d’engagement des participants dans l’interactivité,
  • Mixer les modalités de formation pour que chacun puisse apprendre à sa manière et à son rythme,
  • Offrir des formations non seulement sur les compétences de base, mais aussi sur des sujets d’actualité qui aident les personnes à conduire leur activité (« to drive business« ).

Seulement pour nos collègues d’Amérique du Nord, cet avenir proche ? Je ne le pense pas. En France aussi, des entreprises – pas seulement des très grandes- sont en train de vivre cette profonde évolution.

Entrer par « ce qui aide à apprendre », non par la technologie

Ce n’est pas le recours aux technologies qui fait qu’il s’agit d’une évolution – il est possible de conserver un schéma très classique de formation en passant du présentiel au e-learning !

C’est le fait de passer de la question « comment les former » à la question « comment apprennent-ils »: concevoir les dispositifs non seulement à partir des besoins de professionnalisation, pour aujourd’hui et pour demain, mais aussi à partir des stratégies et des rythmes d’apprentissage des personnes. Permettre à l’un de commencer par l’expérience terrain accompagnée, à l’autre de prendre du recul et de poser les concepts d’abord, à un troisième d’accéder « lorsqu’il en a besoin » à la connaissance nécessaire à l’action… Voilà ce que la technologie va faciliter – mais c’est l’ingénierie de formation qui donnera le cadre.

L’une des préconisations du Livre blanc de Futurethink me semble particulièrement précieuse. Elle s’adresse aux responsables de la fonction « Environnement d’apprentissage », et dit à peu près ceci : « soyez vous-mêmes des leaders qui donnent envie aux personnes d’apprendre, de grandir, de prendre de nouveaux défis ».

Voilà une pensée encourageante pour la semaine qui vient !

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julie Il y a 5 années

Superbe rticle et surtout utile et qui donne des pistes pour agir ! Merci Mathilde

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    Mathilde Bourdat

    Mathilde Bourdat Il y a 5 années

    @Julie : merci de ce retour très encourageant !

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maximilien Il y a 5 années

Tres intéressant ces articles.

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Mathilde Bourdat Il y a 11 années

Oui, il paraît que déjà le précepteur de Louis XIV pensait que la lanterne magique serait une merveilleuse « machine à apprendre »!
Finalement, ce qui nous fait humain, c’est d’apprendre dans la relation. Ce sera peut être cela le garde fou: s’il n’intègre pas une dimension relationnel, le dispositif de formation, tout simplement, ne fonctionne pas…

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Mathilde Bourdat Il y a 11 années

Bonjour,
j’aime beaucoup l’expression de dispositif « organique ». Trop souvent, la représentation que l’on a de la formation l’apparente à un objet, un minéral au contenu figé. En fait, un module (qu’il soit destiné au présentiel ou à la formation à distance) est vivant, ce qui implique:
– qu’il ne prend sens que par rapport à un environnement donné
– qu’il a besoin d’être nourri, entretenu en permanence

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ChristopheP Il y a 11 années

Ces tendances lourdes couvent le risque d’une dérive instrumentale de la formation. Certains « fantasmes » déjà sur la substitution des supports technologiques à l’intelligence du pédagogue et du formateur.

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Mathilde Bourdat Il y a 11 années

Bonjour Sébastien,
les perspectives ouvertes semblent assez enthousiasmantes. Mais il me semble que la responsabilité du « savoir apprendre » se trouve reportée sur l’apprenant. S’il « sait apprendre », il saura quelle modalité pédagogique lui convient, et élaborera sa propre connaissance à partir des « nano formations » qu’il choisira. Mais quid de celui qui connaît mal sa stratégiée d’apprentissage, qui ne sait pas bien traiter l’information? Ne risque t’il pas d’être, encore un peu plus, laissé sur le quai?

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Mathilde Bourdat Il y a 11 années

Bonjour Delphine,
oui, on retrouve bien l’enjeu d’industrialiser les parcours, « assemblés » au plus près du besoin!

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Sébastien.M Il y a 11 années

D’autres études corroborent cette prédiction avec quelques nuances.
D’une part, les solutions technologiques permettent d’identifier la typologie du profil de l’apprenant et de son « gout » pour l’interactivité avec les dites technologies. Cette orientation convient bien aux besoins des PME.
D’autre part, le jeu qui fait son entrée permet de rendre leader chaque participant en fonction de la situation, ce qui développe la collaboration dans les équipes.
Finalement, nous n’allons assister qu’au développement de communautés stratégiques de la connaissance qui en fonction de leur besoin de développement choisiront les différents formats pédagogiques avec une préférence pour les nano-formations qui sont entrain d’émerger.

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Delphine Il y a 11 années

Travaillant au sein d’un organisme de formation en langues, je peux observer cette tendance de manière trés réélle.
Les stagiaires bénéficient de cursus courts de 10 à 20 heures avec des objectifs opérationnels trés précis. Pour répondre à leurs attentes, il faut décomposer les parcours en micro modules et adapter les modalités d’apprentissage en fonction du profil de l’apprenant.
Les unités pédagogiques permettent de standardiser les contenus en individualisant les parcours !

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Laurent Il y a 11 années

« 100% pensent que dans le futur l’offre de formation sera constituée de micro modules » : effectivement, c’est une tendance qui pointe le bout de son nez en Europe également.
Même si la journée de formation est toujours la référence (notamment pour des questions administratives), les différentes modalités que l’on observe dans les parcours innovants génèrent des temps d’apprentissage de plus en plus courts. Une classe virtuelle dure 2h au maximum, un module elearning guère plus de 20 minutes par séquence, les supports d’apprentissage sous format vidéo, audio ou texte sur smartphone quelques minutes, une brève diffusée par email ou consultée sur un blog se lit en 1 minute.
Face à la profusion des modalités pédagogiques, le véritable challenge des professionnels de l’ingénierie sera de réussir à favoriser des dispositifs collaboratifs, voir même organiques, qui seront créés tout autant par les formateurs, les experts et les apprenants eux-mêmes.

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