Les MOOCs sont-ils faits pour l’entreprise ?

    Par le 4 novembre 2013

    Les MOOCs agitent le monde de l’enseignement supérieur et plus largement la formation tout au long de la vie. Les projets fleurissent et certains concernent directement les entreprises : gestion de projet, droit des sociétés, management de la diversité, finance, créativité,… Leur popularité justifie-t-elle un intérêt des départements formation des entreprises ?

    Mon objectif n’est pas d’écrire un énième billet sur ce qu’est un MOOC mais d’identifier la place qu’ils peuvent prendre dans la formation Corporate.

    Les MOOCs et le monde de l’entreprise, un choc culturel

    Les MOOCs ont des origines académiques, principalement initiés par le monde universitaire. Ils rencontrent un succès important auprès des salariés en postes ou en reconversion. Leur flexibilité et leur caractère connectiviste plaisent, les certifications et autres open badges sont un atout sur le CV, les institutions publiques s’y mettent et c’est l’emballement.

    Le phénomène des MOOCs est aujourd’hui trop englobant pour se caser directement dans les problématiques de l’entreprise. Même si l’offre est embryonnaire, les entreprises commencent néanmoins à s’intéresser au sujet et à regarder comment appliquer ces solutions dans leur stratégie de formation Corporate.

    Reste que les termes « Massive », c’est-à-dire qui concerne un large nombre de personne, et «Open», conçu pour être ouvert à tous, sont difficilement compatibles avec leur monde, où la formation doit être en ligne avec la stratégie, souvent confidentielle, et adaptée aux enjeux organisationnels internes.

    corporate MOOC

     Parcourons les atouts et les challenges que peuvent présenter les MOOCs en entreprise :

    Les Atouts des MOOCs pour l’entreprise

    • L’agilité : la formation est accessible par internet de partout (travail, transport, domicile) et à tout moment. Les MOOCs abordent une thématique générique sur un format plutôt court, de 1 à 6 mois à raison de 3-4h par semaine, principalement en asynchrone. Le format est idéal pour convenir aux emplois du temps surchargés des salariés.
    • Le coût : même si les MOOCs ne seront pas gratuits pour les entreprises, ils resteront très attractifs du fait de la massification et de la standardisation. Alors qu’elles  dépensent en moyenne 1500€ par an et par salarié en formation, les MOOCs constituent une offre quasi-gratuite sur les compétences de base. Enfin un une solution abordable pour les entreprises de toutes tailles, TPE et PME comprises !
    • Le connectivisme : les MOOCs offrent des possibilités d’apprentissage social par les échanges entre pair, en interne et au-delà des frontières de l’entreprise. En interne, ces solutions ont l’intérêt de développer la connexion entre individus de Business Units ou de pays différents. En externe, elles développent l’ouverture et le benchmark.

    Les challenges

    • Le degré de sur-mesure : pour tout un pan de la formation Corporate (Aligner les collaborateurs sur une culture groupe, accompagnement du changement…), l’adaptation du contenu à la réalité du contexte de l’entreprise est indispensable. Les contenus génériques des MOOC ne s’adaptent pas forcément aux processus, outils, vocabulaire spécifique de chaque entreprise. Leur choix pourra alors s’orienter vers le Small Private Online Course, mais alors quelles différences avec les solutions elearning actuelle ?
    • L’impact de la formation :  Le lien entre l’environnement du MOOC avec le monde réel de l’apprenant n’est aujourd’hui pas évident, d’une part sur la mise en pratique des activités du MOOC dans la réalité opérationnelle de l’apprenant, d’autre part sur le rôle du manager et de l’organisation qui vont conditionner le transfert des acquis dans leur travail. Le risque étant la frustration du MOOCer qui est en incapacité d’appliquer concrètement dans son contexte ce qu’il a appris d’une manière formelle, sociale ou informelle. L’enjeu est la démonstration de la valeur ajoutée du MOOC pour l’individu et pour l’organisation.
    • L’accessibilité : tous les salariés n’ont pas appris à apprendre en ligne d’une manière autonome (voir l’apprenant rêvé des MOOCs). Il faut aujourd’hui une bonne dose de motivation et d’organisation pour pouvoir suivre un xMOOC tout en continuant son activité. Tous ne l’ont pas. Le taux d’abandon reste d’ailleurs une problématique majeure. La démocratisation des MOOCs et l’appel au plus grand nombre a estompé la notion de prérequis en termes de compétences et d’accompagnement, qui restent des éléments clés dans la réussite du programme proposé. Des solutions devront être développées sur une structuration par niveau et par métier des MOOCs.
    • La localisation en fonction des pays : beaucoup d’entreprises ont des implantations internationales. Un certain nombre de sujets dépendent des spécificités des pays, de leur langue bien sûr mais aussi de leur culture et de leur réglementation. Ce challenge existe pour la formation existante. Elle l’est également pour les MOOCs. La solution des MOOCs doivent-elles alors être internationale, régionale ou multilocale ? Cela dépendra des offres.

    Le marché en construction

    Les MOOC vont vraisemblablement se spécialiser, le marché va se segmenter. Des MOOCs alignés avec les besoins réels des entreprises sont lancés. Beaucoup d’innovations sont attendues sur les offres, les pédagogies, les évaluations… Il y aura de nombreuses initiatives mais il est à craindre que nombre d’entre eux n’auront pas de lendemain faute de qualité de contenu et d’excellence pédagogique.

    Alors faut-il attendre que le marché se structure ? Pas forcément… Les entreprises peuvent explorer quelques pistes :

    •  Offrir une option du «training on demand» pour les compétences génériques de base que tous les employés doivent maîtriser (formation outils bureautiques, gestion du temps,…). Le MOOCs doit rester une initiative personnelle. Néanmoins, les départements Learning and Development peuvent sélectionner les MOOCs les plus pertinents par rapports à leur culture et leur plan de formation et accompagner les apprenants dans le suivi de ces programmes.
    • Développer un MOOC sur mesure pour former son réseau de distribution, ses clients ou utilisateurs. Plusieurs sociétés américaines s’y sont déjà aventurées, comme par exemple SAP avec Open.SAP.com ou Bank of America avec Khan Academy.
    • Utiliser les MOOCs pour encourager la culture de l’autoformation dans les entreprises. Développer des communautés d’apprentissage des salariés ayant opté pour ces solutions et ainsi décloisonner les services.
    Alors, les Moocs, an Obvious Opportunity for Corporation ?

     

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    Camille Il y a 3 années

    Je trouve personnellement les MOOCS efficaces dans les formations en entreprise, pourvu que ce soit bien encadré. de plus le processus est très flexible. un article très intéressant. merci

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      Mathilde Bourdat

      Mathilde Bourdat Il y a 3 années

      @Camille Merci de votre commentaire. Avez vous déjà expérimenté des MOOCs dans le contexte de la formation en entreprise ?
      Bien amicalement
      Mathilde

    Rémi Bachelet Il y a 3 années

    une réflexion très intéressante…

    Pour ce qui me concerne (=le MOOC GdP) on a un dispositif de formation à la fois universitaire et directement applicable. Le but d’origine du cours était de guider les centraliens dans leur démarrage de projet et bien sur c’est une problématique bien adaptée pour attirer les professionnels. Organiser des réunions, faire des comptes-rendu, préparer un planning…

    Un reproche sur l’article : pour moi, il manque une thématique : quand une entreprise en ouvre une formation à *tous* ses salariés elle pose un acte important (l’AUF disait « même le gardien peut s’inscrire »). Cette ouverture, même à l’échelle de l’entreprise a des avantages..

    => Je pense qu’un des conséquences les plus importantes est la mise en évidence de talents et de compétences non détectées par les RH auparavant, notamment dans la capacité à aider les autres, l’engagement dans le travail, l’originalité des solutions proposées dans les travaux rendus… toutes choses qui vont émerger grâce au fait de « donner sa chance » à tout le monde. Je pense que les entreprises ont énormément à gagner de ce coté.

    Recruter des potentiels c’est beaucoup d’énergie et d’argent, mettre en évidence le potentiel inexploité que l’on a, c’est un vrai point de progrès.

    bref, il manque un atout !

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    Mathilde Bourdat

    Mathilde Bourdat Il y a 3 années

    Merci Stéphane pour ce billet qui apporte un éclairage très intéressant. Finalement, il me semble que questions que tu poses ne sont pas spécifiques aux MOOCs: degré de sur mesure, impact de la formation et question du transfert en situation de travail, localisation. Ces questions se posent déjà dans les dispositifs présentiels ou blended. Et les réponses résident dans la capacité à insérer la formation dans un système, intégrant les dimensions de l’accompagnement et du management.

    Je partage avec toi l’idée que les « SPOCs » pourraient être une solution pour aller vers plus de sur mesure, sachant qu’ils pourraient aussi embarquer certains contenus génériques des « MOOCs ». Et ma réponse à la question « quelles différences avec les solutions elearning actuelles » serait que la réflexion sur le dispositif intégrera désormais nécessairement le positionnement du curseur entre les pôles « académique » et « connectiviste », et la part d’intégration de ressources pré-existantes en ligne.

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    Jacques Dubois Il y a 3 années

    Bonjour et merci pour cet article pertinent.
    Je réagis à deux idées présentées dans cet article :
    1 – « Les départements Learning and Development peuvent sélectionner les MOOCs les plus pertinents par rapports à leur culture et leur plan de formation et accompagner les apprenants dans le suivi de ces programmes. » Je suis tout à fait d’accord avec cette idée. J’accompagne moi-même 25 personnes dans le MOOC ITyPA et je constate que cet accompagnement est très important (cf. le blog compagnon de ce suivi). Il apporte d’une part, une contextualisation du MOOC à la culture et aux contraintes locales, et d’autre part, un cadre sécurisant pour les participants qui sont facilement décontenancés par l’approche connectiviste de la formation.
    2 – « Utiliser les MOOCs pour encourager la culture de l’autoformation dans les entreprises » C’est à mon avis un super tremplin pour développer la formation tout au long de la vie puisque dans un MOOC on doit diriger sa formation, se fixer des objectifs, s’évaluer, etc… toutes ces compétences sont indispensables et permettent effectivement de développer une culture de l’autoformation.

    merci encore pour votre article,
    cordialement

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    Willy Legros Il y a 3 années

    Très bon article Stéphane. Je crois que les limites sont cernés pour le monde de l’entreprise. Malgré tout leur caractère asynchrone, instantané et choisi correspond parfaitement aux générations Y et Z. Je crois qu’il s’agit d’un vrai levier pour developper les compétences génériques. A chaque entreprise de mettre en avant la crédibilité et la consistence autour des MOOCs. Cela necessite un investissement majeur…on est donc loin du gratuit ou du faible cout, a mon avis

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      Stéphane Canonne

      Stéphane Canonne Il y a 3 années

      Willy, je pense également que l’investissement de l’entreprise en termes d’accompagnement, de veille et de pilotage ne sont pas à négliger!

      A bientôt,
      Stéphane