Former aux compétences de demain

Par Mathilde Bourdat le 30 janvier 2012

Un billet du blog d’Yves Fabert Entreprise factory m’a mise sur la piste de l’étude publiée par l’Institute for the Future, organisme de recherche en prospective de l’Université de Phoenix: Future Work Skills 2020.   L’étude analyse les compétences qui seront requises par le travail, d’ici 10 ans. Et sa lecture m’a renvoyée à une interrogation: comment s’assurer que la formation adresse les compétences qui seront toujours importantes demain? 

L’étude d’Institute for the Future relève tout d’abord 6 vecteurs de changement qui auront une influence sur les compétences requises:

  • l’extrême allongement de la durée de la vie – qui change la nature des carrières et des apprentissages: non plus une carrière mais plusieurs vies professionnelles, et l’apprentissage tout au long de la vie.
  • l’émergence des machines et systèmes intelligents - ouvrant une nouvelle ère de collaboration homme – machine mais imposant aussi à l’homme de situer son activité sur “ce que la machine ne peut pas faire”.
  • un “monde informatique” (computanional world), mettant en lien un nombre sans précédent d’informations, ouvrant la voie à une ère du “tout programmable”.
  •  Un nouvel écosystème des média (new media ecology), embarquant un nouveau langage pour communiquer: plus visuel, intégrant les réseaux virtuels et la réalité augmentée dans notre quotidien, modifiant le rapport des individus à leur identité, à la réalité,  et les rapports interpersonnels. 
  • De nouveaux modes de production et de création de valeur: grâce aux technologies, aux médias sociaux, il est désormais possibles à des individus d’atteindre ensemble des résultats qui auparavant ne pouvaient être atteints que par de très grandes organisations.
  • Un monde globalement connecté, le développement des marchés dans les pays émergents, qui obligent les organisations à prendre véritablement en compte la diversité et à s’adapter. 

A partir de ces 6 vecteurs d’évolution, Institute for the future  anticipe 10 compétences critiques pour demain: 

1- L’intelligence des situations et des signes  (Sense making)

Aussi performante soit elle, une machine ne peut faire qu’avec les informations qu’elle a. Ce qui est spécifique à l’homme, et restera incontournable quelle que soit la place prise par les machines intelligentes, c’est l’intuition, la capacité de “faire du sens” (sense making) à partir de ce qui n’est pas dit, pas écrit, d’aller chercher au delà de l’information la signification de ce qui est exprimé.

2. L’intelligence sociale

Se relier aux autres d’une manière profonde et directe, ressentir et provoquer des réactions et des interactions désirées - encore une capacité que les robots n’auront pas!

3. une pensée originale et adaptative

Trouver des solutions et des réponses au delà de la tâche prescrite, pour répondre aux besoins de la situation du moment.

4- Une compétence interculturelle

Elle  permet d’oeuvrer dans différents environnements culturels. Il ne s’agit pas seulement de maîtriser des langues étrangères, mais aussi de s’adapter. Et pas seulement pour ceux qui travaillent à l’étranger: la recherche montre que  la diversité, en âges, compétences, disciplines, façons de pensée, est un facteur d’innovation et  de performance.
Les travailleurs de demain devront savoir identifier ce qui les rassemblent, être capables de construire des relations pour travailler efficacement avec des gens différents d’eux.

5. La pensée informatique (computational thinking)

C’est l’habileté à faire du sens à partir d’un grand nombre d’informations, et de comprendre les raisonnements fondés sur des données. Il s’agira de savoir effectuer des simulations, de faire des analyses statistiques, mais aussi de savoir aller au-delà des modèles.

6. La culture des nouveaux médias

C’est l’habileté à évaluer et à développer des contenus dans les nouveaux médias, et de les utiliser pour communiquer de façon persuasive. Cela inclue les vidéos, les blogs, les podcasts, la communication visuelle sortant du  powerpoint statique.

7. La transdisciplinarité

C’est la capacité de comprendre des concepts au travers de multiples disciplines. Les problèmes globaux d’aujourd’hui requièrent une approche pluridisciplinaire. Il ne s’agit pas seulement de faire travailler ensemble des experts de différentes disciplines, mais qu’ils soient capables de parler le langage de l’autre. C’est le travailleur “en T”, selon l’expression d’Institute for the Future: connaissant très profondément un problème, mais capable de parler dans les langages d’une large gamme de disciplines. Cela implique de la curiosité, la volonté d’apprendre bien au delà de la formation initiale.

8. Un esprit de “designer”

C’est la capacité à représenter et développer des processus pour obtenir les résultats désirés. Il s’agit d’avoir conscience du type d’environnement nécessaire pour réussir les activités, et d’adapter l’environnement (par exemple les espaces de travail.. et de formation!) en fonction.

9. La gestion de la charge cognitive

C’est l’habileté à discriminer et filtrer l’information selon son importance, et à comprendre comment maximiser son fonctionnement cognitif en utilisant une variété d’outils et de techniques.

10. La collaboration virtuelle

C’est l’habileté à travailler de façon productive, à susciter de l’engagement et à affirmer sa présence en tant que membre d’une équipe virtuelle. A ce titre, les techniqus issues du jeu en ligne (gaming) sont très efficaces pour s’engager dans une large communauté virtuelle.

10 ans, c’est pour bientôt, c’est déjà là… Petite question: lorsque vous élaborez votre plan de formation, lorsque vous concevez ou animez vos formations, lorsque vous pensez à vos propres besoins de formation … intégrez vous ces compétences?

Il ne s’agit pas de se réfugier derrière le fait que les medias sociaux n’ont pas encore droit de cité dans toutes les entreprises. Il s’agit de penser “compétences collectives”, “coopération”, “encouragement à la pensée critique”, “développement de l’esprit d’analyse”, “interactions”, “interdisciplinarité”…

Bien sûr, si l’on embarque les media sociaux,  c’est mieux, parce qu’ils sont congruents avec ce type d’approche. Et l’on pense aussi aux serious game, qui permettront de faire coopérer en ligne et à distance les apprenants.
Mais, au-delà des solutions techniques, il s’agit surtout de le vouloir, d’en faire une priorité.

Lorsque je regarde la formation des nouveaux entrants dans de nombreuses entreprises, je suis frappée de voir à quelle point elle est centrée sur les compétences individuelles, faisant peu appel à la coopération, à l’intelligence du “ système entreprise”: quand ces nouveaux salariés apprenent ils  à  travailler ensemble?

Quand les salariés plus anciens ont ils la possibilité de développer   leur culture des nouveaux médias, leur approche de la diversité et de la transdisciplinarité?

La pédagogie du XXIème siècle pourrait bien être celle du collaboratif …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ingénierie | Pearltrees Il y a 1 mois (17h17)

[…] Former aux compétences de demain […]

Répondre

Laurent Rouzeau Il y a 3 mois (11h56)

Bonjour à tous, Merci pour cette traduction et cette analyse des travaux de l'Université de Phoenix. Le travail proposé par ces chercheurs obligent à se poser des questions. En tout cas sur les vecteurs de changement ils existent et sont bien en cours de modification de notre société. Je partage aussi une
bonne partie de l'analyse de la fin de l'article, en tout cas je suis dans cette optique : Comment tenir compte de ces vecteurs pour nourrir des formations qui proposent une véritable valeur ajoutée ? A bientôt Lire la suite

Répondre

Former aux compétences de demain | ANDRA… Il y a 11 mois (14h40)

[...] Un billet du blog d'Yves Fabert Entreprise factory m'a mise sur la piste de l'étude publiée par l'Institute for the Future, organisme de recherche en prospective de l'Université de Phoenix: Future ...  [...]

Répondre

Macha Arfel Il y a 2 années (16h45)

Merci pour ce beau travail! pour ce qui est des salariés,s'ils ne dévelloppent pas ces compétences en plus de leurs expertises techniques ,savoir,savoir faire et savoir être habituelles ne risquent-ils pas de se retrouver à la porte? Et inversement certains chômeurs ne gagneraient-ils pas à être formés (modèle à définir style
simulation entreprise) afin de retrouver une activité pro? Lire la suite

Répondre

Former aux compétences de demain – Le blog de la formation professionnelle et continue | Formation, Technologies et Compétences | Scoop.it Il y a 2 années (15h21)

[...] background-position: 50% 0px; background-color:#222222; background-repeat : no-repeat; } www.formation-professionnelle.fr - Today, 3:21 [...]

Répondre

Former aux compétences de demain | Le blog de la formation professionnelle et continue « Websito-thèque : ressources numériques d’autoformation Il y a 2 années (08h54)

[...] s’assurer que la formation adresse les compétences qui seront toujours importantes demain?Via www.formation-professionnelle.fr J'aimeJ'aime  Publié dans Pédagogie. Tags : compétence. Laisser un Commentaire [...]

Répondre

Former aux compétences de demain ?, Web Academy, webmarketing, réferencement, web 2.0 (Grenoble, Annecy, Chambéry) Il y a 2 années (18h07)

[...] s’assurer que la formation adresse les compétences qui seront toujours importantes demain?Via www.formation-professionnelle.fr Lien vers ce [...]

Répondre
Mathilde Bourdat

Mathilde Bourdat Il y a 2 années (13h42)

Bonjour Nazha Tu connais la métaphore de P. Senge sur la grenouille? Elle est cruelle, mais éclairante. On fait chauffer progressivement l'eau du bocal. Au début la grenouille est plutôt contente. Et puis elle commence à s'inquiéter. Et puis cela devient intenable... mais il est trop tard, elle n'a plus la
force de sauter. Je crains fort que les entreprises qui attendent de se sentir vraiment menacée pour réagir à l'émergence de ce nouvel environnement ne se retrouvent dans la situation de la grenouille... Lire la suite

Répondre

Nazha Il y a 2 années (13h24)

Merci Mathilde pour ce billet qui nous fait faire un saut dans le temps. Mon sentiment est qu'encore une fois les entreprises ne feront le grand saut vers cette pédagogie du XXIème siècle qu'une fois qu'elles se sentiront menacées...

Répondre