Le tutorat pour apprendre au travail

    Par le 18 avril 2009

    Bernard Masingue, Directeur formation de Veolia Environnement, a publié un récemment un passionnant rapport, adressé au Secrétaire d’Etat chargé de l’Emploi, intitulé : « Seniors tuteurs, comment faire mieux ». Ce rapport peut être téléchargé sur le site de la Documentation française. Bernard Masingue envisage les différentes formes de tutorat, questionne le processus de formation de l’expérience, et propose des solutions pour faciliter la réussite du tutorat.

    Les situations dans lesquelles le tutorat intervient sont multiples : accompagnement des jeunes ou adultes en formation en alternance, bien sûr, mais aussi accompagnement pour la résolution de problèmes, pour la mise en oeuvre de nouvelles pratiques de travail, pour l’introduction de nouvelles technologies, aide à la prise de poste ou à l’exercice de nouvelles responsabilités…

    Dès lors, souligne B. Masingue, le tutorat ne se réduit pas à la figure du « compagnonage », mais recouvre différentes modalités :

    • Le tutorat « classique » : transmission de savoir faire d’un salarié expérimenté vers un salarié en formation, en apprentissage ou en professionnalisation par exemple.
    • Le tutorat « croisé », au sein d’un binôme dans lequel chacun est alternativement tuteur et tutoré. Les exemples cités montrent l’intérêt de ce tutorat pour la relation intergénérationnelle. Le savoir faire de l’un s’échangeant par exemple avec l’aisance informatique de l’autre…
    • Le tutorat « inversé », dans lequel le tuteur est le plus jeune et le senior s’initie à de nouvelles techniques…
    • Le tutorat « d’expertise ». Dans ce cas de figure, le tuteur maîtrise une expertise rare, très longue à acquérir et complexe. Les pratiques que B. Masingue a constatées, chez Areva par exemple, relèvent alors « d’une cooptation entre l’expert et un « disciple », en dehors d’un cadre institué par l’entreprise.
    • Le tutorat « hiérarchique », lorsque la fonction managériale se double d’une fonction pédagogique.

    L’étude de B. Masingue rejoint celle de P. Carré et O. Charbonnier sur les Apprentissages Professionnels Informels (L’Harmattan 2003). Cette étude montre que les principaux apprentissages pour le travail se réalisent au travail, en dehors des situations instituées : avec les collègues, en réglant des problèmes, en assurant de nouvelles missions… Le tutorat est un moyen de faciliter et de renforcer  les apprentissages professionnels informels.

    Bernard Masingue donne de précieux repères pour enrichir les pratiques de tutorat.

    Il distingue 4 grandes familles de tutorat, en croisant le contexte dans lequel le tutorat se réalise (environnement stable – contexte évolutif ou aléatoire) et les pratiques auxquelles se réfèrent la fonction tutorale: « transmettre en prescrivant » ou « accompagner l’apprentissage » :

    • Le tutorat de reproduction (contexte stable – prescription)
    • Le tutorat de professionnalisation (contexte stable – accompagnement)
    • Le tutorat d’accompagnement (contexte évolutif – prescription)
    • Le tutorat de stratégies d’action (contexte évolutif – accompagnement)

    Chacune de ces familles renvoie à des contextes et des pratiques différentes, et sollicite des compétences différentes de la part du tuteur.

    En particulier, B. Masingue interroge la notion « d’expérience », pour montrer que celle ci ne se confond pas avec celle d’ancienneté, et nécessite une construction et une validation. L’expérience ne « va pas de soi », la réussite du tutorat non plus. La fonction tutorale « impose un processus de vérification des capacités » et passe par une qualification des tuteurs, tant l’exercice de cette fonction requiert « motivation, disponibilité intellectuelle et cognitive, image positive de soi-même ».

    Loin des poncifs sur « le senior transmetteur de savoir faire », le rapport de B. Masingue ouvre donc de véritables pistes pour définir des dispositifs tutoraux adaptés à leur contexte, porteurs de compétences tant pour les tutorés que pour les tuteurs.