Qu’est ce qui plaît dans les MOOCs ?

Par le 4 mai 2014

La participation à un MOOC génère un taux de satisfaction comparable à celui d’une autre formation en ligne. Et les MOOCs ont leurs aficionados. En témoignent à la fois une enquête initiée sur ce blog en novembre dernier, et le récent baromètre Cegos sur la formation professionnelle. Les MOOCs apparaissent à ceux qui les fréquentent comme un moyen valable d’apprendre. Quels sont les motifs de satisfaction – et d’insatisfaction – des « MOOCers ». Et quelles leçons en tirer pour les MOOCs Corporates ?

Au fait, de quoi s’agit-il ?

Vous n’êtes pas très sûr (e) de bien savoir ce qu’est un MOOC ? Pas d’inquiétude, vous n’êtes pas seul (e) !

Baromètre Cegos de la formation professionnelle, 850 salariés (réponses en bleu), 395 DRH ou RF (réponses en jaune)

Notoriété MOOC

Un MOOC, c’est donc un Cours en Ligne Ouvert et Massif – un cours totalement à distance, gratuit, et plus ou moins participatif.
Pour une typologie à jour des MOOCs on peut se référer au récent article de Matthieu Cisel, qui montre bien l’évolution vers de nouvelles ingénieries pédagogiques : MOOC basé sur la pédagogie par projet, MOOC orienté vers  la résolution de problèmes réels d’entreprises …

Le taux de satisfaction qui apparaît dans le baromètre Cegos est comparable à ceux des formations « tout en ligne » en général
Baromètre Cegos de la formation professionnelle (réponse des salariés qui ont suivi un MOOC).


Satisfaction MOOC

 

La somme des réponses « Parfaitement bien » + « Assez bien » est donc de 82%. On peut comparer ce résultat avec celui de réponses à une question couvrant l’ensemble des modalités.
Baromètre Cegos Formation Professionnelle 2014. Réponses des salariés ayant eu accès à la formation depuis moins de trois ans.


satisfaction toutes modalités

 

Le taux de réponses positives des participants à un MOOC est donc comparable à celui des participants des formations totalement à distance et en ligne.

Et ceux qui ont suivi un MOOC considèrent majoritairement cette formule comme un moyen valable d’apprendre. Ils vont en cela plus loin que les répondants DRH ou RF :
Baromètre Cegos Formation Professionnelle 2014. Réponses des salariés et des DRH sachant ce qu’est un MOOC
MOOC moyen valable

 

 


 

J’ai par ailleurs réalisé une enquête en ligne à partir de ce blog, en novembre dernier. Les questions étaient rédigées selon la grille de lecture IMAIP, de Marcel Lebrun.
Les réponses des 49 répondants montraient des taux de satisfaction très élevés (voir l’intégralité des réponses ici)

En particulier :
85% des répondants estimaient que cette formation leur serait très utile

enquête MOOC 2

73% estimaient que les contenus étaient tout à fait adaptés à leurs besoins

enquête MOOC 3

Et les réponses démentaient formellement l’adage selon lequel « ce qui est gratuit n’a pas de valeur »

enquête MOOC 4

Dans aucune des deux enquêtes nous n’avons demandé aux participants de préciser quel (s) MOOC (s) ils avaient suivi (s). Mais ils l’ont parfois indiqué spontanément dans les verbatims, révélant une grande diversité : MOOCs francophones, de grandes écoles, d’universités ou d’organismes privés, MOOCs anglophones d’ universités américaines ou européennes …
Evidemment, les profils des répondants au baromètre Cegos (22% de cadres, 44% de techniciens, agents de maîtrises, 22% d’employés) sont sans doute très différents de ceux des répondants à une enquête en ligne sur le blog de la formation professionnelle.
Mais on peut au moins déduire de l’ensemble de ces chiffres que :
–          Les MOOCs sont vraiment installés dans l’offre de formation,
–          Ils conviennent aux stratégies d’apprentissages, aux motivations, aux besoins, d’une partie des apprenants – « l’apprenant rêvé  des MOOCs » existe bien !
Ce sont les verbatims des répondants qui nous permettent de mieux comprendre ce qui plaît – ou ne plaît pas –dans les MOOCs

Facteurs de satisfaction et d’insatisfaction

Verbatims des répondants au baromètre Cegos

Les « satisfaits »

« Une formation individualisé et en réponse à mes interrogations », « efficacité », « Formation complète, agréable et non fastidieuse, c’est l’avenir de la formation gratuite en ligne » ; « très ludique. c’est très pratique, on peut bénéficier de conseils  et c’est très formateur ». « Très simple d’utilisation et très interactif » « Pratique et enseignement de qualité ».

Les « peu ou non satisfaits »

« Trop généraliste. Le cours est beaucoup trop « survolé ». pas assez d’explication par le formateur ». « Les supports sont insuffisants. la durée est trop courte ». « Le MOOC est très bien, et répond bien aux besoins, néanmoins je trouve qu’il ne m’était pas complétement adapté et je me suis un peu ennuyée ».

De son côté, l’enquête en ligne effectuée à partir du blog a également permis de recueillir des verbatims. Et je l’ai complétée par 12 entretiens menés auprès de « MOOCers ».

Voici les expressions clés que je retiens :

Enquête MOOC 5

Du plaisir, donc, lié à la qualité des ressources, aux échanges avec l’équipe enseignante et les autres participants.
Des échanges, de l’ouverture.
La distance n’empêche pas la rencontre, l’émotion partagée (voir les vidéos des autres, se sentir membre d’une communauté).

Et surtout une puissante motivation liée à l’autonomie : choisir son MOOC, son niveau d’engagement, s’organiser en fonction de ces choix.

On retrouve lien un lien évident avec la corrélation entre motivation et auto-détermination des apprentissages (Nuttin).

 

Quels enseignements peut-on tirer de ces verbatims ?

1er enseignement : qualité et enseignement d’un MOOC

La qualité et l’utilité d’un MOOC pour ses participants relèvent des mêmes principes que ceux de toute conception pédagogique. A cet égard, le modèle IMAIP de Marcel Lebrun, incarné par le MOOC Elearn2, peux servir à la fois de guide pour la conception et pour l’évaluation pédagogique :

– Motivation : caractère personnel de l’apprentissage- de nombreux MOOCs incitent ainsi les apprenants à créer leur « espace personnel d’apprentissag », à sélectionner les ressources en fonction de leurs propres objectifs.

– Information : ressources mises  à disposition pour apprendre. La qualité des ressources proposées, leur cohérence avec les objectifs pédagogiques visées, sont  déterminantes pour la qualité du MOOC.

– Activités de l’apprenant : elles doivent également être cohérentes avec les objectifs. L’article pré-cité de Matthieu Cisel montre que de nombreux MOOCs vont bien au-delà du couple vidéos-quiz…

– Interactivité : le « community management » est essentiel à la qualité du MOOC. Un sentiment d’appartenance peut voir le jour, des équipes se constituer pour travailler ensemble et à distance, mais nous ne sommes pas là devant de la « germination spontanée ». Les conditions d’émergence des échanges et de  la coopération doivent être  prévues lors de la conception du MOOC et encouragées tout au long de son animation.

–Production : les “livrables” (learning outcomes) produits par l’apprenant, qui reflètent sa compréhension et le degré d’atteinte des objectifs. La nature, la complexité, les conditions de réalisation (seul ou en équipe) de ces livrables doivent donc être soigneusement pensés en relation avec les objectifs visés.

2ème enseignement : libre choix et niveau d’engagement

Le libre choix, à la fois du MOOC et du niveau d’engagement – y compris le droit de ne pas aller au bout lorsque l’on a trouvé ce que l’on venait y  chercher – semblent un facteur essentiel de motivation.

Cela peut poser question pour les MOOCs Corporate. « Les entreprises s’étant lancées dans l’aventure apprécient en premier lieu son avantage low-cost permettant de dispenser des formations à un plus grand nombre pour un moindre coût.(…). C’est aussi leur aspect évolutif, leur souplesse, l’interaction et l’évaluation finale qui a séduit les RH. », note Filipine Guyaunnaud dans Actu RH.

Oui, mais qu’en sera-t’il de la motivation si le MOOC devient obligatoire, un outil parmi d’autres de la politique de formation de l’entreprise ? Quels choix laisser à l’apprenant dans ce contexte ?

Une question, me semble – il, à mettre au coeur de la réflexion des concepteurs, à  l’heure ou nombre de grandes entreprises envisagent de se lancer dans le MOOC Corporate.

 

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Mathilde Bourdat

Mathilde Bourdat Il y a 5 mois (18h18)

@Udar Passer un diplôme d'Harvard gratuitement via un MOOC ... on n'en est pas tout à fait là, mais je partage votre optimisme. Pour moi, les MOOCs sont surtout une meilleure chance d'accès à la connaissance pour de nombreuses personnes pour qui l'accès aux institutions de formation - initiale ou
continue - est difficile. Et ça, c'est bien. Lire la suite

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Udar Il y a 5 mois (12h54)

Avec une plus grande ouverture liée au déploiement prévisible de la fibre optique dans notre pays,, Les Moocs, peuvent s'attendre à un succès surprenant. La tendance, est bien aux entreprises "neuronale", la formation, enfin redécouverte dans notre pays, profitera de cette "virtualisation" de l'enseignement. Et puis pouvoir décrocher, sans quitter
son domicile un diplôme au M.I.T, ou Harvard, c'est fort ! Lire la suite

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JM PARANT Il y a 8 mois (09h25)

Merci pour cette analyse. Je pense qu'avec les MOOC, on assiste à une transition du "management de la formation directif" vers"l'accompagnement du développement participatif". Cependant il faut tenir compte, comme vous le dites, de la motivation. Quid de ceux qui n'ont pas d'appétence pour la formation (cf. votre Barometre CEGOD
sur les "non formés") Lire la suite

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