Apprentissages formels et informels : de quoi parle-t’on ?

    Par le 8 septembre 2014

    Intégrer les apprentissages informels comme leviers à part entière de développement des compétences … Fertiliser des « écosystèmes d’apprentissage » … Voilà qui fait rêver, mais en pratique ce n’est pas si simple.

    Des pistes se dégagent pour une vraie prise en compte – et la facilitation- des apprentissages informels. Voici donc, sur le sujet, un premier billet.

    De quoi parle t’on ?

    Dans le langage ordinaire, on parle habituellement d’apprentissage informel lorsqu’il se situe en dehors de la salle de classe, ou de formation. A la suite de Shugurensky (2007), on distingue différents types d’apprentissage informels. L’intentionalité est l’un des critères retenus. Denis Cristol, dans son lexique « Les mots clés de l’apprenance »,  explicite ainsi les trois types d’apprentissages informels distingués par Schugurensky :

    1. la socialisation (apprentissage tacite, « apprentissage presque naturel des valeurs, attitudes, comportements, savoir-faire et connaissance qui se produit dans la vie quotidienne »),
    2. l’apprentissage fortuit (apprentissage non intentionnellement recherché, coproduit d’une autre activité),
    3. l’apprentissage autodirigé (projet éducatif entrepris sans l’aide d’un professeur) ».

    Je retiens, pour ma part, le schéma proposé sur le site Knowledge Jump, dans le billet « Formal and Informal Learning », qui fait état des recherches de Cofer. Je traduis ici le schéma du billet « Informal and Formal Learning » du site.Formel informel

    L’axe vertical concerne la détermination des objectifs

    On parle d’apprentissage « Formel » lorsque les objectifs sont fixés par l’institution (Ecole, Entreprise …). Et d’informel lorsque les objectifs sont auto-déterminés par l’apprenant.

    L’axe horizontal concerne l’intentionnalité de l’apprentissage

    Un apprentissage peut donc être

    • Formel/ intentionnel (l’entreprise envoie un salarié en formation),
    • Formel/ Fortuit (les objectifs de l’institution ne sont pas explicites pour l’apprenant), –  Informel/ intentionnel (l’apprenant navigue sur internet pour apprendre, ou bien s’inscrit à une formation de son propre chef),
    • Informel/ fortuit (un enfant qui apprend sa langue maternelle, un salarié qui apprend à utiliser powerpoint en préparant une intervention).

    Ce schéma a l’intérêt d’attirer notre attention sur un critère décisif de l’apprentissage informel : qui décide des objectifs, des modalités, du timing…

    A ceux qui souhaiteraient disposer d’une étude vraiment complète et très éclairante sur ces concepts, leur émergence et leurs usages, je conseille la lecture de G. Brougère et H. Brezille « De l’usage de la notion d’informel dans l’éducation », Revue Française de Pédagogie 2007. Pour positionner le curseur entre « formel » et « informel », c’est moins le cadre de l’apprentissage qui compte que la direction des apprentissages. G. Brougère et H. Brezille mettent en avant  l’intérêt de considérer ces notions comme un « continuum », et non comme une catégorisation absolue.

    On peut ainsi se doter d’une grille de lecture des dispositifs pédagogiques en faisant bouger le curseur sur ce continuum, en fonction de différents critères : Continuum ensemble L’intérêt d’une telle grille, c’est qu’elle nous fait tout de suite pointer le paradoxe de la « vogue » des apprentissages professionnels informels. En effet, décider qu’un apprentissage précis se fera « de manière informelle »  c’est … entrer dans un dispositif formel. Accueillir les apprentissages informels, c’est accepter, dans une plus ou moins grande mesure, de » lâcher prise », de perdre le contrôle (ou son illusion).

    Alors comment faire ? Et dans quelle mesure les apprentissages informels « pèsent ils » réellement dans le développement des compétences ? A suivre …

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    Michel Couroux Il y a 2 années

    Ne cherche-on pas à se polariser sur des mots et des définitions qui n’ont qu’un intérêt relatif puisqu’on ne contrôle pas ce qui est informel.
    Ne sommes nous pas là dans une sorte « d’échapatoir »alors que le formateur doit surtout élaborer une approche systématique pour identifier les besoins et priorités des populations concernées, construire, concevoir, et se donner les moyens d’évaluer la formation dont la population concernée à besoin. C’est juste un avis.

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      Mathilde Bourdat

      Mathilde Bourdat Il y a 2 années

      @Michel Non, on ne contrôle pas ce qui est informel. Cependant, on peut créer des conditions propices aux apprentissages informels, et cela justifie de bien cerner cette notion, et d’explorer les conditions d’émergence de ces apprentissages. D’autre part, le formateur « contrôle »-t’il tant que cela ce qui est formel ? Certes, il diagnostique les besoins, conçoit, évalue … Cependant, au final, n’y a t’il pas toujours une part qui n’appartient qu’à l’apprenant, qui se traduit par la construction mentale qu’il élabore à partir de notre « conception » ? Finalement, même lorsque nous concevons une formation formelle, ne sommes nous pas davantage des « facilitateurs » que des « format – eurs » ?

    Michel Couroux Il y a 2 années

    Ne cherche-on pas à se polariser sur des mots et des définitions qui n’ont qu’un intérêt relatif puisqu’on ne contrôle pas ce qui est informel.
    Ne sommes nous pas là dans une sorte « d’échapatoir »alors que le formateur doit surtout une élaborer une approche systématique pour identifier les besoins et priorités des populations concernées, construire, concevoir, et se donner les moyens d’évaluer la formation dont la population concernée à besoin. C’est juste un avis.

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    michel verstrepen Il y a 2 années

    Au delà de l’intention et des objectifs, se pose la question du bénéfice et de la valorisation (épanouissement ou évolution salariale versus productivité … ) qui donne lieu à des appréciations diverses (personnel, social versus strictement professionnel) à différents moments de la formation.

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    Jean-Marc PARANT Il y a 2 années

    Bonjour Mathilde. N’y a t’il pas une erreur dans la grille de lecture ? A la lecture de l’article j’attendrai plutôt pour le critère « Objectifs » une tendance à l’informel lorsque le choix est celui de l’apprenant.
    Cette présentation est, par ailleurs, très éclairante mais pose aussi de nombreuses questions. Ainsi pour moi la notion d’apprentissage formel ou informel tient plus dans la modalité. L’apprenant peut identifier et exprimer des besoins de formations qu’il va atteindre par un apprentissage formel qu’il se fera prescrire.

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      Mathilde Bourdat

      Mathilde Bourdat Il y a 2 années

      Bonjour Jean-Marc Oui, c’est bien ce qui apparaît dans le schéma : la formation informelle est celle dont les objectifs sont déterminés par l’apprenant. On peut croiser avec les modalités, mais le critère du choix des objectifs me paraît plus intéressant dans le questionnement qu’il induit. Si par exemple une entreprise organise des formations terrains, avec des objectifs prescrits, nous sommes dans le formel (alors qu’une simple lecture par modalité aurait incité à rapprocher « formation terrain » de « informel »). La question centrale est donc « à qui revient l’initiative » plus que « quelle sera la modalité ».

    Dominique de LOUBRESSE Il y a 2 années

    Bonjour Mathilde,
    Vous avez raison de souligner ce paradoxe car l’absence d’intentionnallité souligné dans la grille suggère qu’on reconnaisse le caractère informel d’un apprentissage après et non avant d’y recourir.
    Sans doute faut-il tendre à instaurer un état d’esprit favorable aux apprentissages informels plutôt que de vouloir inculquer à tout prix. En développant des qualités comme l’ouverture d’esprit, l’empathie, la tolérance ou la sérendipité par exemple (voir http://atoutscompetences.blogspot.fr/2014/03/la-serendipite-une-qualite-developper.html), on encourage des comportements propices à tout ce qui relève de l’informel. Mais cela reste difficile à évaluer …
    Cordialement
    Dominique

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      Mathilde Bourdat

      Mathilde Bourdat Il y a 2 années

      @Dominique, oui, apprendre est sans doute principalement une question de posture …

    Jean-Louis VINCENT Il y a 2 années

    Intervenant depuis de nombreuses années sur les formations et animations « pour apprendre à apprendre » ou de médiation cognitive, les réflexions que je me suis posées et me posent encore m’apparaissent en corrélation avec celle que vous proposez.
    Pour ma part et au vu de mon expérience, l’apprentissage n’est durable que s’il passe par le filtre des modes d’acquisitions personnels des intéressés qui sont par définition singuliers. L’ancrage passe le plus souvent par les liens que l’intéressé tisse entre ce qu’il apprend et son vécu. Je ne saisis clairement pas pour le moment, mais vais y réfléchir, le niveau du curseur formel/informel dans la posture que je tente de mettre en place dans les accompagnements (transitions professionnelles, bilan de compétences,..) ou formations Activolog que j’anime. Votre article m’interpelle à ce sujet.
    Le blog Apprendre à apprendre récemment créé a pour but d’échanger justement sur l’analyse de pratiques non formelles ou seulement partiellement formelles http://lc.cx/P8T .
    Jean-Louis Vincent

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      Mathilde Bourdat

      Mathilde Bourdat Il y a 2 années

      @Jean-Louis Vincent Merci de votre retour, au plaisir de partager avec vous la suite de vos réflexions.

    Arnauld de Nadaillac Il y a 2 années

    Merci Mathilde pour cet éclairage…
    On pourrait peut-être utiliser cette grille lors de discussions sur la mise en place d’un systèmes de mentoring-coaching.
    On parle de mentoring formel ou informel, de développer une culture de mentoring, de plan de mentoring….Cet outil peut aider à faire préciser la demande.
    A suivre donc

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      Mathilde Bourdat

      Mathilde Bourdat Il y a 2 années

      Bonjour Arnauld Oui, finalement tutorat et mentoring eux mêmes peuvent être plus ou moins formels. Ce que je sais de mon expérience de tutrice, c’est que trop de formalisme (les compte-rendus, le suivi des temps …) peut être nuisible aux échanges …