FOAD-TIC
Ipad : gadget ou outil pédagogique révolutionnaire ?
Depuis 2 mois, cette fameuse ardoise magique présentée par Steve Jobs ne cesse de nous surprendre. Certains la trouvent inutile, d’autres indispensable. Ce qui est sûr c’est que les plus de 3 millions d’Ipad vendus en 80 jours rendent leurs utilisateurs heureux !
L’Ipad est beau, léger, performant mais il permet surtout de découvrir chaque jour de nouveaux usages ou il accélère le déploiement d’autres (livre numérique par exemple).
Le monde éducatif semble saisir cet outil pour l’exploiter de façon pédagogique. Je vous propose un petit panorama des initiatives encore très jeunes.
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Intégrer les usages du « Web 2.0″ aux dispositifs de formation
Une enquête de McKinsey a récemment montré en quoi les entreprises bénéficient du Web 2.0- c'est à dire des usages d'internet qui permettent aux utilisateurs de générer les contenus, d'interagir et de partager les informations.
"Entreprise collaborative", "open source worplace"…les observateurs/ praticiens de ces usages du Web sont tous d'accord pour dire que nous vivons un profond changement dans notre rapport au savoir et aux apprentissages. Nous utilisons blogs, wikis, réseaux sociaux, pour capitaliser nos connaissances, les partager, faire des recherches, voir comment font les autres, les interroger et répondre à leurs questions…Nous y sommes tantôt experts, tantôt débutants, tantôt "entre pairs".
La formation professionnelle ne peut rester à l'écart de ce mouvement de fond. Les usages du Web 2.0 font leur entrée dans les dispositifs de formation. Mais pour les acteurs de la formation, chefs de projet, formateurs, ce maillage de "l'informel" et du "formel" ne va pas de soi. Le livre blanc "Blending Web 2.0 Technologies with Traditional Formal learning" (Mixer les technologies Web 2.0 avec la formation traditionnelle), mis en ligne par element K, donne de précieux éclairages pour l'action.
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Quel « mix » pour les formations associant présentiel et e-learning?
La rupture des unités d’action, de temps, de lieu
Au départ, il y a le présentiel, qui suit les règles du théatre classique: unité de lieu, unité de temps, unité d’action. Arrive la « Formation Ouverte et A Distance » (FOAD), qui rompt ces unités. Pour reprendre la définition donnée en ouverture du glossaire publié par ARIFOR, « la FOAD est un dispositif organisé (…)
- qui prend en compte la singularité des personnes dans leurs dimensions individuelles et collectives (invitation à l’individualisation du parcours de formation, rupture de l’unité d’action – c’est moi qui ajoute ce commentaire)
- et repose sur des situations d’apprentissage complémentaires et plurielles en termes de temps, de lieux, d’actions (activités de l’apprenant et ressources utilisées), de médiation pédagogiques humaines et technologiques ».
Ainsi, continue le glossaire, « lorsque l’unité de lieu est « brisée », on parle de Formation à Distance ». « Lorsque c’est l’unité de temps qui est « brisée », on parle de Formation Ouverte ». « Lorsque les deux unités, de lieu et de temps sont « brisées » on parle de Formation Ouverte et à Distance ».
Et le e-learning?
Ainsi que l’indique le glossaire d’Educnet, le e-Learning est un sous ensemble de la FOAD. Il est né de la conjonction de la numérisation des supports utiles à la formation (du texte à la video en passant par le son et les images…) et des réseaux. Les usages du « Web 2.0 » ouvrent de nouvelles possibilités, parce qu’ils facilitent l’interactivité, la collaboration.
Ce schéma témoigne de cet élargissement de la « palette » du concepteur de formation, en répartissant les modalités possibles sur deux axes:
A émergé ainsi la notion de dispositif de formation « mixte », ou « blended », qui « combine des modalités pédagogiques diversifiées, alternant formation à distance et en présentiel » (glossaire educnet).
Mais comment composer le mix?
Quelle est l’opportunité de chacun de ces « moyens pédagogiques » au regard des objectifs poursuivis? Une fois les moyens choisis, comment les organiser dans le temps?
La tentation est grande de simplifier: au module e-learning le contenu « connaissances », à la classe virtuelle l’accompagnement post présentiel, au présentiel l’entrainement… Pourquoi pas? Puisqu’il faut une grille de décision, celle ci à le mérite d’être lisible.
Mais c’est un peu dommage, compte tenu de la richesse des potentialités de chacun des moyens. Comme pour toute conception pédagogique, c’est la prise en compte simultanée des objectifs visés, du public, du « champ de contraintes », des ressources à disposition, qui doit guider les choix. Ceux ci doivent être mus par la recherche de la meilleure efficience, et non guidés par le moyen employé.
Garder les choix ouverts
En prenant pour base le schéma de Moebs et Weibelzahl (Toward a good mix in blended learning, 2006), il est possible d’ élargir la vision. Ce schéma positionne les situations pédagogiques sur un double curseur: du point de vue de l’apprenant (Etudier – Pratiquer), du point de vue du formateur (Enseigner – Accompagner).
En croisant les situations pédagogiques et les moyens que l’on peut utiliser pour les « véhiculer », on voit que l’on ne peut réduire le e-learning à un type de visée pédagogique.
Une profonde évolution des modes d’appropriation, de transmission du savoir – et donc du savoir lui-même – est en marche. En formation, l’avenir est à l’imagination.
Quel rôle pour le groupe en formation à distance?
Le groupe joue -t’il un rôle dans les apprentissages?
L’approche constructiviste a montré, en particulier avec Vygotski, l’importance du rôle du groupe dans les apprentissages de chacun de ses membres. Cette approche s’intéresse à la façon dont l’individu construit ses connaissances. Elle nous montre que l’apprentissage efficace repose sur des éléments clés, parmi lesquels:
- L’apprenant doit s’engager activement danns des résolutions de problèmes – au plus proche de problèmes réels.
- L’assimilation des savoirs nouveaux se fait à partir des représentations mentales antérieures, ce qui peut demander un pénible travail de déconstruction – reconstruction.
Cette assimilation est grandement facilitée par les interactions sein du groupe de pairs. Grâce à ces interactions, en effet l’apprenant peut:
- prendre conscience de ses propres représentations – et de ce qu’elles ne sont pas « universelles »,
- prendre conscience du fait que ses représentations initiales ne sont pas adaptées pour résoudre le problème
- accepter de quitter ses représentations initiales, de transformer son schéma mental, pour en adopter un autre plus pertinent au regard du problème à résoudre.
C’est là que le groupe prend tout son rôle: les interactions entre pairs sont plus efficaces que l’écoute d’une personne investie d’une autorité (formateur, manager…).
Avec une personne investie d’une autorité, j’écoute, j’acquiesce… et je risque bien de retourner à mes convictions antérieures si le changement est « couteux »- en effort, en perte de certitude…
Avec mes pairs, j’entre dans la discussion, je cherche à maintenir le lien social, je teste la pertinence des propositions des uns et des autres, et par là même je remets en cause mes représentations précédentes.Le processus d’apprentissage n’est complet que s’il y a prise de conscience et réinvestissement de ces apprentissages.D’où le bel aphorisme de Philippe Carré: « on apprend toujours seul, mais jamais sans les autres ». Seul l’individu construit ses connaissances, mais les interactions sociales, quelque soit la forme sous laquelle elles sont médiatisées, sont un puissant moteur de l’apprentissage.
Et la formation à distance?
Qu’en est il, dès lors, de la formation à distance? Longtemps, ce vocable a renvoyé l’ imaginaire à « l’apprentissage assisté par ordinateur »: un apprenant isolé devant un micro ordinateur. N’y a t’il pas là un risque de perte du lien social si précieux aux apprentissages?
Là encore, tout est question de pédagogie, et non de technique
C’est au concepteur du dispositif de veiller à ce que les conditions d’un apprentissage optimal soient réunies, en intégrant le groupe comme un élément en soi du système.
Ce schéma, repris de Faeber (2002) me semble bien illustrer les questionnements et interactions à prendre en compte dans l’élaboration de tout dispositif:
La question n’est plus seulement de compenser le risque de perte de lien social, mais de mettre à profit les possibilités offertes par la technologie pour faire vivre le lien social – en temps que vecteur d’apprentissage.
Pour cela, différents leviers seront utilisés: le tutorat, mais aussi les outils du « web 2.0« .
Le tutorat
L’article de Catherine Roupié dans la revue Tutorale publiée par T@d http://www.tutoratadistance.fr/tad/ sous la direction de Jacques Rodet, « Tutorat et lien social dans un dispositif de formation hybride », fait un point très complet et étayé sur le rôle essentiel du tuteur dans les dispositifs de formation à distance:c’est lui qui devient le « faiseur de lien social », et qui « engage les apprenants dans des activités collaboratives tutorées » (Catherine Roupié). Aux individus, il apporte « soutien et motivation, (fait) acquérir des méthodologies de travail » (CR).. Mais il doit aussi « développer, chez les participants, le sentiment d’appartenance à une communauté d’apprenants ». Et, ajoute Catherine Roupié, « la communauté peut se construire entièrement à distance sans que les participants ne se rencontrent jamais en face à face ». C’est le dispositif pédagogique qu’il faut travailler: « il ne saurait y avoir de communauté d’apprentissage sans une volonté commune qui va s’incarner à travers l’objet d’apprentissage »(CR).
Blogs, wikis, podcasts, videocasts… téléphone et e-mails!
Ce ne sont que des moyens, supplémentaires ou déjà anciens, au service des apprentissages.
Dans « Learning solutions – Best of the eLearning Guilds » (Pfeiffer 2008), Joyce Seitzinger, au sein de l’article « Be constructive – Blogs, podcasts and wikis as constructivist learning tools » (Soyez constructif – Blogs, podcasts et wikis comme outils d’apprentissage « constructiviste »), cite de multiples usages:
- Tenir son « blog d’apprenant » – réagir sur celui des autres membres du groupe. Prendre ainsi conscience des difficultés rencontrées par les autres, partager leurs expérimentations, leurs succès…
- Créer le « blog du groupe », chaque membre devient un auteur sur un blog partagé. Les participants disent combien le blog est important pour créer la « communauté d’apprenant ».
- Rechercher les autres blogs traitant des mêmes sujets, créer des liens.
- Diviser le groupe en sous groupes: chacun crée un blog sur un sujet et poste des commentaires sur les blogs des autres.
- Utiliser les commentaires comme un moyen d’obtenir du feed back, d’argumenter.
- Utiliser le podcast/ video cast pour amener les apprenants à interviewer des experts, mettre en ligne une présentation réalisée par les apprenants…
- Utiliser le wiki pour permettre au groupe de capitaliser les connaissances qu’il construit…
Les usages sont inombrables. J’ajouterai les potientialités immenses de la « classe virtuelle » ou « webconf », pour le tutorat, pour un retour d’expérience, pour une formation synchrone à distance, mais aussi, en outil auto-géré par les participants, pour le travail collaboratif à distance…
Pour un partage de pratiques en français, on se référera utilement au site Apprendre 2.0, ou encore au passionnant dossier réalisé par CA Bachand sur le site Profweb.
En 1998, Michel Serres a publié dans le Monde de l’Education un article intitulé « La société pédagogique ».
« Les contenus dépendent des canaux » écrit – il, et « les collectifs dépendent encore des canaux ».
Le savoir lui même, les relations des apprenants au savoir, à ceux qui le transmettent, et leurs relations entre eux, ne sont pas indépendants des voies d’accès au savoir.
De nouveaux canaux sont à notre portée. Nous avons beaucoup à inventer.
Concevoir des modules e-learning efficaces: l’apport des sciences cognitives
Comment concevoir des modules e-learning qui facilitent les apprentissages? Telle est la question auquel répond l'article "Six principles of Effective e-learning. What works and why" (Six principes du e-learning efficace. Ce qui marche et pourquoi), publié dans le recueil d'articles de "The eLearning Guilds" (Learning solutions. Top articles from the eMagazine's first five years. Pfeiffer.2008).
L'intérêt de l'article est qu'il étaye les "principes du e-learning efficace" par les éléments factuels de la recherche en science cognitive conduite par le Professeur Richard E. Mayer, de l'Université de Santa Barbara. Les "6 principes" qu'il pose s'appuient donc sur des expérimentations controlées.
Il n'y a pas de "miracle technologique" pour apprendre
En préalable, l'auteur de l'article, Ruth Clark, rappelle qu'en dépit de prévisions optimistes, la réalité n'a jamais atteint les espoirs suscités par les différentes innovations technologiques en matière d'apprentissage, du cinéma à internet. La recherche, lorsqu'elle a comparé l'apprentissage en présentiel avec l'apprentissage par le truchement d'une technologie, comme internet par exemple, n'a jamais pu démontrer un avantage significatif de la technologie. Ce qui a mené à l'abandon d'une approche centrée sur la technologie en faveur d'approches centrées sur l'apprenant.
C'est la conception de la formation qui fait la différence.
A ce titre, il faut distinguer trois éléments: les techniques pédagogiques (les analogies, les exemples, les exercices, les simulations…), le ou les vecteur(s) de la pédagogie (l'ordinateur, le livre, le formateur…), et enfin les éléments de la communication avec l'apprenant (images, textes, graphiques, audios, videos…).
L'article s'appuie sur la recherche menée par Richard Mayer et son équipe. L'objet de la recherche était de savoir comment utiliser l'audio, le texte, et les graphiques pour optimiser l'apprentissage en mode multimedia. Les 6 principes de la conception de modules e-learnning efficaces sont issus de cette recherche.
Principe n°1: illustrer le texte améliore l'apprentissage
Il peut s'agir de graphiques, de photographies, d'animations, de vidéos. Mais pour être efficaces, ils doivent être en rapport avec l'objet d'apprentissage. Les illustrations ajoutées "pour le fun", ou pour créer un "effet scénique", non seulement n'aident pas à apprendre, mais peuvent gêner l'apprentissage.
L'expérimentation de Mayer a montré une amélioration de 89% de l'apprentissage lorsque le texte était illustré, par rapport avec un apprentissage ayant le texte pour seul support.
Du point de vue cognitif, cela s'explique par le "double encodage" qui se produit alors – un code verbal et un code visuel: deux possibilités d'ancrer l'information ainsi encodée en mémoire long terme.
L'important, pour le concepteur, est donc de bien sélectionner l'illustration qui est cohérente avec le texte et l'objectif pédagogique.
Principe n°2: placer le texte à proximité du graphique améliore l'apprentissage
C'est le principe de "contiguïté": l'apprentissage est renforcé si le texte et l'illustration sont côte à cote à l'écran. Cette solution est préférable aux solutions qui placent le texte "au dessus" ou "au dessous" de l'illustration: l'étude de Mayer montre une acquisition renforcée à 68%.
Du point de vue cognitif, cela s'explique par le rôle de la mémoire à court terme dans l'apprentissage. La "place" en mémoire court terme est très limitée. Lorsque l'illustration et le texte qui lui correspond sont séparés l'un de l'autre, l'apprenant doit faire une grosse "dépense cognitive" pour les intégrer. Si les supports sont contigus, l'intégration est faite pour l'apprenant.
La conséquence pratique est donc de mettre à l'écran des illustrations de taille réduite, avec le texte à coté.
Principe n°3: expliquer les illustrations avec un message audio améliore l'apprentissage
Cette amélioration se vérifie particulièrement pour les visuels complexes, relatifs à des contenus qui ne sont pas familiers pour l'apprenant. Mayer a comparé des versions e-learning dans laquelle l'animation était expliquée au moyen d'un texte, avec d'autres dans lesquelles l'animation étaient expliquées oralement. Dans toutes les comparaisons, les versions "racontées" ont démontré une efficacité de +80%.
Du point de vue cognitif, cela s'explique par le fait que notre mémoire de travail a deux aires de "sous stockage": l'une pour l'information visuelle et l'autre pour l'information phonétique. Une manière d'étendre la capacité de la mémoire de travail est d'utiliser ces deux aires. D'où la recommandation d'utiliser l'audio lorsque la "surchage cognitive" est à craindre. Plus facile de mémoriser un process en 6 étapes si l'animation qui l'illustre est supportée par un audio que s'il faut lire un texte en même temps que l'animation se déroule…Cela ne signifie pas qu'il ne faut pas utiliser le texte. Il sera particulièrement utile lorsque l'information doit rester à disposition de l'apprenant pendant une longue période (pour un exercice par exemple).
Principe n°4: expliquer une illustration avec un audio et un texte peut nuire à l'apprentissage
Dans certains modules, on trouve simultanément un texte et un audio qui lit le texte. Les recherches de Mayer ont démontré que cela était moins efficace qu'une illustration expliquée par l'audio seul (+79% d'efficacité dans ce cas). Le seul cas ou la simultanéité texte – audio est efficace, c'est quand il n'y a pas d'illustration.
Du point de vue cognigtif, cela s'explique de nouveau par la "surcharge" de la mémoire de travail. Conséquence pratique: éviter de lire le texte lorsqu'il y a une illustration à l'écran.
Principe n°5: utiliser des illustrations, textes et sons inutiles nuit à l'apprentissage
Certains modules, note malicieusement Ruth Clark, utilisent "l'approche Las Vegas": brillance, jeux, petites histoires décalées, musique de fonds, personnages célèbres…Mayer a démontré l'effet nuisible aux apprentissages de ces ajouts, lorsqu'ils sont sans cohérence avec l'objectif pédagogique. Et ceci qu'is soient textuels, vidéos, ou sonores (musiques de fonds, bruits environnementaux…).
Le gain d'apprentissage des apprenants du module "dépouillé" de ces ajouts inutiles est de 105%. De même, l'utilisation d'un trop grand nombre d'explications orales peut nuire à l'apprentissage.
Les détails "superflus" placés au début du module sont plus dommageables que ceux qui sont placés à la fin, parce qu'ils activent des réminiscences inaproppriées au regard de l'apprentissage visé.
Du point de vue cognitif, ces ajouts inutiles distraient l'apprenant des consignes importantes, interrompent son processus mental de construction d'un modèle cohérent à partir des informations reçues.
L'auteure en tire le principe de cohérence: 'le moins est le mieux" lorsque l'apprentissage est le but premier. Il convient d'éviter ce qui n'est pas essentiel, et de produire des textes concis. Ce n'est pas l'émotion de l'apprenant qui sera recherchée, mais avant tout la facilité de sa compréhension et de sa mémorisation.
6ème principe: utiliser le ton de la conversation et des agents pédagogiques améliore l'apprentissage
Les recherches de Byron Reeves et de Clifford Nass (The media equation) montrent que lorsque les personnes "communiquent" avec leur ordinateur, elles utilisent les conventions qui s'appliquent dans la communication interpersonnelle.Par exemple, si des personnes évaluent un module e-learning sur le même ordinateur que celui sur lequel elles ont suivi ce module, elles donnent de meilleures "notes" que si elles réalisent cette évaluation sur un autre ordinateur: comme si elles évitaient de donner une évaluation négative directement à la source…
Les conventions des interactions sociales sont profondément intégrées, et s'étendent inconsciemment aux interactions homme – ordinateur. L'apprentissage est meilleur lorsque l'apprenant est "engagé socialement", par exemple si le module e-learning utilise le ton de la conversation (sans qu'il soit familier) ou si un "agent informel d'apprentissage" apparaît. A la suite des travaux de Reeves et Nass, l'étude de Mayer montre que le module qui engage l'apprenant directement est plus efficace que celui qui utilise un ton impersonnel et formel.
L'addition d'un "agent d'apprentissage"(learning agent)- un personnage qui formule les consignes, et procure une aide- améliore également l'apprentissage. Et ceci, quelque soit le degré de réalisme de son apparence…
L'apprentissage est renforcé lorsque "l'agent d'apprentissage" se présente oralement, et sur le ton de la conversation. Il n'a même pas à être visible, sa voix suffit à améliorer l'apprentissage.
Du point de vue cognitif, cela s'explique par le fait qu'apprendre résulte d'un engagement de l'apprenant, à propos du contenu de la formation. Le ton conversationnel, l'agent, stimulent des conventions sociales très ancrées qui amènent à un plus grand engagement. Lorsque l'on converse avec quelqu'un, il attend de nous une écoute et des réponses sensées. Même si "l'agent d'apprentissage" est inanimé, nous adoptons inconsciemment l'attitude que nous aurions eu face à une personne physique: nous écoutons mieux afin de produire une réponse valable.
Du point de vue pratique, cela signifie que le concepteur doit donner à "l'agent d'apprentissage" un véritable role. Non pas seulement apparaître à l'écran, mais aussi formuler les consignes, aider, reformuler les points clés…
Au final, l'apprentissage en module "à distance" s'appuie sur des processus cognitifs de même nature que l'apprentissage en mode présentiel. Au concepteur de mettre en avant de ses préoccupations les questions rémanentes de la pédagogie: que vais je donner à voir, à entendre, que vais je donner à vivre, pour qu'ils puissent apprendre avec facilité?







