Quel avenir pour les learning objects ?

Par Eric Segonds le 23 octobre 2012

Evoquées dans de précédents billets, les briques pédagogiques ou Learning Objects (LOs) constituent aujourd’hui une solution efficace pour repenser un catalogue de formation et anticiper la réutilisation de certaines séquences pédagogiques majeures.

Pour autant, le nombre d’expérimentations en entreprise reste proportionnellement faible au regard des dispositifs traditionnels, particulièrement pour la France en retard par rapport au monde anglo saxon. Il est d’ailleurs à noter que ces dernières expérimentations se situent principalement dans des contextes universitaires (1).

Définition des learning objects

Revenons tout d’abord sur la définition des LOs. Si on se rapporte à Wikipédia les LOs se définissent comme « une unité , numérique ou non-numérique, utilisée pour apprendre, s’instruire ou se former » (The Institute of Electrical and Electronics Engineers (IEEE))

Quelles sont les principales caractéristiques des LO ?

Les caractéristiques principales des LOs sont d’être à la fois indépendantes, facilement réutilisables et associables entre elles. Elles sont également facilement repérables dans une base de données grâce à leur indexation et de durées variables (Robert J. Beck).

La notion de LOs réutilisables (ou RLOs« Reusable Learning objects) trouve son origine dans l’univers de l’informatique et des problématiques de programmation associées pour s’étendre aujourd’hui au monde de l’éducation de manière plus générale.

Le retour d’expériences de plusieurs projets de formation ou refonte d’offre interne de stages m’amène à partager à la fois les intérêts évidents et les limites des LOs. D’autant que l’approche divise encore les concepteurs et animateurs internes partagés entre les tenants d’une industrialisation de la formation et les adeptes d’une prise en compte du contexte particulier de chaque projet de formation.

3 intérêts majeurs : Gain de temps, Capitalisation des savoirs, Alignement sur des contenus de référence

Parmi les intérêts reconnus et appréciés des LOs, on peut citer tout d’abord le gain de temps non négligeable lors de la conception, après avoir défini le process d’industrialisation des LOs. La démarche utilisée consiste en effet, une fois l’étape de « définition des standards » passée, à appliquer ceux-ci au process métier et compétences visées. Les standards des LOs se traduisent par des modèles d’itinéraire pédagogique, de guide animateur, de livret stagiaire, de modalités pédagogiques (présentiel, e learning, informelle) à disposition du concepteur. Cette démarche trouve un écho particulièrement favorable dans le cadre de formations outil ou fortement orientées process dont les acteurs projets sont culturellement plus réceptifs.

Au-delà du temps gagné en conception, l’approche LOs permet également de capitaliser de manière évidente sur les contenus de référence auxquels les organisations souhaitent voir se référer les acteurs de la formation. Les LO constituent de ce point de vue une réponse pertinente à la tentation toujours présente de « réinventer » des contenus pourtant existants et stabilisés au risque d’en modifier le sens et la portée.

3 points de vigilances dans la mise en œuvre : Calculer l’intérêt de l’investissement initial, Prendre en compte le contexte d’apprentissage, Préserver la créativité du concepteur

Concevoir des LOs dans le cadre d’un projet ou d’une réflexion de refonte d’une offre formation consiste, avec un mode projet rigoureux, à mettre à plat et à « découper » le contenu selon le bon niveau de granularité. Il peut également impliquer, une fois précisés les objectifs et contenus, une déclinaison dans une ou plusieurs modalités pédagogiques. Toute cette démarche représente donc un investissement temps non négligeable des acteurs concernés, experts et pédagogues, et la mise en place d’outils de mise à disposition pertinents. Cet investissement sera donc à apprécier en fonction du périmètre d’offre concernée et du nombre de participants visés.

Mettre en œuvre des LOs implique également un accompagnement des concepteurs afin d’éviter de tomber dans l’écueil d’une utilisation mécanique de ceux-ci sans prise en compte des problématiques actuelles d’apprentissage et des attentes particulières des cibles visées. Si le modèle du concepteur isolé dans sa tour d’ivoire, seul détenteur de contenus d’expertise est bien révolu, la véritable plus-value du concepteur est bien de devenir, au sens noble du terme, « architecte de solution ». La réflexion de Raffaele Simone (2) sur l’impact de la culture Web éclaire l’enjeu pour le concepteur de s’assurer d’une véritable « charpente du savoir caractérisée en Occident par la systémacité et l’encyclopédisme ». La qualité de l’agencement des LOs entre elles dans cette perspective de hiérarchisation des savoirs et de culture générale minimum maîtrisée, la pertinence des modalités pédagogiques choisies et le pilotage associé à la mise en œuvre de celles-ci restent les conditions clé de la réussite dans l’approche LOs.

Notre expérience de réalisation de dispositif dans une logique de LOs m’amène à partager un dernier point de vigilance. Il s’agit de l’importance de préserver les possibilités créatives du concepteur en intégrant par exemple un cas fil rouge ou un principe de scénarisation pédagogique plus global. Cette architecture comporte en effet les avantages de redonner le « liant » en dépassant la simple logique d’agencement mécanique des LOs.

En conclusion

Les LOs constituent une solution d’avenir à condition de prendre en compte à la fois leurs avantages et limites au regard des enjeux propres à chaque organisation. A l’échelle mondiale et grand public, l’Académie Salman Kahn (www.khanacademy.org) constitue une illustration de déclinaison d’une approche de type LOs. Son modèle pédagogique, fait de vidéos et d’exercices ludiques entièrement gratuits, bat aujourd’hui des records de connexion et a été désigné par Bill Gates comme « le futur de l’éducation ». Dans le contexte d’accélération de la mise à disposition de contenus sur internet, la course contre la montre entre les acteurs du marché de la formation a déjà commencé. Les LOs proposés par les professionnels de la formation devront ainsi faire la preuve de leur pertinence en termes de contenu et pédagogie dans des « business et learning models » repensés.

(1) Cisco, MERLOT (http://www.merlot.org), RLO-CETL (http://www.rlo-cetl.ac.uk), WiscOnline (http://www.wisc-online.com)

(2) Professeur de linguistique à l’Université de Rome 3 et auteur d’un nouvel essai à paraître chez Gallimard « Pris dans la toile, l’esprit à l’ère du Web »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Quel avenir pour les learning objects ? | ANDRA… Il y a 11 mois (13h53)

[...] Evoquées dans de précédents billets, les briques pédagogiques ou Learning Objects (LOs) constituent aujourd’hui une solution efficace pour repenser un catalogue de formation et anticiper la réutili...  [...]

Répondre

Nouvelles du REFAD Il y a 1 année (21h03)

[...] l’article via le blogue formation-professionnelle.fr (France) : http://www.formation-professionnelle.fr/2012/10/23/quel-avenir-pour-les-learning-objects/ L’intégration des TIC au Canada [...]

Répondre

Maud Guenot Il y a 1 année (07h56)

Bonjour Mathilde, Je suis d'accord avec toi. Si l'objectif est d'industrialiser les savoirs, le LO ne peut pas être modifiable. Je serais très intéressée par connaître l'expérience d'une entreprise française qui a réussi à optimiser son budget par ce biais. A côté de cet objectif d'industrialisation, je pense que le concept de
LO pourrait être récupéré pour d'autres utilisations, telles que la diffusion des savoirs individuels. Lire la suite

Répondre
Mathilde Bourdat

Mathilde Bourdat Il y a 1 année (16h53)

Bonjour Maud oui, la question se pose d'emblée. Si l'on est dans un model "industriel", le "lo" est figé pour une période, et seul son "référent" est en pouvoir de le modifier. Avantage: gain sur les coûts de conception, maîtrise du "versionning" (on est sûr que chacun dispose de la même
version, que la mise à jour impacte tout le monde en même temps...). Inconvénient: les formateurs, qui comme chacun sait sont de grands indépendants, risquent d'avoir du mal à s'approprier ce grain "figé". D'où la tentation de permettre un enrichissement permanent. Mais de fait, il me semble que le "lo" s'inscrit plutôt dans une logique d'industrialisation, et que les entités qui font ce choix optent généralement pour la première solution... Lire la suite

Répondre

Maud Guenot Il y a 1 année (08h11)

Heureuse de te lire sur ce blog Eric! Un idée lancée par François Debois que je trouvais très pertinente, était de rendre ces LO "sociaux", c'est-à-dire évolutifs. Chaque consultant ou chaque apprenant pouvant ajouter une brique de savoirs, un commentaire, une contextualisation. Cela va venir percuter l'argument de l'alignement des contenus
de référence. Mais combien de temps un contenu peut-il rester "de référence" aujourd'hui? Lire la suite

Répondre

Quel avenir pour les learning objects ? – Le blog de la formation professionnelle et continue Il y a 1 année (13h05)

[...] à voir sur www.formation-professionnelle.fr Ce contenu a été publié dans Non classé par Veronique. Mettez-le en favori avec son [...]

Répondre