Que devient le formateur ?

Par le 24 janvier 2010

Il est banal de dire que le formateur est « personne ressource ». Manière de dire, à la lumière de théories pédagogiques comme le constructivisme et le socio-constructivisme, que c’est l’apprenant qui est acteur de ses apprentissages. Le formateur exerce ses missions à la charnière entre le contenu et les apprenants. Coté contenu, il aménage un chemin pédagogique, une progression. Coté apprenants, il crée la relation, et facilite l’émergence d’interactions constructives et positives dans le groupe.

Pour faciliter les apprentissages, le formateur crée des situations pédagogiques (Meirieu parle de situations problèmes), d’une difficulté graduée. La finalité est de rendre chaque apprenant autonome dans son utilisation du contenu, et de l’accompagner dans cette autonomie progressive.

Tous les formateurs qui ont suivi une formation pédagogique connaissent bien ce qui est énoncé ci-dessus. Aujourd’hui, certains se demandent si le formateur ne va pas disparaître. Les Technologies de l’Information et de la Communication sont elles une menace, ou une opportunité ? « Que devient le formateur dans un ensemble complexe, instrumenté par l’informatique et hautement technicisé ? » se demande Gérard Delacour. « Cette question peut avoir pour réponse la disparition pure et simple du formateur », poursuit il.

La légitimité du formateur dans les dispositifs présentiels

Le formateur d’adultes est généralement bien conscient de son rôle de « formateur ressources », de « faciliteur d’apprentissages ». Mais d’où tire-t’il sa légitimité ? Même si « le savoir ne lui appartient pas », l’un des fondements de sa légitimité procède de sa maîtrise du savoir. Les apprenants veulent bien être acteurs de leurs apprentissages et être mis en situation de résolutions de problèmes, mais enfin, à certains moments, ils exigent du formateur d’être porteur de ses propres réponses – et  « testent » son expertise.

Un autre fondement de la légitimité du formateur est la qualité de la guidance qu’il met en oeuvre:tout formateur sait qu’il doit réguler très finement les feed-back, « prendre chacun là où il est »: quelle que soit la précision de sa préparation, l’acte pédagogique comprend une part d’adaptation continue, en temps réel.

Finalement, même s’il pratique une pédagogie active, le formateur des dispositifs présentiels reste « le point de mire », le fédérateur, et l’ordonnateur des progressions.

Que changent les TICE ?

Que changent à tout cela les Technologies de l’Information et de la Communication ? L’accès à l’information se fait désormais via des sources multiples. L’accès à internet en direct- sur les i-pod des apprenants par exemple- leur permet de vérifier immédiatement la pertinence de l’information. Les dispositifs de formation « mixtes » ou « blended » varient les supports d’apprentissage, éclatent les temps d’apprentissage.

Certains formateurs s’emparent joyeusement de ces modalités, considérant qu’elles enrichissent leur « palette », et se repositionnent à la fois dans les interactions qu’ils ont avec leurs apprenants et dans celles qu’ils ont avec leurs pairs, en développant le travail en réseau. Voir à cet égard le témoignage de Christophe Jaeglin, « pédago-blogueur ».

D’autres s’en inquiètent. « Est on encore légitime en tant qu’acteur principal de l’apprentissage ?» se demande Christophe Rodet.

Les apprenants vont ils suivre le module e-learning ? Vont ils alimenter le wiki, le blog, jouer le jeu sur le forum ? Comment générer l’interactivité dans ma « classe virtuelle » si je suis accaparé par la complexité des fonctionnalités ? Comment maintenir le lien avec chacun, et générer une dynamique de groupe, lorsque les temps de présentiels se réduisent ?

Et, si tout se passe bien, que devient le formateur ? Où se repositionne sa légitimité s’il n’est plus ni le « sachant » ni l’ordonnateur de la progression ?

Inquiétude renforcée par les pratiques de certaines entreprises, où l’on constate de fait un appauvrissement du savoir faire pédagogique dans les services internes. Le « contenu » passe directement de l’expert au scénariste e-learning, sans que l’un ou l’autre ne maîtrisent les fondamentaux de la pédagogie.

Faire des technologies des opportunités

« Cela représente un fait dont nous prenons acte : les TICE sont la toile de fond de la nouvelle ingénierie de formation, et ne sont plus simplement conjoncturelles. Elles sont une des caractéristiques structurelles de la situation de formation présente et à venir » écrit G. Delacour.

Dans ces nouveaux dispositif, l’expertise pédagogique et didactique (la didactique étant « l’étude des processus de transmission et d’appropriation des connaissances, par rapport aux contenus à apprendre », toujours selon G. Delacour) du formateur reste incontournable. Mais, pour rester présent et refonder sa légitimité, le formateur doit acquérir de nouvelles compétences.

Une légitimité intacte

Les usages du web donnent accès à l’information – mais l’information n’est pas le savoir. Tandis que l’information est un ensemble de données structurées, assimilables, le savoir est un ensemble d’énoncés et de procédures socialement constituées, légitimées, codifiées. Quelques soient les modalités de formation retenues, dès lors que la formation porte sur un objet de savoir, le formateur est le garant de ce savoir.

Sans expertise pédagogique, les dispositifs ne font pas de lien : lien entre chaque apprenant et le contenu, lien entre apprenants, lien entre apprenant et formateur. Accéder à l’information, fût elle érigée en savoir, ne suffit pas pour s’approprier la connaissance. Celle – ci est toujours un construit – et le rôle clé du formateur réside, quelques soient les modalités de formation retenues, dans le choix des situations problèmes, dans l’adaptation à chacun du type et du niveau de guidance.

Le formateur garde donc toute sa légitimité, indépendamment des modalités retenues. Mais il n’est pas facile pour lui de se retrouver dans les multiples « nouveaux rôles », aux définitions souvent floues, assorties à l’usage des TICE dans l’éducation :   e-concepteur, e-tuteur, e-formateur… D’où l’enjeu, indépendamment des étiquettes qui passeront, d’ancrer sa légitimité dans son expertise – contenu, pédagogique – tout en acquérant de nouvelles compétences pour s’inscrire avec bonheur dans l’ingénierie des dispositifs d’aujourd’hui.

Acquérir de nouvelles compétences

Dans les dispositifs multimodaux, le formateur ne peut agir seul. Il se retrouve intégré dans une équipe projet, voire chef de projet avec une équipe pluridisciplinaire à coordonner.
Il doit comprendre les contraintes techniques, dialoguer avec le scénariste et le directeur artistique lors de l’élaboration d’un module e-learning, utiliser une plate forme, créer un wiki ou un blog et les modérer, concevoir pour la classe virtuelle et en maîtriser les fonctionnalités pendant l’animation… et, tout en ayant une vision globale du projet, se placer, ainsi que le souligne G. Delacour, du point de vue de l’apprenant.

Pour réussir cela, le formateur gagne à se mettre en réseau avec d’autres, pour échanger pratiques pédagogiques nouvelles, trucs et astuces, et outils.
« Quels sont les 5 outils que vous considérez indispensables dans votre pratique de veille ? » demande le rédacteur de Skola blog à Christophe Jeaglin. « Les alertes Google, Twitter, les fils RSS, l’appartenance à un réseau social, et les colloques » répond – il.

Formateurs, si cette réponse reste pour vous mystérieuse, un monde nouveau s’ouvre à vous !

 

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tfuvuuijr Il y a 7 années

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EnSino Il y a 8 années

Je pense que le formateur, comme il a pu exister en 1980 – 90, va laisser sa place à un autre : tout aussi pédagogue, mais plus sélectif dans ses sources.

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Christophe RODET Il y a 10 années

Bonjour Mathilde. Il est vrai que ces multiples facettes du changement interrogent légitimement et font peur dans le monde de la formation (voir les commentaires associés à l’article cité dans l’article http://wordpress.cinaps.com/?p=1541&cpage=1#comment-202).
je pense que Maud a raison de souligner que l’importance du changement est moins dans l’évolution technologique que dans l’évolution induite des comportements d’apprentissages. Ces nouvelles manières d’apprendre amènent a réinventer la place du formateur.
Pour ma part, je vois cela comme une formidable opportunité. L’accès aux connaissances, facilité par l’évolution des technologies, permet de répositionner le rôle du formateur dans un rôle de chef d’orchestre, de Synapse pour guider les apprenants et coordonner les apprentissages croisés.

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Mathilde Bourdat

Mathilde Bourdat Il y a 10 années

Merci Christophe et bravo pour votre blog très bien présenté, riche en liens extrêmement intéressants!

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Christophe BERNARD Il y a 10 années

Bonjour, je me suis moi même penché sur la part à accorder aux TICE dans ma pratique quotidienne et je ne peux qu’adhérer à ce qui a été écrit concernant le rôle indispensable de médiateur du formateur. Je confirme également qu’il ne faut pas hésiter à utiliser twitter ou les réseaux sociaux pour compléter ses outils… D’autre part, je pense qu’il est urgent de former les formateurs à ces nouveaux modes de transmissions de l’information : il y a un vrai risque de débordement dans le sens ou les apprenants se forment quant à eux à pleine vitesse. Il n’est plus rare de voir, sur telle ou telle question, des stagiaires plus renseignés que leur formateur, eux mêmes plus renseignés que leurs responsables de formation…
Quoiqu’il en soit, on ne peut selon moi que se féliciter de cette démocratisation de l’accès à la « libre formation », mais tout à fait d’accord avec vous : toujours avec l’aide d’in-formateur… http://christophebernard.eklablog.com

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Mathilde Bourdat Il y a 11 années

Bonjour Maud,
oui, le formateur, entre autres rôles, a celui de mettre du lien social: créer un sentiment d’appartenance au groupe, montrer à l’apprenant que ses progrès comptent pour quelqu’un… Toutes les recherches montrent que, sans ce lien social, les abandons et les échecs en formation se multiplient. Je suis donc pleinement d’accord avec toi: le formateur a toute sa place dans les formations à distance!

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Mathilde Bourdat Il y a 11 années

Bonjour Marie-Paule et merci de ton commentaire
Oui, voilà tout l’enjeu: il ne suffit pas de disposer de l’expertise pour mettre les autres en situation d’apprendre. La fonction formation au sens large doit retrouver sa légitimité de partenaire – et pour cela, tout en maîtrisant la didactique et la pédagogie d’adultes, s’améliorer de manière générale sur au mois deux points:
– développer les formations de manière concourante au développement des produits/ services/ nouvelles organisations, pour ne pas se voir reprocher son décalage avec le cycle de vie de l’entreprise.
– développer des pratiques fiables en matière d’évaluation et de suivi de la formation.

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Maud Guenot Il y a 11 années

Effectivement, je pense que le formateur a une nouvelle place à jouer en entreprise : on néglige souvent d’apprendre à apprendre, mais cette compétence redevient primordiale dans les projets mixtes et e-learning, car l’entreprise et les participants se sentent souvent dépourvus face à ces nouvelles manières d’apprendre. Le formateur a une grande valeur ajoutée pour amener le participant à être acteur de sa formation, et il a aujourd’hui beaucoup d’outils à sa disposition pour le faire. Il fût une époque où l’on transmettait le goût de lire des livres. Le support peut être différent aujourd’hui, mais le besoin est toujours là.

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MP Mulet Il y a 11 années

La fonction de formateur est riche humainement mais aussi riche par la curiosité que cette fonction suscitait déja par le passé (mettre à jour nos connaissances)et qu’elle provoque encore plus aujoud’hui dans cet environnement qui bouge et change chaque jour avec des outils qui nous obligent et obligent nos entreprises à repenser entierement l’approche de la formation. Aujourd’hui, chaque service forme à quelque chose : la finance, les RH, les ventes, le reglementaire et j’en passe… Celui ou celle qui forme est souvent quelqu’un pris dans le service dont il est question, cette personne a la compétence. oui mais voila où est la pedagogie la dedans ? C’est pourtant notre valeur ajouté,notre legitimité, nous formateurs. Pour que l’apprenant apprenne, il faut le mettre dans certaines conditions (aussi bien à distance qu’en preseniel). Nous n’avons pas su ou pas pu montrer à l’entreprise notre savoir faire indispensable et si le formateur de demain serait un coordinateur de la pédagogie dans l’entreprise apprenante ?

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Yer_thinking Il y a 11 années

Avec toutes ces évolutions et cette nouvelle palette de compétences, le métier de la formation est encore plus passionnant !!!

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