Evaluer la formation « blended » (mixte)

Par le 18 juin 2012

Formation « blended », formation « mixte »: des expressions qui désignent des dispositifs de formation intégrant plusieurs modalités de formation. Est dite « blended » une formation qui intègre au moins deux modalités parmi lesquelles  du présentiel, de la formation en ligne (modules e-learning, formation synchrone via le web, site collaboratif…), des séquences d’apprentissage en situation de travail planifiées et accompagnées … Comment composer le mix idéal? Existe- t-‘il des méthodes pour évaluer la qualité du mix? De nombreuses recherches nous aident à répondre à cette question.

Ce n’est pas tant chaque  modalité en elle-même qui compte, que la qualité de la conception du dispositif

La « meta-analyse » (démarche statistiques combinant les résultats d’une série d’études indépendantes sur un problème donné, wikipedia) de 355 études montre que le facteur d’apprentissage le plus important est la qualité de la conception, plus que la modalité – présentiel ou formation en ligne (T§D, avril 2012). 

Une autre meta-analyse menée par le Département de l’Education des Etats-Unis montre une supériorité du « blended » sur la formation purement en ligne ou sur la formation purement présentielle (les résultats en terme d’apprentissage de ces deux dernières modalités étant statistiquement équivalents).

Ainsi que l’indique le commentaire « l’avantage du blended n’est pas forcément dû aux media utilisés en soi, et peut refléter des différences en terme de contenu, de pédagogie, et de temps d’apprentissage ».  Dans beaucoup des études donnant l’avantage au blended, c’est la combinaison des éléments, intégrant souvent plus de temps pour apprendre, plus de ressources, et plus d’opportunités pour collaborer, qui fait la différence en terme d’apprentissages.

Par exemple, les formations en ligne sont plus efficaces si elles donnent aux apprenants le contrôle de leurs interactions, et si elles encouragent sa réflexion.

 Et il apparait plus efficace de fournir un accompagnement individuel à chacun que de fournir un accompagnement collectif au groupe d’apprenants – cet accompagnement collectif influence cependant la façon dont les apprenants interagissent.

 Mais où est le blended?

Une grille de lecture intéressante est donnée par Engelbrecht, Lazenby et Le Roux (2005), à propos d’un dispositif blended pour l’enseignement des mathématiques. Dans le diagramme ci-dessous (source précitée), la surface couverte par le diagramme donne une indication de la place du blended dans le dispositif. Je reprends ici largement la présentation de ce travail faites par Harding, Kaczynski et Wood lors du Symposium « UniServe Science Blended Learning » (Afrique du Sud, 2005).

Dynamique: quelle est la fréquence nécessaire des accès (en ligne) pour maîtriser les apprentissages? « 1 fois pour l’ensemble du cours » =1, « Une fois par mois » = 2, « une fois par semaine » = 3, « 2-3 fois par semaine »= 4, « tous les jours » = 5.

Evaluation: quelle est la part de l’évaluation faite en ligne? De « peu » (1) jusqu’à « entièrement » (5).

Communication: quelle est la part des échanges qui ont lieu à distance? « Peu »=1 , « Presque la moitié »=2, « Plus que la moitié »= 3, « Presque tout » »= 4, « Tout »=5

Contenu: quelle est la part du contenu accessible en ligne? Un point par type de contenu (programme, support ressource, données administratives…) jusqu’à 5.

Richesse: Quelle est la part de « rich media » que comporte le cours en ligne. De « 1 composants » à 5, « 1 » étant l’envoi de texte en ligne.

Indépendance Quelle est le poids du face à face dans la réussite de la formation?  « 1 »: 100% présentiel, la connexion web n’est qu’un « + ». « 2 »: il y a des cours en face à face mais l’évaluation ou l’accompagnement se font en ligne. « 3 »: il y a peu de contacts en présentiel. « 4 »: les contacts en présentiel sont sporadiques. « 5 »: il n’y a pas de contacts en présentiels.

Les trois dimensions du haut, « Dynamique », « Evaluation » et « Communication » ont trait aux interactions. Si le diagramme couvre une large surface en haut, cela montre qu’il y a plus d’interactions via le web. Les dimensions « contenus, richesse et indépendance » ont trait aux ressources: une large surface couverte dans le bas du diagramme montre que le contenu est davantage fourni via le web.

 Donc, le diagramme, appliqué à l’ensemble d’un dispositif, nous montre où il est véritablement « blended ».

Le blended vu par les apprenants

Plusieurs études (Université de Pretoria (2005), Kaleta, Skibba et Joosten (2007),   rendent compte de l’évaluation du blended,  par les apprenants ou par les concepteurs des dispositifs.

– les apprenants apprécient la flexibilité apportée par les modalités en ligne

-ils se plaignent du manque d’attention lorsqu’un problème technique apparaît, du délai trop long de réponses à leurs mails. Les rendez vous réguliers  permettant de poser des questions en face à face sont pour cette raison très appréciés.

-ils n’appréciente pas les problèmes techniques, où bien le fait que les matériaux en ligne (corrigés…) comportent des erreurs.

-Ils apprécient la possibilité de travailler en mode collaboratif: faire des projets en groupe, par exemple. Et lorsque cette modalité est présente, ils passent moins par le formateur et plus par le groupe pour résoudre les problèmes.

D’une manière générale, ces études montrent que le  blended learning est  un facteur de confiance en soi, car il amène l’apprenant à chercher par lui même avant d’attendre la réponse de l’intervenant. Les apprenants deviennent ainsi plus indépendants et responsables de leurs apprentissages.

Mais encore une fois, ce n’est pas « le blended learning en soi » qui favorise confiance en soi et responsabilité, c’est la structure du dispositif pédagogique, qui donne des échéances, des rendez vous, des évaluations régulières, des ressources de qualité dans de bonnes conditions d’accès… Faute de ces éléments, le blended n’est pas plus efficace que les formations traditionnelles.

On le voit, les critères d’évaluation d’une formation blended doivent prendre en compte le contexte et la conception du dispositif, en tant qu’inputs déterminants. Nous y reviendrons… Mais existe-t’il un mix « idéal »? A suivre…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *